Braderie de Lille: Mais d'où viennent tous ces blocs en béton?

URBANISME Depuis l’attentat de Berlin au camion-bélier, le 19 décembre 2016, et surtout l’attaque au camion sur la Promenade des Anglais à Nice, le 14 juillet 2016, les blocs en béton ont poussé comme des champignons dans les agglomérations. Mais qui fabrique ces protections anti-terroristes ?….

Guillaume Novello

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Une grue de levage installe des blocs de béton pour sécuriser la Grande braderie de Lille, le 30 août.
Une grue de levage installe des blocs de béton pour sécuriser la Grande braderie de Lille, le 30 août. — PHILIPPE HUGUEN / AFP

Ils sont devenus incontournables des paysages urbains ces derniers mois. On ne parlera pas ici des food trucks, mais bien des blocs en béton destinés à contrer les attaques terroristes, comme celle du 14 juillet 2016 à Nice, où un camion-bélier avait fait 86 morts et 458 blessés, sur la Promenade des Anglais. Depuis cet attentat, ils sont devenus indispensables pour sécuriser les grands événements. Et la Grande Braderie de Lille, qui se tient les 2 et 3 septembre, ne fait pas exception. La mairie a ainsi investi 150.000 euros au cours des derniers mois pour acquérir un millier de blocs de béton, a indiqué la maire Martine Aubry, lors d’une conférence de presse lundi 30 août. Ces blocs barreront les 29 accès piétonniers où seront effectués des contrôles et fouilles.

Et c’est une PME basée à Villeneuve-d’Asq, Securiblock, qui fournira, via un sous-traitant, la protection pour le semi-marathon du dimanche matin. « L’idée est venue il y a un peu plus d’un an quand il a fallu sécuriser les marchés de Noël, raconte Guillaume Watrelot, cogérant de l’entreprise. Nous avons établi un partenariat avec un ami industriel qui fabrique les blocs et nous nous occupons de la vente, la location, la livraison, etc... » Ce que fournit Securiblock, c’est avant tout un service. « La valeur ajoutée du béton est infime, explique l’entrepreneur. A la vente, le prix du bloc est constitué à 60 % des frais logistiques. » Il faut en effet utiliser des transporteurs spécifiques et des grues de levage pour déplacer et installer des blocs qui pèsent facilement deux tonnes.

La location plébiscitée

« On se différencie par la réactivité. Par exemple, pour les festivités du 14-Juillet d’une commune, nous sommes capables de livrer les blocs béton à 19h30 et de venir les reprendre à minuit 45 », précise Guillaume Watrelot. Car ce dernier ne fait pas que vendre les blocs, il les loue aussi - à partir de 50 euros la journée -, ce qui coûte moins cher aux collectivités qui n’en ont besoin que pour des événements ponctuels.

Depuis que Securiblock a réellement lancé son activité, en juin 2016, son carnet de commandes ne désemplit pas. « Je reçois une dizaine de messages par jour pour des commandes. On livre pour le Festival de Cannes, le Centre Georges Pompidou, Roland Garros », indique le Nordiste, rappelant que « tous les deux-trois mois, il y a un événement qui appelle au renforcement de la sécurité ». Et donc la demande de nouveaux blocs en béton ne faiblit pas.

Les collectivités en redemandent

Ainsi la mairie de Nice, qui a investi 5 millions d’euros dans des dispositifs de protection contre l’intrusion d’un véhicule sur la promenade des Anglais, possède un parc d’une centaine de glissières en béton de 2,4 m de long et devrait en acheter une cinquantaine d’autres (à environ 150€ HT l’unité) d’ici à la fin de l’année. De son côté, la ville de Bordeaux a « fait l’acquisition d’une trentaine de blocs, et va certainement passer à 50 ». « En 2017, nous avons eu des très grandes manifestations sur les quais, la place Quinconce », indique Jean-Louis David, adjoint au maire en charge de la vie urbaine. En coordination avec la préfecture et la police, nous avons décidé de sécuriser les lieux, notamment avec des blocs bétons. » Ainsi, la sécurisation de la promenade des quais a nécessité la pose de 130 blocs. Ce dispositif qui ne devait être que temporaire « a été maintenu au-delà du 31 août en raison du plan Vigipirate renforcé », précise l’élu.

