Appel de Macron à baisser les loyers: Les questions que vous vous posez

COMPENSATION Le président Emmanuel Macron a appelé « tous les propriétaires à baisser les loyers de cinq euros » par mois, une baisse qui compenserait celle des APL…

Anne-Laëtitia Béraud

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Quittance de loyer.
Quittance de loyer. — DURAND FLORENCE/SIPA

Le président de la République, Emmanuel Macron, a appelé publiquement ce mardi « tous les propriétaires à baisser les loyers de cinq euros » par mois, ce qui compenserait la future baisse de l’aide personnalisée au logement (APL). Dans un discours devant les préfets mardi à l’Elysée, le chef de l’Etat s’est dit « surpris du silence collectif » et de l’absence d’appel « aux bailleurs sociaux, aux propriétaires à baisser le prix du logement ». La mesure annoncée par le Président est-elle viable ? Et pour quelles conséquences ? 20 Minutes revient sur ces quelques mots qui font l’effet d’une bombe dans nos questions-réponses ci-dessous…

Dans quel contexte a été prononcée cette déclaration ?

Cette déclaration ne sort pas de nulle part. Alors que l’annonce d’une baisse de 5 euros des APL par foyer a fait vivement réagir pendant l’été, Emmanuel Macron revient sur le sujet en cette rentrée. Il affirme dans un entretien au Point à paraître jeudi qu’il envisage d’aller au-delà de la baisse controversée de cinq euros des APL, mais « seulement dans le cadre d’une transformation profonde qui doit faire baisser les loyers ». Alors que l’aide personnalisée au logement (APL) alimente selon lui la hausse des loyers, le chef de l’Etat préconise « un choc d’offre » que doit permettre un projet de loi présenté à l’automne.

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A qui s’adresse l’appel d’Emmanuel Macron de ce mardi ?

L’appel s’adresse à tous les propriétaires, bailleurs privés et sociaux. Dans la soirée, le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin a laissé entendre que des annonces seraient faites la semaine prochaine concernant le parc social. «Il y a deux types de propriétaires, il y a le parc privé, et là il y a une demande du président de la République d'être citoyen, de faire ce que Kennedy demandait à ses citoyens, de faire quelque chose pour son pays», a-t-il dit. «Et il y a ceux qui sont dans le parc social, et là nous verrons ce que proposeront la semaine prochaine les ministres du Logement Jacques Mézard et Julien Denormandie», a-t-il ajouté.

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Quelles sont les réactions parmi les propriétaires ?

L'Union nationale des propriétaires immobiliers (UNPI) a dit apprendre « avec effarement et colère » l’annonce du chef de l’Etat. Selon elle, il n’y a pas eu de concertation entre l’Elysée et cette fédération revendiquant 250.000 adhérents et 120 chambres syndicales. Selon Jean Perrin, président de l’UNPI, la déclaration du chef de l’Etat est politique : « Le président de la République veut exciter les étudiants contre les propriétaires avant le rassemblement de Jean-Luc Mélenchon, afin de dévier la grogne. »  La Confédération nationale du logement (CNL), son président Eddie Jacquemart a expliqué au Parisien: «Je crois que c'est complètement illusoire». La CNL a par ailleurs lancé une pétition lundi pour mobiliser contre la diminution des aides au logement, réclamant leur revalorisation. Quant à l'Union nationale des propriétaires, elle s'est dite «scandalisée» par l'annonce d'Emmanuel Macron. 

Pourquoi, selon l'UNPI, cet appel est inconsidéré ?

Plusieurs arguments sont apportés : « On augmente la CSG, on maintient l’ISF, les diagnostics, on va bientôt augmenter les taxes foncières, on a l’obligation d’assurance locative… on augmente sans cesse nos charges mais le loyer devrait, lui, être baissé. Il y a une volonté manifeste à ce que les propriétaires meurent », s’insurge Jean Perrin de l’UNPI. Celui-ci se dit prêt à discuter d’une éventuelle baisse de loyers s’il est question de « décréter une baisse drastique de la pression fiscale et une simplification générale de la réglementation ».

Cette baisse de cinq euros pourrait-elle devenir, d’une manière ou d’une autre, obligatoire ?

« Non », répond Jean Perrin, le président de l’UNPI : « Il n’y a pas d’obligation possible pour les propriétaires, car ils nouent des contrats de droit privé avec les loueurs ».

Pour revêtir un caractère obligatoire, il faudrait recourir à la loi. Et c’est ce que demande précisément le Parti communiste ce mardi après-midi. « Je ne sais pas sur quelle planète vit Emmanuel Macron. Peut-être sur Jupiter. Mais sur la nôtre, lorsqu’un chef de l’État veut réduire les loyers, il ne se contente pas de lancer des incantations aux propriétaires. Il agit et fait voter une loi », écrit dans un communiqué Ian Brossat, responsable PCF au logement.

Baisser le loyer de cinq euros, cela représente-t-il beaucoup, ou non, pour les propriétaires ?

Comme lors de la polémique sur la baisse des APL de cinq euros, les réponses divergent suivant les acteurs concernés. Selon Jean Perrin de l’UNPI, « évidement, cinq euros sur un loyer parisien de 1.500 euros, ça n’apparaît pas important. Sauf que la grande majorité des loyers n’a rien à voir avec Paris. J’ai un studio à Dijon loué 300 euros. Les taxes foncières me coûtent à l’année 600 euros. Entre les charges sociales, les frais de gestion, les travaux, le diagnostic, ce logement doit être loué pendant douze mois pour être rentable. Sauf que les logements sont loués en moyenne sept à huit mois. Et là, je ne vous parle pas des villes comme Bar-le-Duc, où la rentabilité peut être de zéro. Les propriétaires en viennent à perdre de l’argent à louer leur bien », déplore le président d’association.

Si cette baisse de loyer de cinq euros était effectuée immédiatement par les propriétaires, cela serait-il bénéfique pour les loueurs ?

« Non », répond de nouveau Jean Perrin. « Ce serait inefficace, puisque le gros des locations a déjà été fait en ce début septembre », estime-t-il.

Globalement, quelle est la tendance pour les loyers ?

Selon une étude de l’Observatoire des loyers de l’association Clameur publiée en août, les loyers baissent légèrement (-0,6 %) sur les huit premiers mois de 2017 en France, « ce qui en fait l’une des plus mauvaises années pour le marché locatif depuis 20 ans » selon l’UNPI. Sauf que cette légère baisse n’a rien d’uniforme entre les territoires (régions, départements), les villes, ou les types de biens.

>> Vous êtes propriétaire d’un bien que vous louez. Que pensez-vous de la déclaration d’Emmanuel Macron ? Que représente cinq euros sur le loyer que vous avez fixé ? Allez-vous réaliser cette baisse de loyer, ne rien faire, et ce, pour quelles raisons ? Vous pouvez témoigner dans les commentaires ci-dessous ou envoyer un mail à contribution@20minutes.fr.