Affaire Segael : Les 42 ex-salariés d’Auchan sont (enfin) au chômage

JUSTICE Le tribunal de commerce de Paris a prononcé ce jeudi la liquidation judiciaire de la société Segael SARL qui ne payait plus ses 42 salariés depuis début octobre...

Céline Boff

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Ces salariés de la distribution, employés dans cinq sociétés toutes gérées par David Abihssira, ne sont plus payés depuis plusieurs mois.
Ces salariés de la distribution, employés dans cinq sociétés toutes gérées par David Abihssira, ne sont plus payés depuis plusieurs mois. — C.B.

Pour les 42 salariés des anciennes Halles d’Auchan situées à Sarcelles (Val-d’Oise), c’est le soulagement. Le tribunal de commerce de Paris a prononcé ce jeudi la liquidation judiciaire de leur employeur, la société Segael SARL, dont le gérant est David Abihssira. Celui-ci avait racheté en janvier au groupe Auchan ce magasin et ne payait plus aucun de ses employés depuis début octobre.

Grâce à la décision du tribunal de commerce, les salariés sont « délivrés » de leur contrat de travail, qui les empêchait jusque-là d’accepter un autre emploi ou de percevoir des indemnités chômage. A la sortie de l’audience, interdite au public et à la presse, Me Florence Rebut-Delanoë, l’avocate des salariés, a rassemblé les employés présents pour leur détailler la situation et les événements à venir.

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Elle leur a notamment parlé des versements de l’AGS, le régime de garantie des salaires. « Nous en avons déjà reçu une partie, correspondant aux rémunérations non versées des mois d’octobre et de novembre, mais cette somme m’a seulement permis de rembourser mes dettes », avance Manuella, 44 ans.

Le 22 novembre dernier, David Abihssira s’était engagé devant le tribunal de commerce à verser aux salariés leurs salaires de décembre ainsi que leur treizième mois. Ce qu’il n’a pas fait. « Les fêtes de fin d’année ont été très difficiles pour nos familles », témoigne Casimir, l’ancien responsable d’exploitation du magasin. « Ce monsieur Abihssira nous a privés de notre Noël », abonde un autre salarié.

Onze autres salariés pas encore fixés sur leur sort

Bien que la liquidation judiciaire soit désormais prononcée, Casimir n’a pas le moral : « Cette expérience a été si difficile… L’ouragan est passé mais, maintenant, il va falloir évaluer les dégâts. » Il évoque ses yeux qui le font souffrir « à cause du stress accumulé », lui a expliqué son médecin. Casimir espère que son ancien employeur, le groupe Auchan, pour lequel il a travaillé pendant 27 ans, le réintégrera dans ses effectifs.

Manuella, 44 ans, ne le désire pas. Elle qui était la responsable boulangerie-pâtisserie du magasin ne veut « plus jamais travailler pour qui que ce soit et encore moins pour une enseigne du commerce ». Et d’ajouter : « Ce n’est pas contre Auchan, mais je ne veux plus dépendre de personne. Je veux être libre. Je pense que je vais créer ma propre entreprise. »

Dans l’immédiat, les désormais ex-salariés de Segael pensent surtout à leurs « autres » collègues, eux aussi présents ce jeudi au tribunal de commerce. Car David Abihssira ne « gérait » pas seulement le magasin de Sarcelles, mais aussi quatre autres petites surfaces de la région parisienne, où travaillent onze salariés. Eux non plus ne sont plus payés. Ils ont touché leur dernier salaire début décembre, après avoir été systématiquement payés en retard pendant près d’un an. Ils ont également tous perdu leurs mutuelles.

De l’argent liquide dans des sacs-poubelle

Guy, 45 ans, l’un de ces employés, s’agace : « J’ai vu que M. Abihssira avait déjà laissé sur le carreau 300 salariés en Suisse… Ce monsieur est un escroc. Je voudrais que cette personne soit interdite de gérance à vie. » Christina, une autre salariée, raconte comment Abihssira venait, chaque semaine, au magasin, pour « mettre l’argent liquide dans un sac-poubelle » qu’il « traînait » jusque dans sa voiture. « Il n’a jamais non plus payé les fournisseurs… », affirme-t-elle.

Pour Christina comme pour les dix autres salariés, il va encore falloir attendre. Au moins jusqu’au 25 janvier. C’est à cette date que le tribunal de commerce se penchera sur les quatre autres sociétés, correspondant à autant de magasins, de David Abihssira. Et que ses employés seront, peut-être, à leur tour « délivrés ». Et enfin payés par les AGS.

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