Les avocats de Jérome Kerviel s'en prennent à la Société générale

FRAUDE Le trader accusé d'avoir fraudé la banque est interrogé dans les locaux...

Avec agence

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Jérôme Kerviel, le trader mis en cause par la Société Générale dans la "fraude" dont elle a été victime, était toujours en garde à vue dimanche à Paris, où il était entendu par les policiers chargés de l'enquête depuis samedi après-midi.
Jérôme Kerviel, le trader mis en cause par la Société Générale dans la "fraude" dont elle a été victime, était toujours en garde à vue dimanche à Paris, où il était entendu par les policiers chargés de l'enquête depuis samedi après-midi. — AFP/Société Générale/Arch.

La défense de Jérome Kerviel, le trader accusé d'avoir «fraudé» la Soiciété générale, passe à l'attaque. Ses avocats ont accusé dimanche soir la banque de vouloir «élever un écran de fumée qui détournerait l'attention du public de pertes beaucoup plus substantielles qu'elle a accumulées ces derniers mois».

Ils ont aussi assuré, à l'AFP, que Jérome Kerviel «n'a commis aucune malhonnêteté, n'a pas détourné un seul centime, n'a profité d'aucune manière des biens de la banque».

Avant de
dénoncer «les conditions volontairement précipitées et tout à fait anormales» dans lesquelles la banque «a liquidé des positions (50 milliards d'euros, ndlr) qui auraient pu se redresser avec le temps».

Garde à vue prolongée

Si ce sont ses avocats qui parlent, c'est que Jérome Kerviel est en garde à vue prolongée depuis samedi 14h, dans les locaux de la brigade financière à Paris, dimanche après-midi. Et il devrait y rester encore jusqu'à lundi 14h. Il est entendu par les policiers chargés de l'enquête depuis samedi après-midi, a constaté une journaliste de l'AFP.

Et visiblement cela se passe bien. L'enquête est «extrêmement fructueuse» et «progresse bien», a déclaré dimanche à la presse le chef de la section financière du parquet de Paris, Jean-Michel Aldebert. Jérome Kerviel «apporte des éléments très intéressants (...). Il a accepté de s'expliquer», a-t-il ajouté.

Interrogé sur l'état psychologique et physique du courtier, le chef de la section financière du parquet a répondu: Jérôme Kerviel «a dit qu'il était bien». En outre, l'avocate du trader s'est rendue auprès de lui dimanche matin, à la 20e heure de garde à vue, comme le permet la loi.

Remis en liberté ou mis en examen

Depuis samedi soir où un membre du Parquet était venu dire aux nombreux journalistes présents devant la brigade financière que Jérôme Kerviel «collaborait et était prêt à s'expliquer», il n'y a pas eu de mouvement notable devant les locaux situés rue du Château-des-Rentiers (XIIIe arr).

Samedi, peu avant 21h, Jean-Michel Aldebert avait déclaré à la presse que Jérôme Kerviel, 31 ans, s'était «présenté spontanément aux services de police» et qu'il était toujours en garde à vue. «On aura de plus amples informations demain matin», avait-il ajouté.

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Comme prévu, le parquet s'est prononcé dimanche sur une prolongation de sa garde à vue. Celle-ci ne pouvant pas excéder 24 heures supplémentaires. A l'issue de la garde à vue, et toujours selon la procédure, Jérôme Kerviel sera soit remis en liberté, soit mis en examen.

La garde à vue du trader était intervenue au lendemain d'une perquisition à son domicile de Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine) et d'une remise de documents informatiques aux policiers par la Société générale.

La Société générale persiste dans ses accusations

Pendant que Jérome Kerviel s'explique, la Société générale communique. Le patron de la division de banque de financement et d'investissement de la Société Générale, Jean-Pierre Mustier, a réaffirmé dimanche que «rien à ce stade ne permet de penser» que le trader mis en cause par la banque a «bénéficié de complicités tant internes qu'externes».

Un peu plus tôt dans la journée, la banque avait révélé, dans un communiqué, que les positions frauduleuses prises par le trader mis en cause atteignaient «environ 50 milliards d'euros» avant d'être liquidées dans l'urgence, ramenant la perte finale à 4,9 milliards d'euros.

«Environ 50 milliards d'euros de fraude»

«La position frauduleuse découverte le dimanche 20 janvier s'élève à environ 50 milliards d'euros», indique la banque française dans une «note explicative concernant la fraude exceptionnelle», reçue par l'AFP. «Cette position frauduleuse doit impérativement être débouclée dans les plus brefs délais, en raison des risques liés à sa taille», poursuit la note.

Elle précise qu'elle a été «débouclée» en trois jours «suivant un mode opératoire contrôlé», c'est-à-dire dans des limites de volume inférieures à 10% des volumes traités sur les indices européens concernés afin de «respecter l'intégrité des marchés». La position a été complètement «fermée» le 23 janvier au soir.