Les quatre défis du nouveau patron d'Uber

ENTREPRISE Le directeur général d'Expedia, Dara Khosrowshahi, va succéder à Travis Kalanick, écarté par le Conseil d'administration...

P.B.

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Le directeur général d'Expedia, Dara Khosrowshahi, devrait prendre la tête d'Uber
Le directeur général d'Expedia, Dara Khosrowshahi, devrait prendre la tête d'Uber — Rob Latour/Shutterstock/SIPA

Votre mission, si vous l'acceptez: redorer une image catastrophique ternie par des polémiques à répétition, améliorer les relations avec les chauffeurs, atteindre la profitabilité et négocier le virage technologique vers les voitures autonomes. La tâche du prochain patron d'Uber est titanesque. Et après une longue quête, le conseil d'administration a trouvé son champion: selon le New York Times, c'est le patron du voyagiste en ligne Expedia Dara Khosrowshahi qui devrait bientôt être nommé à la tête d'Uber. S'il accepte, l'homme d'affaires irano-américain fera face à quatre défis.

Qui est Dara Khosrowshahi?

Cet Irano-Américain a fait d'Expedia l'un des leaders mondiaux du voyage en ligne. Au dernier trimestre, le voyagiste, qui se partage 95% du marché américain avec Priceline, a généré un chiffre d'affaires de 2,6 milliards de dollars. Surtout, contrairement à de nombreux entreprises Web, Expedia gagne de l'argent, avec un bénéfice de 900 millions de dollars en 2015 et de 450 millions en 2016. Depuis son introduction en Bourse, en 2013, la valorisation d'Expedia a triplé, à 23 milliards de dollars. Et cela a profité à Dara Khosrowshahi, qui était le patron américain le mieux payé dans le secteur technologique l'an dernier, avec une compensation annuelle de 94 millions de dollars, principalement en actions.

Défi n°1: Réparer la culture d'Uber

Harcèlement sexuel, virée dans un bar à escorts en Corée, discrimination... Uber a franchi la ligne rouge à plusieurs reprises, et sa réputation a explosé après les révélations d'une ex-employée en février dernier. Une enquête indépendante menée par l'ancien ministre de la Justice de Barack Obama, Eric Holder, a révélé de nombreux dysfonctionnements dans la culture d'entreprise et conduit à une cascade de départs, jusqu'à celui du controversé cofondateur d'Uber, Travis Kalanick.

Défi n°2: Gagner de l'argent

Uber, qui n'est pas coté, est évalué à près de 70 milliards de dollars. Mais parce l'entreprise investit lourdement, elle perd beaucoup d'argent: plus de 600 millions de dollars au deuxième trimestre. Le prochain PDG va devoir rassurer les investisseurs actuels et surtout présenter un plan menant vers la profitabilité, surtout si Uber veut un jour séduire Wall Street. A la tête d'Expedia, Khosrowshahi a surtout misé sur des rachats bien sentis de concurrents, comme HomeAway et Orbitz.

Défi n°3: Se réconcilier avec ses chauffeurs

Précarité, rémunération, frais, protection sociale... La grogne de date pas d'aujourd'hui. La prise de bec entre Travis Kalanick et un chauffeur, en mars dernier, avait illustré une dure réalité: pour s'en sortir, de nombreux conducteurs travaillent 50 ou 60 heures par semaine. Récemment, l'entreprise s'est alignée sur son concurrent Lyft et permet désormais de laisser un pourboire au chauffeur.

Défi n°4: Continuer ou abandonner les voitures autonomes

Uber mise gros sur les voitures autonomes, qui pourrait réduire drastiquement ses coûts opérationels. La start-up a notamment débauché des chercheurs de Carnegie Mellon et racheté l'entreprise Otto. Sauf que Google/Waymo accuse un ancien ingénieur –depuis écarté par Uber– de vol de brevets. Surtout, la technologie est encore loin d'être au point. Les voitures testées à Pittsburgh ont souvent besoin d'une intervention humaine. A San Francisco, elles ont commis plusieurs infractions, et après un bras de fer avec les autorités californiennes, Uber a fait ses valises pour l'Arizona. Le prochain patron fera face à un dilemme majeur: doubler la mise ou arrêter les frais.