STX France: Bruno Le Maire annonce la nationalisation des chantiers navals, l'Italie dénonce une décision «grave et incompréhensible»

ECONOMIE L'opération est temporaire, a précisé le ministre de l'Economie...

20 Minutes avec AFP

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Bruno Le Maire annonce la nationalisation temporaire des chantiers STX France, jeudi 27 juillet, au ministère de l'Economie, à Paris.
Bruno Le Maire annonce la nationalisation temporaire des chantiers STX France, jeudi 27 juillet, au ministère de l'Economie, à Paris. — ERIC PIERMONT / AFP

L’État français a mis fin jeudi au suspense en annonçant une nationalisation temporaire de STX France, une décision rarissime destinée à « négocier dans les meilleures conditions » l’avenir des chantiers navals, après l’échec des discussions avec le groupe italien Fincantieri.

Cette prise de contrôle, la première d’un groupe industriel en France depuis la vague de nationalisations du pouvoir socialiste en 1981, a pour objectif de « défendre les intérêts stratégiques de la France », a assuré le ministre de l’Économie Bruno Le Maire, lors d’une conférence de presse.

« Les chantiers navals de Saint-Nazaire n’ont pas vocation à rester sous le contrôle de l’État »

« Nous voulons avoir toutes les garanties, je dis bien toutes, que ces savoir-faire ne partiront pas un jour dans une autre grande puissance économique mondiale non européenne, pour être très précis », a-t-il ajouté, dans une allusion à peine voilée à la Chine. Selon Bruno Le Maire, qui s’est refusé pendant son discours à utiliser le terme de « nationalisation », cette opération de préemption est « temporaire ». « Les chantiers navals de Saint-Nazaire n’ont pas vocation à rester sous le contrôle de l’État », a-t-il assuré.

Le ministre de l’Économie avait lancé mercredi un ultimatum aux autorités italiennes, les enjoignant d’accepter « un contrôle à parts égales » de STX France. « Si jamais nos amis italiens refusent la proposition honnête qui leur est faite, l’État exercera son droit de préemption », avait-il prévenu. A Rome, cet ultimatum a été accueilli par une fin de non-recevoir. « Il n’y a aucune raison pour que Fincantieri renonce à la majorité et au contrôle » de STX, a assuré le ministre des Finances italien Pier Carlo Padoan. Fincantieri n’a « pas besoin de STX à tout prix », a prévenu de son côté son patron, Giuseppe Bono.

« Nous considérons grave et incompréhensible la décision du gouvernement français »

« Nous considérons grave et incompréhensible la décision du gouvernement français de ne pas donner suite à des accords déjà conclus », affirment dans un communiqué conjoint le ministre de l’Economie et des Finances Pier Carlo Padoan et celui du Développement économique Carlo Calenda.

Selon l’accord initial, le constructeur italien devait reprendre d’abord 48 % du capital des chantiers et rester minoritaire pendant au moins huit ans, épaulé par l’investisseur italien Fondazione CR Trieste à hauteur d’environ 7 %. Les actionnaires français, dans cet équilibre, ne disposaient que de 45 % du groupe. Mais le président Macron avait demandé, le 31 mai, que cet accord « soit revu » pour préserver les intérêts hexagonaux. Sa proposition, transmise à Rome par Bruno Le Maire, laissait à Fincantieri 50 % du capital, les autres 50 % revenant à l’État français (via Bpifrance), Naval Group (ex-DCNS) et aux salariés du groupe.