Les «Malta Files», une enquête sulfureuse sur «les coulisses d'un paradis fiscal» maltais

CORRUPTION Treize journaux publient à partir de vendredi et pendant deux semaines les « Malta Files », plus de 150.000 documents confidentiels révélant les « coulisses de ce paradis fiscal méconnu », annonce Mediapart…

20 Minutes avec AFP

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La banque JP Morgan à Londres, le 5 mai 2017.
La banque JP Morgan à Londres, le 5 mai 2017. — AFP

Treize médias européens ont commencé vendredi à publier les « Malta Files », une enquête sulfureuse sur « les coulisses du paradis fiscal » maltais, que le gouvernement de La Valette, en pleine campagne électorale, a aussitôt rejetée en bloc.

Le site français d'investigation Mediapart promet à travers cette enquête une « plongée dans les coulisses de ce paradis fiscal méconnu, qui préside jusqu’au 30 juin l’Union européenne », affirmant que la petite île de 430.000 habitants « prive les autres pays de 2 milliards d’euros de recettes fiscales par an ».

Outre Mediapart, l’hebdomadaire allemand Der Spiegel, et les journaux portugais Expresso, espagnol El Mundo, italien L’Espresso, belge Le Soir, danois Politiken, maltais Malta Today et le média en ligne roumain The Black Sea figurent parmi le réseau de médias European Investigative Collaborations (EIC).

Bouygues, Total, BASF et Ikea sur la liste ? 

Selon Mediapart, l’enquête porte sur de « l’optimisation et de l’évasion fiscales, du blanchiment et de la corruption », et se base sur « la liste complète des personnes et entités impliquées dans les 53.247 sociétés immatriculées à Malte ». Parmi ces sociétés immatriculées dans l’île, figurent « de grands chefs d’entreprise », de multinationales telles que les groupes « Bouygues, Total, BASF, Ikea », des banques comme « Reyl et JP Morgan », affirme Mediapart.

Selon le site, de grands patrons français auraient acquis des yachts et les auraient immatriculés à Malte afin de bénéficier d’une « fiscalité attractive », et de « charges sociales très basses qui réduisent le coût de l’équipage ». Mediapart cite Jean-François Decaux (JC Decaux), Maurice Ricci (Akka Technologies), Xavier Niel (Iliad-Free), Hubert Martigny (cofondateur d’Altran), Olivier Bertrand (groupe Bertrand) ou Stéphane Courbit (Lov Group) - dont « aucun n’a souhaité répondre » aux questions.

Une enquête menée par 13 médias européens 

Selon Der Spiegel, plusieurs groupes allemands détiendraient des sociétés immatriculées à Malte, comme BMW, BASF, Deutsche Bank, Puma, Merck, Bosch ou Rheinmetall. Le géant de l’aérien Lufthansa posséderait « 18 filiales à Malte », selon l’hebdomadaire allemand, qui écrit que l’entreprise y a installé sa « caisse de retraite ». Contactées par Der Spiegel, les entreprises concernées ont assuré que leur présence à Malte était « légale » et déclarée au fisc maltais. 

Selon L’Espresso, l’Italie est « de très loin » le pays le plus représenté dans les « Malta Files », avec près de 8.000 sociétés maltaises contrôlées par des actionnaires italiens. L’enquête a mobilisé 49 journalistes pendant quatre mois, dont les « révélations » paraîtront durant « deux semaines ».