Présidentielle: Retraites, pénibilité… Que proposent Macron et Le Pen pour le droit du travail?

LOI L’un s’inscrit dans la continuité du quinquennat de François Hollande, quand l’autre veut rompre avec les réformes récentes…

Nicolas Raffin

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Un avocat tient le Code du travail.
Un avocat tient le Code du travail. — FRED TANNEAU / AFP
  • Emmanuel Macron et Marine Le Pen ont des vues opposées concernant la loi Travail et l'âge de départ à la retraite.
  • En revanche, ils veulent tous les deux revoir la notion de pénibilité.

Emmanuel Macron, autoproclamé « candidat du travail », face à Marine Le Pen, candidate des « ouvriers » et des « travailleurs ». Les deux finalistes de l’élection présidentielle ont des approches très différentes en matière de droit du travail, qui seront sûrement soulignées au moment du débat télévisé de mercredi.

Loi travail : En avant marche, ou en arrière toute ?

C’est l’un des principaux points de divergence. Emmanuel Macron veut poursuivre les réformes entamées par la loi Travailet aller plus loin dans la primauté donnée aux accords d'entreprises. A l'inverse, Marine Le Pen promet purement et simplement de la « retirer ». Le candidat d’En Marche ! veut par exemple permettre aux employeurs de faire valider par un référendum interne un accord d’entreprise qui n’aurait été signé que par des syndicats minoritaires. Pour l’instant, seules les organisations syndicales possèdent la main sur la tenue du référendum.

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L’autre point saillant de la loi Travail concerne l’encadrement des indemnités perçues par les salariés aux prud’hommes en cas de « licenciement sans cause réelle ni sérieuse ». La loi El-Khomri a instauré un barème indicatif qu’Emmanuel Macron souhaite rendre obligatoire. « Les juges seraient liés [par ce barème] et cela donnerait une sécurité plus grande pour les employeurs » note Nicolas Lepetit, avocat en droit social du cabinet Bersay & Associés.

De son côté, Emmanuelle Barbara, avocate spécialiste en droit social chez August Debouzy se montre plus sceptique : « Un barème serait très symbolique. Les entreprises ne seront pas quittes de toutes les autres obligations qu’elles doivent respecter et qui ne seront pas couvertes pas un tarif donné. Par exemple, si le caractère « vexatoire » [d’un licenciement] est reconnu, aucun plancher ou plafond n’est prévu dans ce cas. »

Emmanuel Macron a en tout cas l'intention d'aller très vite sur ces propositions puisqu'il prévoit de les adopter via des ordonnances. Cela lui permettrait d'éviter un long débat au Parlement avant l'application de la nouvelle loi - qui devra néanmoins être validée a posteriori par les députés et les sénateurs. 

Retraites : le grand écart

Le point n°52 du programme de Marine Le Pen est clair. Elle souhaite fixer l’âge légal de la retraite à 60 ans, sous réserve d’avoir cotisé pendant 40 annuités. Une mesure qu’elle souhaite financer par le retour de la croissance et par des économies sur la « fraude » ou encore sur « l’immigration ».

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La promesse appelle des précisions selon Nicolas Lepetit : « La grande question, c’est celle du financement des retraites. C’est la quadrature du cercle : soit on baisse les pensions, soit on augmente les cotisations, soit on allonge la durée de cotisation. Marine Le Pen ne veut pas toucher aux petites retraites, elle ne veut pas augmenter les cotisations… il faudrait donc qu’elle clarifie sa position là-dessus. »

Emmanuel Macron propose quant à lui « une réforme en profondeur » pour un « système plus transparent », sans revenir sur la retraite à 62 ans. « On garde un système par répartition tout en passant à un système où un euro cotisé donne droit à la même chose pour tout le monde » a-t-il expliqué. Concrètement, Emmanuel Macron veut créer une sorte de compte personnel de retraite, qui suivrait le salarié quel que soit le secteur et l’emploi dans lequel il travaillerait.

Syndicats: la carotte et le bâton

Emmanuel Macron souffle le chaud et le froid sur ce point. D'un côté, il souhaite que les syndicats ne soient plus les seuls à pouvoir proposer un référendum d'entreprise. De l'autre, il promet de « renforcer la formation des représentants des salariés» et d'encourager «l'engagement syndical ». 

Marine Le Pen ne prend pas de gants. Elle préconise (engagement n°10) « la suppression du monopole de représentativité » des syndicats et un « contrôle public » de leur financement. Une position peu surprenante: comme le rappelle France Info, le FN avait tenté de créer ses propres syndicats dans les années 1990 afin de concurrencer les autres.Ils avaient finalement été invalidés par la justice. 

Pénibilité et 35 heures: une certaine convergence 

Ce sont deux points sur lequel les deux qualifiés pour le second tour sont d’accord. Marine Le Pen veut remplacer le « compte pénibilité » actuel, jugé « inapplicable » par une « évaluation personnalisée » réalisée par un médecin du travail.

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Emmanuel Macron souhaite pour sa part laisser le soin à chaque entreprise de négocier l’application d’un tel compte, tout en soulignant qu’il souhaitait en changer le nom : « Je n’aime pas le terme [de pénibilité], donc je le supprimerai. Car il induit que le travail est une douleur (…) Alors que le travail, c’est l’émancipation, c’est ce qui nous donne une place » expliquait-il fin mars devant le Medef. Pour Nicolas Lepetit, rien de surprenant de la part des deux finalistes : « on retrouve l’idée de la prime à la négociation chez Emmanuel Macron et le caractère régalien de la mesure de Marine Le Pen. C’est assez cohérent avec le reste de leur programme ». 

Concernant la durée de travail, les deux candidats souhaitent maintenir sa durée légale à 35 heures par semaine. En revanche, on retrouve des différences en cas d'aménagement de cette durée. Emmanuel Macron veut permettre des accords sur le temps de travail entreprise par entreprise, tandis que Marine Le Pen souhaite des négociations seulement au niveau des branches professionnelles. 

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