Croissance, emploi… Emmanuel Macron doit-il dire un grand merci à François Hollande?

CONJONCTURE A peine cinq mois après l’accession au pouvoir d’Emmanuel Macron, l’embellie économique se confirme en France…

Claire Planchard (avec Laure Cometti et Thibaut Le Gal)

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Emmanuel Macron accueille François Hollande à l'Elysée à l'occasion d'une cérémonie pour célébrer l'attribution des JO 2024 à Paris, le 15 septembre 2017.
Emmanuel Macron accueille François Hollande à l'Elysée à l'occasion d'une cérémonie pour célébrer l'attribution des JO 2024 à Paris, le 15 septembre 2017. — Jacques Witt / Sipa/SIPA
  • L’Insee a revu à la hausse jeudi ses prévisions de croissance pour 2017 et table désormais sur une hausse du PIB de 1,8 %.
  • Les proches de François Hollande estiment que c’est le fruit de la politique économique menée sous le précédent quinquennat, tandis que les marcheurs veulent y voir un « effet Macron ».
  • Pour les économistes, la reprise amorcée grâce à la politique de l’offre de François Hollande s’accélère aujourd’hui grâce à une conjoncture mondiale favorable.

« Inacceptable », vraiment ? En juin dernier, en pleine préparation du budget 2018, le nouveau Premier ministre avait tiré à boulet rouge sur le « dérapage » budgétaire du quinquennat Hollande. Edouard Philippe n’avait pas de mots assez durs pour dénoncer la gestion « insincère » de ses prédécesseurs… et justifier des coupes dans les comptes publics. Trois mois plus tard, il semblerait toutefois que l’héritage de la politique économique menée sous François Hollande ne soit pas si noir.

Après le gouvernement, l’Insee a à son tour relevé jeudi sa prévision de croissance pour 2017 : l’institut national de la statistique table désormais sur une hausse du PIB de 0,5 % aux troisième et quatrième trimestres. Des chiffres qui permettront la croissance d’accélérer sur l’année à 1,8 %, « après trois années de croissance modeste autour de 1 % », une telle performance serait du « jamais vu depuis 2011 », selon l’Insee.

Si cela se concrétise, il s’agira d’une bonne nouvelle pour l’exécutif, qui pourra compter sur des recettes supplémentaires alors qu’il s’est fixé pour objectif de réduire le déficit public à 2,9 % du PIB cette année. Tandis que sur le front de l’emploi, le taux de chômage devrait refluer à 9,4 % en fin d’année, reculant de 0,6 point par rapport à 2016, selon l’Insee.

« La stratégie de François Hollande était là bonne »

François Hollande, qui avait fait de l’inversion de la courbe du chômage la condition de sa candidature à l’élection présidentielle 2017, s’en mord-il les doigts ? Il s’était semble-t-il préparé à ce scénario : « Je laisse ce pays dans un bien meilleur état que celui que j‘ai trouvé il y a maintenant cinq ans. Nous avons plus d‘embauches, le chômage baisse, nous avons des investissements, une croissance qui repart, et c‘est le fruit du travail de tous, pas simplement du gouvernement ou du président de la République, (…) Je veux que mon successeur puisse, à partir de ce socle, aller plus loin », avait-il lancé le 20 avril, au 1er tour de la présidentielle.

Cinq mois plus tard, dans l’entourage de l’ex-président, on tente toujours de rendre à César ce qui revient à César : « [ce chiffre] confirme ce qu’on sait depuis quelques mois : la stratégie de François Hollande était là bonne, confie Frédérique Espagnac, proche de François Hollande. Le président avait prévenu qu’il faudrait du temps pour voir les fruits des réformes, mais la tendance qui s’affirme, tant au niveau du chômage que de la croissance, montre qu’il avait raison, quand certains se moquaient ou préféraient s’affranchir du bilan du quinquennat ».

