La fermeture des centrales nucléaires va-t-elle faire exploser les émissions de CO2?

POLLUTION De nombreux réacteurs doivent être fermés d’ici 2025…

Nicolas Raffin

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La centrale nucléaire de Dampierre (Loiret) en janvier 2017.
La centrale nucléaire de Dampierre (Loiret) en janvier 2017. — M.ASTAR/SIPA
  • Pour le gestionnaire du réseau de transport d'électricité une baisse rapide de la part du nucléaire dans la production d’électricité à 50 % obligerait à recourir aux centrales thermiques.
  • Combiner diminution du nucléaire et des émissions de CO2 est possible, mais sur un temps plus long.
  • Nicolas Hulot a en conséquence décidé de reporter de quelques années l’objectif de baisse du nucléaire.

Moins de nucléaire, donc plus de pollution ? Une projection dévoilée ce mardi par RTE, le gestionnaire du réseau électrique en France, montre que fermer des centrales conduirait, à court terme, à une augmentation du niveau de CO2 rejeté dans l’atmosphère. Pourtant, la loi de transition énergétique votée en 2015 prévoit de baisser radicalement le niveau d’émission des gaz à effet de serre d’ici une dizaine d’années, tout en ramenant la part du nucléaire dans la production d’électricité à 50 % en 2025.

Une date sur laquelle Nicolas Hulot s’est montré sceptique : « Il sera difficile de tenir ce calendrier (…) sauf à relancer la production d’électricité à base d’énergies fossiles » a-t-il déclaré. Le ministre de la Transition écologique - qui a choisi d’abandonner la date référence de 2025 - a expliqué qu'il préférait prendre le temps pour trouver une « date réaliste » pour que le nucléaire descende à 50%. Pour RTE, il faudrait fermer « entre 23 et 27 » réacteurs d’ici 2025 pour tenir l’objectif fixé par la loi.

Extrait du bilan prévisionnel de RTE qui affirme qu'il faudra utiliser le charbon et les centrales au gaz pour respecter l'objectif de 50% de nucléaire en 2025 dans la production d'électricité.
Extrait du bilan prévisionnel de RTE qui affirme qu'il faudra utiliser le charbon et les centrales au gaz pour respecter l'objectif de 50% de nucléaire en 2025 dans la production d'électricité. - Bilan prévisionnel RTE 2017

La déclaration de Nicolas Hulot a provoqué la colère de Greenpeace. Dans un communiqué, l'ONG rappelle que RTE est une filiale d'EDF...qui gère le parc nucléaire français. « Ce n’est pas en reculant sur le nucléaire que la lutte contre les dérèglements climatiques s’accélèrera » lance Greenpeace.

>> Nicolas Hulot s'engage à fermer des réacteurs nucléaires, « peut-être jusqu'à 17 »

Décaler l’objectif de quelques années

Selon le scénario de RTE, le développement des énergies renouvelables (solaire, éolien) ne serait pourtant pas assez rapide pour compenser une réduction drastique du parc nucléaire. Il faudrait donc construire « un nombre significatif » de centrales au gaz et repousser la fermeture de centrales au charbon, ce qui ferait exploser les émissions de CO2 du système électrique (de 22 mégatonnes en 2016 à 42 mégatonnes en 2025).

>> Energies renouvelables: Record d'installations en 2016 dans le monde

Faut-il alors laisser tomber la loi de 2015 et prolonger coûte que coûte la durée de vie des centrales pour sauvegarder la planète ? Pour Yves Marignac, porte-parole de l’association Negawatt qui milite pour la sobriété énergétique, la question ne se pose même pas : « Si on décale l’objectif de fermeture [des centrales] de quelques années, on n’aura plus besoin de ce supplément d’électricité fourni par les centrales thermiques » affirme-t-il.

Agir maintenant et massivement

De fait, selon RTE, il est tout à fait possible de réduire la part du nucléaire à 50 % dans la production d’électricité tout en rejetant moins de CO2 dans l’atmosphère. Mais cette transition demanderait quelques années de plus que ce que prévoit la loi : RTE vise l’année 2030 (au lieu de 2025).

Cette trajectoire est possible à plusieurs conditions : d’abord en stabilisant la consommation d’électricité au niveau de 2016, puis en triplant la capacité de production des énergies renouvelables. Un domaine dans lequel la France patine, notamment sur l’énergie solaire. « La difficulté de respecter l’objectif de 2025 résulte de l’inaction des dernières années » déplore Yves Marignac, qui appelle le gouvernement à investir massivement pour transformer le système électrique français.