La «taxe Tobin» sur les transactions financières verra-t-elle le jour en Europe?

BOURSE Le sujet est sur la table depuis plusieurs années…

Nicolas Raffin

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Une trader britannique regarde les résultats de l'élection présidentielle française le 8 mai 2017.
Une trader britannique regarde les résultats de l'élection présidentielle française le 8 mai 2017. — CHRIS J RATCLIFFE / AFP
  • Ce lundi, les ministres des Finances de la zone euro se retrouvent pour évoquer la ou « taxe Tobin 
  • La Belgique accuse d’autres pays « d’hypocrisie » sur le sujet
  • L’élection de Macron et le Brexit pourraient rebattre les cartes

La réunion s’annonce sportive. Ce lundi, les ministres des Finances de la zone euro se retrouvent pour évoquer la taxe sur les transactions financières (TTF) ou « taxe Tobin », sur la table depuis des années. Concrètement, il s’agirait de prélever une commission minime (0,1 % par exemple) sur chaque échange d’actions ou de produits dérivés, afin de limiter la spéculation.

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Face au refus de places financières comme le Luxembourg ou les Pays-Bas d’implanter une telle mesure, plusieurs pays, dont la France et l’Allemagne, ont lancé en 2013 une « coopération renforcée ». Cette procédure permet aux Etats qui le souhaitent de mettre en place un acte juridique qui ne s’applique pas aux autres Etats-membres.

L’attrait du Brexit

Or depuis quelques mois, les partisans d’une telle taxe voient les signes négatifs se multiplier. La Belgique, membre du groupe de « coopération renforcée », rechigne à adopter le compromis. Mais pour le Premier ministre belge Charles Michel, son pays n’est pas le seul fautif. « En Allemagne, il existe des craintes [sur la mise en place de la taxe] depuis le Brexit. En France, Emmanuel Macrona énoncé des doutes » a-t-il affirmé jeudi. Le propos est clair : chacun est accusé de trainer les pieds sur cette réforme.

Avec le Brexit, des places financières comme Francfort (Allemagne) ou Paris espèrent en effet récupérer une partie des activités de la City de Londres, si le Royaume-Uni venait à perdre son accès au marché unique. La mise en place d’une taxe serait alors, selon elles, un mauvais signal.

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Pour Alexandre Naulot, spécialiste de la régulation du secteur financier à Oxfam, l’argument ne tient pas : « La taxe prévoit d’appliquer le principe de résidence. Par exemple, à partir du moment où la banque britannique Barclays fait une transaction avec une banque française, elle paiera la taxe. Or, les établissements financiers de la City ou d’ailleurs ne peuvent pas se couper des pays qui veulent mettre en place la TTF, car ces Etats représentent 90 % du PIB de la zone euro. Les banques n’abandonneront jamais ce marché. »

La question Macron

Reste à savoir si Emmanuel Macron va vouloir de cette taxe. La question est essentielle : si la France et la Belgique décidaient de se retirer du groupe de coopération, celui-ci disparaîtrait, car il doit rassembler au moins neuf Etats membres. Pour l’instant, il en compte… dix.

Selon Dominique Plihon, économiste et porte-parole d’Attac (créée pour défendre la taxe Tobin), « si cette taxe marche comme on le souhaite, cela va réduire les transactions financières. La grande majorité de ces transactions sont spéculatives. Elles créent un climat d’instabilité et nuisent à l’économie. Emmanuel Macron n’est absolument pas dans cette logique : il rejette la taxe car il craint une baisse de l’activité des banques françaises ».

A l’inverse, Alexandre Naulot veut laisser le bénéfice du doute au président français. « Il a mis l’Europe au cœur de son élection, note le spécialiste. Est-ce qu’il va prendre le risque de ralentir les négociations ? Ce serait un signe très négatif ». La réunion de ce lundi permettra peut-être de clarifier la position du nouveau chef de l’Etat.