L'écrivain qui avait prévu l'affaire Jérôme Kerviel

GRANDE-BRETAGNE Martin Baker, écrivain et journaliste anglais, a publié début janvier un roman prémonitoire...

De notre correspondant à Londres, Eric Albert
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Martin Baker. Ce journaliste britannique a écrit un roman prémonitaoire sur l'affaire Kerviel.
Martin Baker. Ce journaliste britannique a écrit un roman prémonitaoire sur l'affaire Kerviel. — Karl Blanchet / Luna

Les mains élégamment gantées de cuir noir, le long manteau noir soyeux et la BMW haut de gamme situent immédiatement le personnage. Martin Baker, dont la confiance en lui saute aux yeux, apprécie le luxe et est fasciné par le monde de l’argent.


Journaliste financier britannique, marié à l’une des banquières stars de la City de Londres –Nicola Horlick, elle-même une ancienne de la Société générale !- il est l’auteur d'un roman prémonitoire, publié début janvier. Meltdown*, un thriller palpitant bien qu’ouvertement commercial, raconte l’histoire d’un jeune courtier travaillant dans une banque parisienne, qui enregistre en secret d’énormes pertes. Quand l’histoire éclate, la presse l’accuse d’être le principal coupable. Une sorte de Jérôme Kerviel avant la lettre…


>>    Lisez notre dossier sur l'affaire Kerviel


Martin Baker a situé son histoire à Paris en partie parce qu’il y a vécu entre 1990 et 1997 comme journaliste financier pour le International Herald Tribune. Mais surtout, il estime que la France présente une faille qui n’existe pas ailleurs. «Il y a en France une hostilité générale contre le capitalisme anglo-saxon, qui pousse à vouloir battre le système en trouvant un modèle mathématique parfait. Cela va contre la croyance de base des anglo-saxons: on ne peut pas battre le marché. C’est cela qui pousse les Français à leur perte.»


Sa connaissance intime des salles de marchés, qu’il décrit comme une jungle où chassent en meute des animaux de proie, lui fait prendre la défense de Jérôme Kerviel. «Croire qu’il est le seul coupable revient au même que de croire que Lee Harvey Oswald a tué JF Kennedy tout seul: ça arrange tout le monde.» Non pas qu’il accuse les dirigeants de la Société générale d’avoir consciemment laisser faire Jérôme Kerviel, mais plutôt que le système en place poussait inévitablement à une telle dérive.


«Le problème est que la finance est extrêmement complexe. Les produits dérivés par exemple sont comme un jeu d’échecs, avec des millions et des millions de combinaisons, Les dirigeants des banques ne comprennent pas vraiment comme cela fonctionne, c’est trop compliqué. Mais un bon joueur, comme un bon courtier, peut anticiper huit ou neuf coups à l’avance. Les dirigeants sont obligés de les laisser faire.»


Martin Baker rêve que Jérôme Kerviel lise son livre. «J’aimerais avoir son opinion, non pas sur les faits, mais sur l’atmosphère que je décris. Je crois que je dépeints plutôt positivement l’univers des courtiers.» Dans le livre, le héros n’est finalement pas coupable. Dans la vraie vie, l’enquête est en cours…


* Meltdown, de Martin Baker, édition MacMillan, 2008

Photo. Karl Blanchet