De quoi nourrir l’amertume ? « François Hollande aurait préféré que ça arrive à la fin de son quinquennat pour qu’il puisse être candidat lui-même mais l’important est que ce soit des chiffres positifs pour les Français et nous devons espérer que ça continue », poursuit philosophe la sénatrice des Pyrénées-Atlantiques fraîchement réélue

« François Hollande n’a pas compris la temporalité. Emmanuel Macron, oui »

Du côté des marcheurs et du gouvernement on ne se presse pas trop pour saluer l’héritage du quinquennat Hollande. « Regarder dans le rétroviseur ne nous intéresse plus, explique ce vendredi Bariza Khiari l’une des trois membres de la direction collégiale de la République en marche. Sous le quinquennat précédent, il y a eu la loi Macron. On avait planté les germes de la croissance mais trop tard. François Hollande n’a pas compris la temporalité. Emmanuel Macron oui, c’est pour ça qu’on utilise les ordonnances. Et puis son arrivée au pouvoir à un impact sur la croissance, les investissements étrangers, le rayonnement de la France… », croit savoir l’ex-sénatrice de Paris.

Pas d’effet Macron déjà quantifiable

Un « effet Macron » en quelques mois seulement, vraiment ? « Il faut être honnête, les fruits de la croissance que récolte ce gouvernement en 2017 ne sont pas un effet de la politique d’Emmanuel Macron ou alors à un niveau extrêmement marginal », tranche Mathieu Plane, directeur adjoint au département analyse et prévision de l’OFCE.

« Les prévisions publiées par l’Insee se fondant sur des enquêtes menées auprès des ménages et des entreprises en juillet et en août - avant que l’on ne connaisse tous les arbitrages budgétaires pour 2018 et le contenu des ordonnances réformant le Code du travail-, on ne peut pas attribuer ces bons chiffres à la politique du gouvernement actuel », confirme Hélène Baudchon, économiste chez BNP Paribas.

A ce stade, le seul effet notable de la politique gouvernementale sur la croissance 2017 serait même plutôt légèrement négatif : « alors qu’auparavant la reprise était plutôt riche en emploi, l’Insee prévoit un net ralentissement en raison de la réduction du stock d’emplois aidés ou du non-prolongement de la prime à l’embauche », note Mathieu Plane.

Des effets passés…

Pour les deux économistes, derrière ces prévisions de croissance solide, il y a bien plutôt le fruit de la « politique de redressement l’offre » lancée à partir de 2012 sous la présidence de François Hollande : « Cette politique [qui consiste à réduire les charges des entreprises pour restaurer leurs marges et relancer l’investissement] a eu peu d’effets sur la croissance à court terme. En revanche, le financement des 40 milliards d’euros d’allégements de cotisations et de fiscalité des entreprises prévus dans le CICE et le pacte de responsabilité par des hausses de prélèvements sur les ménages et de compression des dépenses publiques a pesé sur la croissance et ce n’est qu’aujourd’hui que les effets négatifs du financement se dissipent et qu’on encaisse les effets positifs des politiques d’offre : les marges des entreprises se sont redressées, particulièrement dans l’industrie et cela commence à porter ses fruits, notamment sur l’investissement », estime Mathieu Plane.

…mais surtout un élan international

Mais la stratégie Hollande est loin d’être la seule responsable de cette embellie : « en réalité ce cercle vertueux est déjà à l’œuvre depuis 2015 mais ses effets se sont diffusés lentement. Le facteur différenciant qui fait qu’en 2017 les moteurs de l’économie françaises - qui étaient déjà en marche - ont pris de la vitesse, c’est l’environnement international qui va mieux, en Europe, mais aussi dans les pays émergents », souligne Hélène Baudchon.

« La croissance de sortie de crise observée aujourd’hui en France s’inscrit avant tout dans une phase de reprise de croissance dans la zone euro portée par un politique monétaire très accommodante, un prix du pétrole encore bas malgré la hausse et surtout la fin d’une politique d’austérité généralisée », confirme Mathieu Plane. Pour évaluer « l’effet Macron », il faudra donc encore attendre quelques mois et la publication des enquêtes menées par l’Insee en octobre et en novembre.