Ni low-cost, ni compagnie classique, Joon va-t-elle faire redécoller Air France?

AVIATION L’esprit « start-up » de cette marque doit permettre de gagner (et garder) des parts de marché…

Nicolas Raffin

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Un Airbus A320 aux couleurs de Joon.
Un Airbus A320 aux couleurs de Joon. — ERIC PIERMONT / AFP
  • Joon, compagnie du groupe Air France KLM, effectue son premier vol ce vendredi.
  • Elle veut attirer une clientèle plutôt jeune.
  • Les dirigeants d’Air-France assurent qu’il ne s’agit pas d’une nouvelle « low-cost ».

Départ : Paris-CDG. Destination : Barcelone. La compagnie aérienne Joon effectue ce vendredi son premier vol commercial. La nouvelle filiale d’Air France KLM, qui vise une clientèle plutôt jeune, doit être un « laboratoire d’innovation » pour tout le groupe, selon les mots de son directeur général, Jean-Michel Mathieu. Dès cet hiver, elle desservira plusieurs villes en Europe (Porto, Berlin, Lisbonne), avant des destinations plus lointaines à l’été 2018 comme Fortaleza (Brésil) ou Le Cap (Afrique du Sud).

Ces villes n’ont pas été choisies au hasard : une grande partie correspond en réalité à des destinations desservies auparavant par Air France, mais qui n’étaient pas rentables, en raison de coût trop élevés. En les « transférant » à Joon, le groupe franco-néerlandais espère donc les rendre bénéficiaires, tout en conservant des parts de marché.

>> Lire aussi : Joon, la « petite soeur » d'Air France, se dévoile 

Des hôtesses et stewards recrutés en externe

Pour réussir ce défi, la nouvelle compagnie doit réduire ses coûts par rapport à ceux de sa « grande soeur » Air France. « Le lancement de Joon va nous permettre de générer un gain de productivité de 18 % sur le long-courrier et de 15 % sur le moyen-courrier » expliquait début septembre Jean-Marc Janaillac, le PDG d’Air France, dans une interview aux Echos.

Pour faire des économies, Joon va donc recruter ses hôtesses et stewards (ou PNC, personnel naviguant commercial) sous des contrats spécifiques, avec un statut bien moins avantageux – et bien moins coûteux - que leurs collègues d’Air France. Une mesure qui ne passe pas chez les syndicats de PNC, qui appellent à une journée de « mobilisation » ce vendredi pour demander un « contrat unique ».

« Joon n’est pas une low-cost »

Les syndicats craignent également que le projet Joon ne soit qu’un prélude à une restructuration plus large. « Joon signe les prémices de la fin du modèle social et historique du PNC Air France » s’alarment-ils dans un communiqué. Un état d’alerte relativisé par un expert du secteur aéronautique : « Joon a sa place dans une stratégie globale, où Air France reste la « grande » compagnie avec Joon qui vient compléter cette offre par le bas du portefeuille » estime-t-il.

Pour autant, la nouvelle venue entend bien se différencier des compagnies « low-cost » comme RyanAir ou EasyJet, ou même Transavia, autre filiale d’Air France. « Joon n’est pas une compagnie low-cost » affirmait fin septembre Franck Terner, le directeur général d’Air France. Les avions Joon comporteront en effet plusieurs classes – Economique et Business – et proposeront des prestations comme le service de vidéo à la demande et des ports USB pour chaque passager.

Air France mise donc beaucoup sur ce nouveau modèle pour rajeunir son image. Mais tous les experts du secteur, et en premier lieu ses concurrents, ne font pas la même analyse. Pour Willie Walsh, PDG du groupe IAG (British Airways, Iberia, Vueling) qui vient de lancer une compagnie low-cost long-courrier, « les modèles hybrides comme Joon ne sont pas de bonnes idées ». Reste à voir qui d’IAG ou d’Air France aura raison…