Le rayon crèmerie du supermarché Cora de Pacé près de Rennes, où des éleveurs sont venus protester contre la pénurie de beurre.
Le rayon crèmerie du supermarché Cora de Pacé près de Rennes, où des éleveurs sont venus protester contre la pénurie de beurre. — C. Allain / 20 Minutes

AGRICULTURE

VIDEO. Rennes: Les producteurs de lait «ne sont pas responsables de la pénurie de beurre»

Des représentants de la FDSEA ont investi un supermarché Cora près de Rennes…

  • Une dizaine d’éleveurs ont investi le rayon beurre du magasin Cora près de Rennes.
  • Ils ne veulent pas être pointés du doigt dans la pénurie de beurre.
  • Le rayon est quasi vide « parce que Cora refuse de payer plus cher », selon les agriculteurs

Le rayon est quasi vide. Dans le supermarché Cora de Pacé, les plaquettes de beurre n’étaient plus très nombreuses ce jeudi. « C’est pour ça qu’on vient ici. » Remonté, un producteur de lait s’engouffre dans le rayon et arrache les affichettes où le magasin tente de justifier ses rayons vides. « Baisse de la collecte et baisse de la teneur en matières grasses. C’est de la connerie ça. Les grandes surfaces veulent faire croire que ce sont les agriculteurs qui sont responsables de cette pénurie. Mais c’est faux ! C’est la grande distribution qui refuse de payer plus cher », tonne Frédéric David, président de la FDSEA35.

Jeudi, une dizaine d’éleveurs de vaches laitières d’Ille-et-Vilaine ont investi le rayon produits laitiers de la grande surface. En l’absence du directeur, ils ont pu s’entretenir avec le responsable du rayon. « On n’est plus livré en beurre. Nos frigos sont vides, nos réserves aussi. Je ne sais même pas quand j’en aurai d’autres », témoigne le responsable de la crémerie.

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Mais comment expliquer que les rayons des grandes surfaces voisines ne subissent pas cette pénurie ? « Parce qu’ils ont accepté de payer plus cher », assure le représentant de la FDSEA. En juin, les groupes Leclerc et Système U ont en effet accepté de réviser leur prix d’achat auprès des laiteries comme Lactalis. Pas Géant-Casino qui détient Cora, ni Carrefour. « C’est pour ça que vous n’êtes pas livrés. Et ça va continuer », prévient un éleveur.

Le rayon crèmerie du supermarché Cora de Pacé près de Rennes. La pénurie de beurre se fait sentir.
Le rayon crèmerie du supermarché Cora de Pacé près de Rennes. La pénurie de beurre se fait sentir. - C. Allain / 20 Minutes

Secoués par « 1.000 jours de crise », les producteurs de lait aimeraient eux aussi profiter de la hausse de la demande mondiale en matière grasse. « Quand le prix du lait baisse, c’est nous qui trinquons. Mais quand il augmente, on ne touche pas un centime », regrette Cédric Henry, éleveur de Paimpont (Ille-et-Vilaine). La mine grave, un autre paysan embraye. « On nous reproche de ne plus produire assez alors que pendant deux ans, on nous a dit qu’on produisait trop. Beaucoup de collègues ont tout arrêté, d’autres se sont suicidés. On en a marre d’aller aux enterrements », lâche Christophe, amer.

Dans le rayon crémerie, les clients constatent le vide. Sans s’affoler, certains repartent alors avec une plaquette Agrilait, la marque locale qui continue d’approvisionner le supermarché. « Je ne vais pas en prendre quatre non plus », lâche une cliente, amusée. « On a vu des gens partir avec dix plaquettes. Dès que l’on parle de pénurie, les clients prennent peur », conclut le responsable du rayon. Même le rayon crème commençait à se vider.