La France fait-elle face à une nouvelle désindustrialisation?

Sandrine Cochard

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Les deux cadres séquestrés depuis jeudi matin à l'usine Kléber de Toul (Meurthe-et-Moselle), que Michelin va fermer l'an prochain, ont été relâchés dimanche vers 14H00 et ont quitté le site, a constaté une correspondante de l'AFP.
Les deux cadres séquestrés depuis jeudi matin à l'usine Kléber de Toul (Meurthe-et-Moselle), que Michelin va fermer l'an prochain, ont été relâchés dimanche vers 14H00 et ont quitté le site, a constaté une correspondante de l'AFP. — Jean-Christophe Verhaegen AFP

Alors que de nombreuses usines sont menacées de plan social ou de fermeture, 20minutes.fr fait le point sur le dynamisme industriel français

Une longue liste de plans sociaux ou de fermetures d’usine

Le site ArcelorMittal de Gandrange est celui dont on parle le plus. Alors que le conseil d’administration a décidé la suppression de 700 emplois en France, tout en promettant que tous les salariés de l’aciérie seraient reclassés, Nicolas Sarkozy s’est engagé à investir dans l’usine pour éviter sa fermeture annoncée. Un engagement qui doit encore être précisé, selon la ministre de l’Economie, Christine Lagarde, beaucoup plus prudente.

A Toul, le sort des employés de l’usine Kleber de Michelin semble scellé. La direction du groupe de pneumatique français a confirmé, vendredi, la fermeture du site en 2009. A Saint-Dizier, c’est une usine Miko qui est menacée de 254 suppressions de postes sur 493.

A Bordeaux, le site de Marie Brizard devrait également fermer, le groupe Belvédère, propriétaire du site, ayant annoncé, début janvier, la délocalisation de 68 postes vers le siège social d'Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne) et de 19 autres à Lormont. De même, le site Ford de Blanquefort, près de Bordeaux, est menacé de fermeture. Toujours à Bordeaux, l’usine Flextronics, l'ex-Solectron, a fermé ses portes, fin octobre, entraînant le licenciement de 540 salariés - contre 4.000 en 2000. En novembre, c’était l’usine de couture Ecce (prêt-à-porter haut de gamme) de Poix-du-Nord qui mettait la clé sous la porte pour cause de délocalisation en Pologne. Enfin, près de Starsbourg, l'usine Dow AgroSciences de Lauterbourg a annoncé en décembre qu’elle fermera progressivement, entre les troisièmes trimestres 2008 et 2009.

Qu’est-ce que la désindustrialisation?
C’est la diminution de la part de l’emploi industriel dans l’emploi total en France. Selon la Dares, l’industrie a perdu 1,3% de ses emplois sur les 12 derniers mois. Un recul qui n’a pas handicapé la création d’emplois dans l’Hexagone, où 297.700 ont été créés en 2007. Problème: ces postes l’ont été en majorité dans des secteurs à faible valeur ajoutée, comme les services à la personne et les services aux entreprises. Pas de quoi se montrer très compétitifs, donc, comme l’explique Eric Heyer, directeur Adjoint au département analyse et prévision de l’OFCE, pour qui la France ne peut concurrencer les pays aux économies émergentes sur les produits à faible valeur ajoutée.

De nouveaux enjeux compris dès 2005. «C’est donc bien le mauvais positionnement, géographique et sectoriel, mais surtout le déclin de sa position relative dans les produits de qualité et de haute technologie qui est le réel enjeu de la désindustrialisation en France», affirmait alors le rapport «Désindustrialisation, délocalisations» de Lionel Fontagné et Jean-Hervé Lorenzi, publié en 2005 par le Conseil d’Analyse Economique (CAE). Surtout, ce rapport relativise la portée de la désindustrialisation en France, évoquant «un phénomène assez naturel, dans lequel les délocalisations n’auraient qu’une responsabilité réduite». La situation est donc loin d’être la même que celle de la grande période de désindustrialisation (1980-1995), où «la taille des entreprises françaises s'est homogénéisée et a diminué en moyenne d'un tiers», selon Eric Maurin, économiste à l’EHESS. Rien de comparable aujourd’hui. «On ne peut pas parler d’une accélération des suppressions de postes ou d’une vague atypique de fermeture de sites, juge Xavier Lacoste, président du cabinet de conseil Altedia, dans «Les Echos». On assiste plutôt à la poursuite de restructurations sectorielles entamées depuis plusieurs années.»

La France est-elle toujours attractive?

Oui, selon Eric Heyer qui rappelle qu’elle est le 3è pays en termes d’investissements étrangers. «Les investisseurs apprécient la main d’oeuvre qualifiée, les infrastructures très développées et la position géographique de la France, ouverte sur l’Europe», assure-t-il. Pour preuve, plusieurs entreprises ont choisi de relancer le secteur industriel, comme Meccano à Calais ou Latecoere à Saint-Nazaire.

Et vous, qu'en pensez-vous? L'Etat doit-il faire quelque chose contre les délocalisations? Dites-le nous ci-dessous...