Crise financière: «La Chine ne tiendra pas jusqu'aux JO»

INTERVIEW Marc Fiorentino, directeur d’Euroland Finances, prédit l’explosion de la bulle chinoise...

Propos recueillis par Catherine Fournier

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Un investisseur consulte la liste des valeurs cotées à la Bourse de Shanghai en août 2007
Un investisseur consulte la liste des valeurs cotées à la Bourse de Shanghai en août 2007 — Mark Ralston AFP

Marc Fiorentino, directeur d’Euroland Finance, une société de services financiers pour les entrepreneurs, livre à 20minutes.fr son scénario au sujet de la crise qui sévit actuellement sur les places boursières mondiales.

Les indices boursiers sont de nouveau à la baisse ce mardi, mais dans des proportions moindres que lundi. Faut-il y voir une accalmie?

La première phase de la crise est déjà derrière nous. La Banque fédérale américaine va baisser de 1% ses taux d’intérêt avant la fin janvier et il n’y aura pas de bulle boursière aux Etats-Unis ou en Europe. On s’attend à un rebond de 10 à 15% dans les jours qui viennent. Par contre, on entre en plein désastre pour les pays émergents.

C’est-à-dire?

Le ralentissement de l’économie américaine affecte beaucoup plus la Chine, très dépendante de ses exportations aux USA, tandis que l’Europe continentale commerce davantage avec ses propres pays émergents, à l’Est, et avec la Russie. Comme dans les années 70, l’Allemagne joue un vrai rôle d’interface et tire l’Europe vers le haut. C’est sans doute le seul continent immunisé dans les trois ans qui viennent. Par contre, il faut s’attendre à une récession en Chine, qui ne tiendra sans doute pas jusqu’aux Jeux olympiques.

Quels sont les signes précurseurs?

La bourse de Shanghai a perdu 26% par rapport à son record d'octobre 2007 et ce n'est qu'un début. Sur le terrain, les usines tournent à 70%, déjà victimes du ralentissement de la demande aux Etats-Unis. L’économie réelle chinoise n’est pas à la hauteur de ce qu’on croit. Il y a eu un effet de surchauffe et on en train d’assister à l’effondrement de cette bulle, comme cela s’est passé pour le Japon dans les années 90. Près de vingt après, il ne s’en est toujours pas vraiment relevé...

A quelles conséquences faut-il s’attendre?

A une baisse assez rapide du prix des matières premières agricoles de 20 à 30% ainsi que du brut. Le prix du baril pourrait repasser à 65-70 dollars. Ce qui est plutôt une bonne chose. Paradoxalement, la croissance de la Chine a provoqué son appauvrissement, la population ne pouvant plus se payer les aliments de base, le riz et le soja.

D’autres pays émergents seront-ils touchés?

Moins que la Chine. L’Inde, par exemple, résistera mieux, car les fondements de son économie sont meilleurs, moins tournés vers la spéculation. Mais le grand gagnant de cette crise, je le répète, sera l’Europe, la zone économique la plus saine. Certes, sa croissance semble moins élevée, mais ses ménages ne sont pas endettés et bénéficient de toutes sortes d’avantages sociaux, notamment en France. Si l’école ou l’assurance-maladie étaient comptabilisées dans le PIB, comme aux Etats-Unis, c’est sûr qu’on ne serait pas à 2%.