Télécoms: Patrick Drahi est-il le nouveau Jean-Marie Messier?

TELECOMS Le patron d'Altice est dans une situation délicate...

Nicolas Raffin

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Patrick Drahi photographié en 2015.
Patrick Drahi photographié en 2015. — MARTIN BUREAU / AFP
  • Patrick Drahi doit faire face depuis plusieurs semaines à la dégringolade boursière d'Altice. 
  • Le groupe, qui a été bâti rapidement par l'endettement, possède de nombreuses ressemblances avec le Vivendi de Jean-Marie Messier. 
  • Malgré tout, Patrick Drahi garde des atouts qui pourraient le sauver. 

Patrick Drahi ? « C’est un entrepreneur qui a de l’audace, moi j’aime bien ça ». Le compliment est signé Jean-Marie Messier, lors d’une interview accordée en décembre 2016 à France info. L’ancien patron déchu de Vivendi se reconnaîtrait-il dans le milliardaire à la tête de l’« empire » Altice (SFR-Numéricable, BFM, L’Express) ?

Depuis que la société de Patrick Drahi a lourdement chuté en Bourse – le titre a perdu 45 % de sa valeur depuis fin octobre -, le fantôme de Vivendi est revenu dans l’actualité. Petit rappel : au début des années 2000, la société pilotée par « J2M » (le surnom de Jean-Marie Messier) est le 2e groupe de communication du monde. Mais en 2002, le prix de l’action chute lourdement, les investisseurs s’inquiétant notamment de l’énorme dette de 35 milliards d’euros. Après plusieurs démissions au sein du conseil d’administration, Jean-Marie Messier finit par quitter le groupe.

La « convergence » comme point commun

Quinze ans plus tard, Patrick Drahi emprunte-t-il le même chemin ? Plusieurs éléments pourraient le laisser penser. Comme Vivendi, Altice traîne une dette de 50 milliards d’euros. Elle s’est accumulée en à peine quatre ans, au fur et à mesure des acquisitions réalisées majoritairement via des emprunts. Comme Vivendi, Altice doit aussi faire face à la pression des marchés financiers.

Enfin, comme Jean-Marie Messier, Patrick Drahi défend la « convergence » entre médias et télécoms, c’est-à-dire le rapprochement au sein d’une même entreprise entre les « tuyaux » (câble, fibre internet) et les contenus qui y circulent (information, films, séries). Une stratégie qui n’avait pas été une réussite en 2002.

Retour à la barre

Mais les apparences sont trompeuses. Sur la stratégie d’abord. « Jean-Marie Messier a eu raison trop tôt, et donc il a eu tort » affirme Elsa Bambaron, auteure de Patrick Drahi : L’ogre des Networks (L’Archipel, 2017). « En 2002, c’était impossible de regarder une vidéo sur son téléphone portable. Maintenant c’est devenu banal. Donc être un groupe de médias et de télécoms et vouloir valoriser ses contenus a plus de sens aujourd’hui » poursuit la journaliste.

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Autre différence notable : le pouvoir. Contrairement à Jean-Marie Messier, Patrick Drahi est l’actionnaire majoritaire de son groupe. Au milieu de la tourmente boursière de la semaine dernière, il a décidé de reprendre la présidence du conseil d’administration, puis de s’adresser à ses salariés rassemblés au siège français de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis).

Grosses échéances en 2023

Reste la question de la dette. « Notre situation est d’un confort absolu » expliquait fin 2016 Michel Combes, alors patron de SFR, dans une interview à La Tribune. Le dirigeant mettait l’accent sur le fait que les premiers gros remboursements n’interviendraient pas avant 2023, ce qui laissait encore du temps à Altice pour redresser la barre. Depuis, Michel Combes a été débarqué de son poste suite au plongeon boursier d’Altice…

« Le raisonnement de Patrick Drahi est assez simple, complète Elsa Bembaron. Il dit en gros « oui j’ai de la dette, mais j’ai des actifs en face pour la rembourser ». Il arrive à convaincre beaucoup de monde avec ça. » La stratégie du milliardaire repose sur le « cost-killing » : une réduction drastique des coûts pour améliorer la rentabilité des entreprises et satisfaire les actionnaires. Une tactique qui est encore loin d’avoir produit ses effets en France chez SFR..