Denis Robert: «Un tel scandale est possible en France»

Propos recueillis par Vincent Glad

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Des journalistes de Libération, du Monde, du Canard Enchaîné et du Nouvel Observateur ont été entendus jeudi comme témoins par les magistrats chargés d'enquêter sur la "violation du secret de l'instruction" dans l'affaire Clearstream, a-t-on appris de sources proches du dossier.
Des journalistes de Libération, du Monde, du Canard Enchaîné et du Nouvel Observateur ont été entendus jeudi comme témoins par les magistrats chargés d'enquêter sur la "violation du secret de l'instruction" dans l'affaire Clearstream, a-t-on appris de sources proches du dossier. — Pierre Andrieu AFP/Archives
Denis Robert est l’auteur de deux livres sur Clearstream, une chambre de compensation luxembourgeoise qu’il accuse de couvrir des transactions sensibles. La révélation d’une fraude fiscale de grande ampleur en Allemagne via le paradis fiscal du Liechtenstein lui évoque le monde opaque sur lequel il a longtemps enquêté. Pour 20minutes.fr, il revient sur cette affaire allemande.

Comment expliquer en deux mots l’affaire de fraude fiscale en Allemagne?

Ce sont des gens fortunés qui plutôt que de déposer leur argent dans une banque de leur pays ont préféré le transférer sur des comptes au Liechstenstein afin d’échapper au fisc.

La presse allemande évoque un millier de personnes concernées. Comment est-ce possible qu’autant de monde ait fraudé le fisc allemand avec la même méthode?
Ce n’est certainement pas un réseau, ce sont juste des gens qui ont eu la même idée sur une période donnée. J’imagine que la filière a été utilisée par un petit groupe de fraudeurs qui se croyaient tranquilles et se sont refilés le tuyau...

Peut-on imaginer un tel scandale en France?
Bien sûr! Ce genre de fraude fiscale existe partout, mais il faut qu’à un moment, un “infiltré” parle et sorte des listings avec le nom des gens concernés. Ernest Backes, l’ancien chargé de clientèle de Clearstream, avec qui j’avais écrit mon premier livre sur la multinationale luxembourgeoise, m’a raconté avoir été approché par le fisc français au début des années 90 pour qu’il livre des informations. Il l’a fait, a même été rémunéré pour ce boulot. C’est souvent le seul moyen d’obtenir des informations sur ces flux financiers opaques. Le fisc allemand a fait une bonne opération. En versant 5 millions d’euros à leur informateur, ils vont en récupérer au moins cent fois plus.

On dit que le Liechtenstein est un paradis fiscal. Qu’est ce que cela veut dire concrètement?
Je n’aime pas le terme «paradis fiscal». Je préfère paradis bancaire, puis paradis judiciaire: les juges de ces pays sont des alibis et des couvertures pour toute la délinquance financière. Ces paradis sont des démocraties d’opérette, des leurres. C’est une formidable hypocrisie. Nicolas Sarkozy ou Angela Merkel veulent lutter contre le capitalisme financier. Qu’ils commencent à interdire tout transfert entre une banque française et une banque de ces pays.

Cette histoire a-t-elle un lien avec Clearstream?
Les transactions entre l’Allemagne et le Liechtenstein sont forcément passées par une chambre de compensation internationale, soit Euroclear, soit Clearstream. J’ai tendance à penser que les transactions sont passées par cette dernière, car elle a comme clients de nombreux paradis fiscaux. J’ai publié sur mon blog l’extrait d’une liste de clients de Clearstream qui montre que LGT, une banque directement concernée par le scandale, a un compte chez Clearstream. Si ce compte existe, c’est qu’il est utile à certains transferts, non?


Précision: interrogé par 20minutes.fr, Clearstream nie formellement que LGT ait un compte chez eux, expliquant que le listing de Denis Robert ne dévoile qu’un «compte miroir».