«Nous ne pourrons pas concurrencer la Chine»

Propos recueillis par Sandrine Cochard

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Les deux cadres séquestrés depuis jeudi matin à l'usine Kléber de Toul (Meurthe-et-Moselle), que Michelin va fermer l'an prochain, ont été relâchés dimanche vers 14H00 et ont quitté le site, a constaté une correspondante de l'AFP.
Les deux cadres séquestrés depuis jeudi matin à l'usine Kléber de Toul (Meurthe-et-Moselle), que Michelin va fermer l'an prochain, ont été relâchés dimanche vers 14H00 et ont quitté le site, a constaté une correspondante de l'AFP. — Jean-Christophe Verhaegen AFP

Alors que de nombreuses fermetures d’usines ont été annoncées depuis la rentrée, Eric Heyer, directeur Adjoint au département analyse et prévision de l’Observatoire Français des Conjonctures économiques (OFCE), est confiant dans la compétitivité de l’industrie française.

ArcelorMittal, Ford, Michelin… Ces groupes ont annoncé ces derniers mois d’importantes restructurations, voire des fermetures d’usines, en France. Sommes-nous face à une nouvelle désindustrialisation?
Non, le plus gros de la phase de désindustrialisation a eu lieu au début des années 1980. Aujourd’hui, il ne s’agit pas d’une remise en cause de l’industrie française mais d’une évolution nécessaire de son positionnement. Le secteur industriel est le plus ouvert à la compétitivité. La division internationale du travail génère de nouvelles concurrences auxquelles il ne faut pas céder.

C’est-à-dire?
Il faut faire face aux réalités économiques et s’avouer que nous ne pourrons pas concurrencer la Chine ou les pays de l’Est sur les secteurs ne nécessitant pas de valeur ajoutée, comme le textile par exemple. Pour se distinguer et se relancer, l’industrie française doit miser sur le haut de gamme, comme l’aéronautique, les nouvelles technologies ou encore les énergies propres. Il lui faut avoir une spécialisation industrielle marquée et laisser les secteurs de basse valeur ajoutée aux pays émergents.

Mais que faire des industries déjà en place?
Aujourd’hui, même si nous sommes dans une économie majoritairement tertiaire, le secteur industriel représente 20% de l’emploi total en France, il n’est pas souhaitable que l’industrie disparaisse. Mais d’un point de vue strictement économique, il ne faut pas faire croire aux gens qu’ils pourront encore faire carrière toute leur vie dans une usine si celle-ci fabrique les mêmes produits que ceux proposés en Chine, par exemple.

De même, affirmer que l’on subventionnera les usines qui ferment, comme à Gandrange, me semble être une erreur car on ne pourra pas atteindre le coût des pays de l’Est. Il est nécessaire d’avoir une vraie vision de l’industrie que l’on souhaite avoir, et pour cela, il faut investir dans la recherche et le développement.