Chômage: Pourquoi le nombre de demandeurs d’emploi augmente alors que l’économie redémarre?

EMPLOI Les spécialistes rappellent que d’autres indicateurs ne vont pas dans le même sens que Pôle Emploi…

Nicolas Raffin

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Illustration. Pôle Emploi.
Illustration. Pôle Emploi. — GILE MICHEL/SIPA
  • Le nombre d’inscrits à Pôle emploi a augmenté en juillet.
  • Pourtant, d’autres indicateurs montrent une reprise de l’économie.

La tentation était trop grande. Après la publication des chiffres du chômage ce jeudi montrant une augmentation du nombre d’inscrits à Pôle emploi, Eric Ciotti n’a pas pu résister à la tentation d’incriminer la politique d’ Emmanuel Macron. Sur Twitter, le député LR sous-entend que le président ne doit pas s’arroger que les « bons » chiffres de l’économie française :

Pour autant, les chiffres de Pôle emploi annoncent-ils un retournement ? Pour les spécialistes interrogés, il faut regarder plusieurs indicateurs avant de former un avis définitif. « On est dans une phase où il y a plus d’investissement, où le climat des affaires s’améliore, note Denis Ferrand, directeur général de Coe-Rexecode. La situation est meilleure du côté des entreprises ».

Une hausse positive ?

Un avis partagé par Eric Heyer, directeur du département « Analyse et prévision » à l’OFCE, pour qui «Pôle emploi donne un signal différent de celui de l’Insee [ pour qui le chômage baisse], et du moral des ménages ». Ce dernier indicateur, également calculé par l’Insee, montre que les craintes au sujet du chômage sont en nette baisse depuis un an (voir graphique ci-dessous).

Graphique de l'Insee sur la
Graphique de l'Insee sur la - Insee

Cette hausse du chômage serait donc à relativiser. Selon Eric Heyer, « si la crainte du chômage diminue, des personnes qui avaient perdu tout espoir de trouver du travail et qui n’étaient pas forcément inscrites à Pôle emploi [donc hors des statistiques] reviennent s’inscrire… et font mécaniquement gonfler le nombre de demandeurs d’emploi ».

Vases communicants

Pour Denis Ferrand, un autre levier a pu jouer : « on arrive à la fin de la montée en puissance du plan de formation décidé par François Hollande, rappelle l’économiste. Or, toutes ces personnes étaient inscrites en catégorie D [qui est en recul de 6 % sur trois mois]. Quand elles terminent leur formation, elles peuvent repasser dans la catégorie A, B, ou C [catégories où les inscrits doivent rechercher un emploi] ».

Un effet de vases communicants qu’il faut garder en tête lorsqu’on regarde les statistiques. Eric Heyer conclut par cet avertissement : « Dans tous les instituts économiques, on ne regarde que le chômage au sens du BIT (Bureau international du travail) car cela permet une comparaison internationale. »