Installation de Blocstops à Bordeaux.
Installation de Blocstops à Bordeaux. - Mairie de Bordeaux

Ce récent besoin de blocs bétons anti-terroristes entraîne chez certains une modification de leur activité. Ainsi, chez Agilis, une filiale du groupe NGE qui travaille entre autres pour la mairie de Paris, on avait l’habitude de fabriquer des séparateurs modulaires de voies (SMB), en plastique ou en béton, pour protéger les ouvriers opérant sur les chantiers routiers. « Il n’y a pas eu de hausse de la demande mais une modification de celle-ci, explique-t-on à l’entreprise. Depuis Nice, on nous demande des produits plus résistants, pour faire face à des poids lourds. »

De même, en octobre 2015, l’entreprise Béton Mobile TP, basée dans l’Yonne, lançait la commercialisation de mobi’blocs, des gros légos en bétons destinés à l’origine à des murs de soutènement ou à des cases de stockages. Or depuis l’année dernière, tout a changé. « Aujourd’hui, nous vendons et louons davantage de mobi’blocs pour des dispositifs de sécurité que pour toute autre utilisation », assure cette PME. Néanmoins, comme la sécurité n’est pas le métier d’origine de l’entreprise bourguignonne, celle-ci « travaille en collaboration avec une entreprise spécialisée dans ce domaine ».

Des Mobi'blocs sur une chaussée.
Des Mobi'blocs sur une chaussée. - Mobi'blocs

S’intégrer au paysage

La mairie de Lorient a également fait le choix du recyclage pour sécuriser les abords du Festival interceltique de Lorient où 150 plots en béton ont été disposés pour protéger les quelque 750.000 festivaliers. « A la suite des événements dramatiques de Nice, nous avons été amenés à nous procurer et à poser des blocs dont nous disposions dans la précipitation, explique la municipalité. Depuis, nous avons comparé les coûts et fait le choix d’une transformation des produits existants pour en faire des plots adaptés à nos besoins. Nous acquérons des blocs bétons préfabriqués de plus d’1 m3 qui ont initialement différentes fonctions en travaux publics. Ces derniers sont remplis de béton et équipés de crochets de manutention. Ils sont au final peints pour une meilleure intégration dans le paysage. »

Cette question de l’intégration au paysage est de plus en plus présente pour des dispositifs, au départ provisoires, mais qui sont de plus en plus définitifs. Ainsi Lorient réfléchit à « intégrer ces blocs bétons de manière pérenne dans le mobilier urbain », comme a pu le faire Bordeaux. De fait, du côté d’Agilis, on reconnaît que l’utilisation des SMB dans une optique de sécurité « n’est pas une réponse vraiment adaptée, car le produit n’est pas vraiment esthétique ».

« Pas envie de vivre dans un bunker »

Proposer des blocs bétons facilement utilisables et qui s’intègrent au paysage, c’est le créneau sur lequel s’est lancé Abdel Feghoul en créant sa société en août 2016. « Après l’attentat de Nice, j’ai voulu faire quelque chose pour protéger les gens, raconte l’entrepreneur qui, auparavant, produisait des blocs de béton pour soutenir des mâts d’installations électriques provisoires. J’ai pas mal travaillé et j’ai déposé un brevet pour Blocstop, afin de proposer des blocs sécurisant et qui puissent s’intégrer à l’urbain. Il ne s’agissait pas de simplement couler du béton et je n’ai pas forcément envie de vivre dans un bunker. » Basée en Gironde, c’est cette entreprise qui a sécurisé les quais de Bordeaux ou encore la course de Formule E aux Invalides, à Paris en mai dernier.

Blocstop propose un « dispositif complet », assure Abdel Feghoul, qui va de la livraison à l’installation en passant par la personnalisation. « On peut y afficher de la pub pour financer l’installation des blocs, les peindre, les équiper de signalisations routières, de spots photovoltaïques ». Depuis le lancement effectif de son activité, en janvier 2017, l’entreprise de six salariés a proposé plus de 1.800 blocstops à la vente (entre 250 et 400 euros l’unité) et à la location. « Le secteur n’est pas encore trop concurrentiel, estime Abdel Feghoul, mais ça va le devenir. » D’autant que la menace terroriste n’est pas près de s’apaiser…