Les données personnelles des écoliers français vont-elles échapper à Google?

EDUCATION Le ministre de l’Education est sous la pression de plusieurs associations de parents d’élèves…

Nicolas Raffin

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En 2014, les collégiens du département des Alpes-maritimes ont reçu des tablettes pour les cours.
En 2014, les collégiens du département des Alpes-maritimes ont reçu des tablettes pour les cours. — BEBERT BRUNO/SIPA
  • Une «note interne» diffusée en mai ouvrait la possibilité aux entreprises du numérique de collecter des données scolaires.
  • Les parents d’élèves avaient protesté auprès du ministre de l’Education.
  • Jean-Michel Blanquer compte revoir la politique en la matière.

Pas d’école pour Google, Facebook, et autres géants du numérique, regroupés sous l’appellation Gafa. Jeudi, le porte-parole du gouvernement a indiqué que le ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer comptait limiter l’accès de ces entreprises aux données scolaires des élèves.

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Le ministre compte « revenir sur une circulaire [en fait, une lettre interne] signée deux semaines avant les présidentielles, qui ouvre très largement, peut-être trop largement l’accès des Gafa dans l’école », a expliqué Christophe Castaner.

Publicités ciblées

Rappel des faits : le 12 mai dernier, Matthieu Jeandron, délégué au numérique éducatif, adresse une lettre aux délégués académiques du numérique. Dans ce courrier, révélé par le Café pédagogique, il explique qu’il n’y a pas « de réserve générale sur l’usage des outils liés aux environnements professionnels chez les grands fournisseurs de service du web ». Un peu plus loin, il indique qu’il ne voit pas de « blocage juridique de principe à la connexion d’un annuaire avec l’un de ses services ».

En clair, cela signifie que Google, Facebook, et autres entreprises du numérique auraient pu collecter des listes d’élèves avec leurs noms, leurs classes, voire même leurs notes dans le cadre de travaux effectués en ligne. Ces données peuvent rapporter de l’argent : par exemple, on peut imaginer que Google, ayant connaissance des difficultés d’un élève, lui « propose » des publicités ciblées sur les cours en ligne…

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« Sécurisation absolue des données »

La tonalité du courrier a ému plusieurs associations de parents d’élèves, qui ont interpellé Jean-Michel Blanquer début juillet. Elles soulignaient la contradiction entre les nouvelles directives concernant le numérique et un avis de la CNIL (commission des libertés informatiques), qui demandait « un encadrement juridique contraignant (…) en ce qui concerne la non-utilisation des données scolaires à des fins commerciales ».

La Peep (Fédération des parents d’élèves de l’enseignement public) se réjouit donc du revirement annoncé par le gouvernement. « On est heureux d’avoir enfin une réponse, souligne Samuel Cywie, vice-président de la fédération. On attend une nouvelle note interne qui mette fin à ce malentendu. Notre position ne bouge pas : nous réclamons la sécurisation absolue des données des élèves. »

Solutions internes

Pour autant, le représentant des parents d’élèves n’est pas dupe. Beaucoup d’enseignants utilisent déjà les outils de Google ou de Facebook pour des cours, des informations aux élèves, etc. « Le numérique évolue tellement rapidement que l’école a du mal à suivre, concède Samuel Cywie. Il est clair qu’il faudra le réguler. Il y a des solutions – comme les espaces numériques de travail - qui peuvent être développées en interne, sans passer par des firmes américaines. »