«Un sans-faute», des regrets, «mesures négatives»... Macron et les patrons, une série pleine de rebondissements

IMPÔTS Le Medef s’alarme de certaines mesures du nouveau président…

Nicolas Raffin
Le 10 mars 2017, Emmanuel Macron, en pleine campagne présidentielle, salue Pierre Gattaz lors des Olympiades des métiers qui se tiennent à Bordeaux.
Le 10 mars 2017, Emmanuel Macron, en pleine campagne présidentielle, salue Pierre Gattaz lors des Olympiades des métiers qui se tiennent à Bordeaux. — UGO AMEZ/SIPA
  • Emmanuel Macron n’était pas le candidat « préféré » de l’organisation patronale.
  • Ses réformes de la fiscalité du patrimoine et des entreprises séduisent le Medef.
  • Mais les grands patrons craignent l’arrivée d’un impôt temporaire pour remplacer la taxe sur les dividendes.

Episode 0 : « C’était des fausses idées »

Août 2015, université d’été du Medef. Une salve d’applaudissement parcourt les rangées de chaises. L’assemblée salue l’orateur qui vient de s’exprimer pendant une quarantaine de minutes sur l’économie française. Avec ce tacle appuyé au PS : « La gauche (…) a pu croire à un moment, il y a longtemps, que la politique se faisait contre les entreprises (…) que la France pouvait aller mieux en travaillant moins. C’était des fausses idées ». Au pupitre, Emmanuel Macron, alors ministre de l'Economie.

Cet épisode, un parmi d’autres, montre le pouvoir de séduction que peut exercer le nouveau président sur le patronat, même si certains désaccords ont pu apparaître cet été, notamment sur plusieurs réformes fiscales. 20 Minutes a décidé de vous retracer les derniers rebondissements de la série « Macron et les patrons » (pas encore disponible sur Netflix). 

Episode 1 : Le challenger et les nuages

Au départ, il y avait François Fillon. Et puis, l’affaire Pénélope étant passée par là, le candidat « préféré » du Medef – qui n’a soutenu personne officiellement - est devenu Emmanuel Macron, un peu par défaut.  Interrogé sur France Info en mars 2017, Pierre Gattaz estimait que le candidat d’En Marche « [allait] dans le bon sens, mais n’[allait] pas jusqu’au bout des réformes, notamment sur la baisse du coût du travail, sur la fiscalité ».

Une fois l’élection remportée, Pierre Gattaz ne cache pas sa joie. « Pour l’instant nous sommes sur un nuage, pour l’instant Emmanuel Macron fait un sans-faute » affirme-t-il le 16 mai sur CNews. Et pour cause : un article du journal Libération montre comment les préconisations d’un document du Medef datant de 2015 se retrouvent dans la loi Travail de Myriam El Khomri et dans la réforme du Code du travail voulue par Emmanuel Macron.

Episode 2 : Celui qui voulait reporter les réformes

Premier agacement du Medef. Le 4 juillet, Edouard Philippe annonce devant l’Assemblée nationale que la réforme de l’ISF, qui doit être remplacée par un impôt sur l’immobilier, est reportée en 2019, tout comme la réforme du CICE. « Je regrette (…) que le gouvernement reporte les mesures essentielles pour les entreprises que sont la baisse du coût du travail et de la fiscalité » déplore Pierre Gattaz. Cinq jours plus tard, l’exécutif change de cap : la réforme de l’ISF aura finalement lieu dès 2018, en même temps que la suppression de la taxe d’habitation.

Malgré certaines mesures en direction des ménages, Dominique Plihon, économiste et porte-parole d’Attac, constate une continuité avec la politique menée par François Hollande. « On croit que si on libère l’offre – des contraintes réglementaires, de la pression fiscale - l’économie va repartir, décrypte-t-il. Cette théorie a été formellement démentie par les faits. La baisse des impôts n’entraîne pas la relance de l’activité économique. Emmanuel Macron s’abrite derrière des présupposés économiques mais il y a des raisons politiques : la théorie de l’offre permet de justifier des mesures favorables aux entreprises et aux plus riches, qui sont des soutiens politiques. »

Episode 3 : La taxe de la discorde

Dans son édition du 16 août, le Canard Enchaîné révèle une note du Medef qui critique plusieurs « mesures négatives » envisagées par le gouvernement. Parmi elles, la création d’un impôt temporaire sur les grandes entreprises pour compenser la disparition de la taxe sur les dividendes, jugée illégale par la Cour de justice de l’Union Européenne. « Nous sommes assez mécontents » reconnaît le vice-président du Medef Geoffroy Roux de Bézieux dans une interview aux Echos.

Pour Dominique Plihon, les grands patrons n’ont pourtant pas de quoi se plaindre. « Les réformes fiscales menées par Emmanuel Macron (ISF, prélèvement forfaitaire sur les revenus du capital) sont des réformes favorables non seulement au patronat, mais surtout aux ménages les plus riches, dans lesquels on retrouve les cadres supérieurs des entreprises. » explique-t-il. Une affirmation corroborée par un rapport de l’OFCE publié le 12 juillet. Le think-tank classé à gauche concluait que les 10 % les plus riches allaient capter 46 % des gains fiscaux de l’ensemble des ménages.