Sarkozy et Lagarde poussent le PDG de la Société générale vers la sortie

BANQUE Daniel Bouton est sur un siège éjectable...

C. F. avec agence

— 

Le PDG de la Société Générale Daniel Bouton a réfuté lundi sur Europe 1 les "théories du complot" qui feraient du trader mis en cause par la banque un agent au service d'une banque russe ou une victime expiatoire de la crise des "subprimes".
Le PDG de la Société Générale Daniel Bouton a réfuté lundi sur Europe 1 les "théories du complot" qui feraient du trader mis en cause par la banque un agent au service d'une banque russe ou une victime expiatoire de la crise des "subprimes". — Martin Bureau AFP

Daniel Bouton sur un siège éjectable. Alors que le trader Jérôme Kerviel a été mis en examen et qu’une plainte a été déposée pour délit d’initiés, la position du PDG de la Société générale apparaît de plus en plus inconfortable. «Ma démission est toujours sur la table», a-t-il déclaré lundi. Celle-ci a été refusée jusqu’à présent par le Conseil d’administration.

Sarkozy, Lagarde et Dati

Mais Nicolas Sarkozy lui-même semble appeler à une prise de responsabilités de la part du leader d’une des trois premières banques françaises. Une crise comme celle de la Société Générale «ne peut pas rester sans conséquences s'agissant des responsabilités», y compris au plus haut niveau, a estimé le Président lundi.

Christine Lagarde a renchéri ce mardi, estimant sur LCI qu'il revenait «aux administrateurs de prendre leur décision» sur le maintien ou non de Daniel Bouton à la tête de la banque. La ministre de l'Economie a précisé qu'elle recevrait vendredi le rapport qu'elle a demandé à la Commission bancaire et à l'Autorité des marchés financiers sur la «fraude» à la Société Générale.

La ministre de la Justice en a rajouté une couche ce mardi, déclarant sur France Info que la responsabilité de Daniel Bouton «pouvait être engagée». Concernant la dépénalisation du droit des affaires sur laquelle un groupe de travail mis en place par Rachida Dati propose un rallongement des délais de prescription, la ministre a affirmé que «les infractions de nature financière ne sont pas remises en cause», notamment des délits comme l'abus de biens sociaux ou le délit d'initié.

La presse aussi

Les éditorialistes de la presse quotidienne crient également haro sur le PDG et le «système de gouvernance» de la Société Générale ce mardi.

«N'y-t-il pas comme un défaut dans les systèmes de management de Daniel Bouton. Patron star (et volontiers donneur de leçons)?» ironise Didier Pourquery dans «Libération» avant d'estimer que toutes ces questions «mettent mal à l'aise l'équipe Sarkozy souvent prompte à vanter les joies du libéralisme».

Dans «La Tribune», François-Xavier Pietri souligne que «l'impunité des principaux dirigeants, maintenus dans leurs fonctions par un conseil d'administration bienveillant, suscite l'étonnement, sinon plus, y compris dans les plus hautes sphères de l'État».

«Spéculer plus pour gagner plus»

Rappelant que «le jeune trader (...) a conduit ses opérations durant plus de deux ans, appliquant le principe de l'établissement “spéculer plus, pour gagner plus”», Patrick Apel-Muller de «L'Humanité» estime que «La Société générale a laissé faire - consciemment ou non - dans un système qui, lui-même, était une spéculation sur le cours des actions!»

Enfin, Guillaume Goubert de «La Croix» juge qu'il faut «rappeler les acteurs financiers à la réalité avant que ne finisse par se produire un cataclysme financier comparable à celui de 1929». L'éditorialiste du quotidien catholique évoque la crise mondiale qui s'en est suivie et a «grandement contribué à l'avènement du nazisme». «Un tel risque ne doit pas être pris» conclut-il.