Bordeaux : Le directeur d'Airbnb Emmanuel Marill calme le jeu sur la «confiscation» d'appartements par sa plateforme

LOGEMENT Emmanuel Marill était l'invité ce vendredi matin du Club des entrepreneurs de Bordeaux, et a dû répondre aux questions sur l'impact de sa plateforme sur la location classique...

Mickaël Bosredon

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Emmanuel Marill, directeur général Airbnb France
Emmanuel Marill, directeur général Airbnb France — M.Bosredon/20Minutes
  • Pour le directeur général d'Airbnb France, seuls 5,5 % des appartements présents sur sa plateforme représentent de la location longue durée.
  • Le maire Alain Juppé a néanmoins exposé un certain nombre de problèmes posés par Airbnb.

Sa venue était programmée depuis plusieurs mois. Mais elle ne pouvait pas mieux tomber, en plein débat sur la confiscation de certains appartements du centre-ville aux Bordelais, désormais uniquement réservés à la location sur la plateforme Airbnb.

Emmanuel Marill, directeur général d’Airbnb France, est donc venu ce vendredi matin au Village by CA, où le Conseil des entrepreneurs de Bordeaux l’avait invité à une de ses « matinales de l’entreprise. » Seul face à un public très fourni, puis au milieu de jeunes entrepreneurs bordelais plutôt avides de conseils, Emmanuel Marill a exposé l’évolution et la stratégie d’Airbnb et a répondu aux questions. Il est ensuite allé déjeuner avec le maire Alain Juppé.

Emmanuel Marill, directeur général d'Airbnb France, a rencontré des entrepreneurs bordelais, le 3 novembre 2017 à Bordeaux
Emmanuel Marill, directeur général d'Airbnb France, a rencontré des entrepreneurs bordelais, le 3 novembre 2017 à Bordeaux - M.Bosredon/20Minutes

Le revenu moyen des loueurs bordelais de l’ordre de 1.800 euros par an

Le DG est évidemment venu bardé de slide et de chiffres. Il a ainsi expliqué que l’activité d’Airbnb à Bordeaux, cela représente « 8.100 annonces, dont 1.600 chambres chez l’habitant ». Que le revenu moyen que les loueurs bordelais en tirent est de « 1.800 euros par an » pour une moyenne de « 31 nuitées. »

Sur la question qui fâche, Emmanuel Marill a assuré que seuls « 5,5 % de ces 8.100 logements » seraient loués de manière pérenne, soit environ 450 logements, « pour un parc estimé entre 120 et 130.000 logements à Bordeaux. » Pour lui, sa plateforme « ne pose pas de problèmes », que « des solutions. » Alors, circulez, il n’y a rien à voir ?

« Nous nous sommes expliqués » a lancé Alain Juppé

Ce n’est pas tout à fait l’avis de Stephan Delaux, l’adjoint au tourisme à la mairie de Bordeaux. Présent dans la salle, il est intervenu pour dire qu’il souhaitait « plus d’équilibre » dans l’offre Airbnb « très concentrée sur l’hypercentre de Bordeaux. » « C’est un enjeu pour votre entreprise, et un souci pour nous de répartition sur l’ensemble du territoire de la métropole, qui compte 28 communes. » Sur ce point, Emmanuel Marill se dit « convaincu que de plus en plus de logements seront proposés en périphérie » comme cela s’est passé à Paris « où notre offre dans les arrondissements centraux stagne tandis qu’elle explose dans les arrondissements périphériques. »

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Interrogé à la sortie de son déjeuner avec le DG d’Airbnb, Alain Juppé a lancé : « Nous nous sommes expliqués ». « Bordeaux est une ville dans laquelle l’économie du partage est très développée, c’est un progrès et il faut aller dans cette direction, a d’abord assuré le maire de Bordeaux. Mais il y a des règles et des limites à fixer. Nous avons fait part à M.Marill d’un certain nombre de préoccupations : d’abord la perte d’une recette fiscale pour la collectivité - la solution est en vue puisqu’Airbnb va prélever la taxe de séjour et la redistribuer à la collectivité - ensuite la concurrence déloyale avec le secteur hôtelier traditionnel, et enfin l’effet d’éviction dans certains quartiers, où il n’y a plus de locataires de longue durée, et cela commence à apparaître dans Bordeaux. »

« On s’insère dans le paysage touristique français »

Le maire a rappelé que « c’est la raison pour laquelle nous avons mis en place un dispositif, qui prévoit qu’au-delà de 120 jours de location par an, c’est une opération commerciale qui doit faire l’objet d’une déclaration et d’une compensation. Nous allons mettre en place une équipe de contrôle, c’est pour cela que ce système ne sera pas possible avant le mois de mars. Nous avons mis en place également une télédéclaration pour toute location meublée. »

Pour l’élu, « la grande question est de savoir s’il y a de vrais professionnels de la location sur Airbnb. On ne sait pas encore si des sociétés achètent plusieurs biens pour les mettre en location sur ce site. C’est là-dessus qu’il faut que nous progressions. »

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Emmanuel Marill n’était, lui, pas venu pour mettre de l’huile sur le feu. « On discute avec toutes les grandes métropoles françaises » a-t-il assuré. Avant de glisser que « toutes ces questions qui se posent aujourd’hui, montrent que l’on s’insère dans le paysage touristique français. » Pesant désormais 10 millions de nuitées par an en France, deuxième marché mondial de la plateforme après les Etats-Unis, Airbnb fait même plus que peser.