La nationalisation ne résout pas la crise de Northern Rock

GRANDE BRETAGNE - La banque n'est pas à l'abri d'un vaste plan de licenciements...

De notre correspondant à Londres, Eric Albert

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L'annonce que la banque Northern Rock va être nationalisée a suscité lundi de nombreuses critiques en Grande-Bretagne, particulièrement à l'encontre du Chancelier de l'Echiquier Alistair Darling, déjà accusé d'inconstance dans ses projets de réforme fiscale.
L'annonce que la banque Northern Rock va être nationalisée a suscité lundi de nombreuses critiques en Grande-Bretagne, particulièrement à l'encontre du Chancelier de l'Echiquier Alistair Darling, déjà accusé d'inconstance dans ses projets de réforme fiscale. — Carl de Souza AFP/Archives

Les difficultés ne font que commencer pour le gouvernement britannique après la nationalisation de Northern Rock. Alors que la décision est politiquement explosive dans un pays qui a «inventé» les privatisations dans les années 1980, le gouvernement britannique doit maintenant restructurer la banque, faire face à la colère de Bruxelles et à celle des actionnaires.

Car la nationalisation n’a rien résolu des problèmes de fonds de la banque. La principale faille de Northern Rock est qu’elle s’est développée trop vite ces dernières années, mais sans avoir la capacité de financement nécessaire. Elle dépendait beaucoup trop du marché interbancaire, qui s’est asséché avec la crise du crédit. Une réduction de son portefeuille semble donc inévitable.

Grand plan de licenciements

Concrètement, cela signifie probablement la mise en place d’un grand plan de licenciements. «De 6.000 emplois, il est probable que la banque revienne à la taille qu’elle faisait il y a trois ou quatre ans, à environ 3.000 emplois», estime Peter Hahn, de la Cass Business School.

Ron Sandler, le nouveau directeur général –et ancien patron de la Lloyd’s- se voulait cependant rassurant lundi, pour son premier jour au siège de Northern Rock à Newcastle, affirmant que l’institution financière offrait une «bonne base sur laquelle construire». Il refuse pour l’instant de parler de licenciements.

Grogne des actionnaires

Par ailleurs, banque devra convaincre Bruxelles que le gouvernement britannique n’est pas en train de violer les règles de la concurrence. La commission européenne s’opposera à ce que la banque se développe rapidement en utilisant des aides de l’Etat. «Des règles vont être édictées par Bruxelles et cela posera des limites à ce que nous pouvons faire», a reconnu lundi Ron Sandler. Les négociations avec la commission risquent d’être serrées.

Enfin, les perdants les plus évidents pour l’instant sont les actionnaires. L’action, qui s’est effondrée depuis l’été dernier, a été gelée lundi. Le gouvernement britannique annonce qu’il va évaluer le niveau de compensation adéquate, mais celui-ci risque d’être très faible. Les actionnaires, menés par deux hedge funds –RAB Capital et SRM Global- vont du coup probablement poursuivre en justice le gouvernement. «C’est une triste décision pour la réputation du Royaume-Uni comme centre financier», affirme Jon Wood, de SRM. «Si le gouvernement n’était pas intervenu, l’alternative aurait été la mise en faillite du groupe», répond Gordon Brown, le Premier ministre britannique.