Chômage: Formations, temps partiels... Comment le gouvernement s'arrange avec les chiffres

PÔLE EMPLOI L’opposition critique la manière dont le gouvernement présente les statistiques sur l’emploi, en pointant la hausse des chômeurs en formation…

Olivier Philippe-Viela

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Ministre du Travail, Myriam El Khomri arrive a l'Hotel Matignon pour une reunion de travail avec le Premier ministre, Bernard Cazeneuve, Paris, FRANCE-08/12/2016//PDN_0011NIV/Credit:PDN/SIPA/1612082106
Ministre du Travail, Myriam El Khomri arrive a l'Hotel Matignon pour une reunion de travail avec le Premier ministre, Bernard Cazeneuve, Paris, FRANCE-08/12/2016//PDN_0011NIV/Credit:PDN/SIPA/1612082106 — SIPA

Tout était réuni pour que la France se réjouisse : lundi soir, les statistiques publiées par Pôle emploi sur son nombre d’inscrits ont montré pour novembre 2016 une baisse du nombre de chômeurs de catégorie A (sans emploi et sans formation) pour le troisième mois consécutif. Ce qui est une première depuis février 2008, s’est félicité le ministère du Travail.

>> A lire aussi : Troisième baisse consécutive en novembre, une première depuis février 2008

Mais les détracteurs de la politique gouvernementale avaient déjà prévu leur argumentaire avant même la publication des chiffres. Selon plusieurs responsables d’opposition, cette baisse serait due à l’explosion du nombre de chômeurs en formation, regroupés dans la catégorie D, moins observée.

Celle-ci connaît effectivement un bond : +4,3 % en un mois, +4 % sur les trois derniers et, surtout, +21,9 % sur un an, conséquence du plan de formation de 500 000 chômeurs annoncé par François Hollande début 2016 pour l’année à venir.

Le député LR et porte-parole de François Fillon Thierry Solère a lui insisté sur le fait que le nombre de demandeurs d’emploi en catégorie A, B (activité réduite courte) et C (activité réduite longue) a au contraire augmenté de 0,3 % en un mois.

Alors qui a raison, qui a tort ? Tout le monde et personne, comme souvent, car on peut faire dire ce que l’on veut aux statistiques.

Sur la catégorie D

Cette ligne-là, peu observée et relayée quand il s’agit d’annoncer le nombre d’inscrits à Pôle emploi, connaît bien un boom en 2016, comme écrit plus haut et visible en détail ici. Les chômeurs reversés dans cette catégorie disparaissent alors de la catégorie A, celle que le gouvernement privilégie en termes de communication. Un article du Canard enchaîné d’août 2016 avait ajouté à la polémique en révélant que Pôle emploi était « de moins en moins regardant sur l’utilité et la qualité des formations dispensées » car il a « un quota de placements en stage à atteindre ».

Pourtant, malgré cet envol en proportion, en termes de « volume », le nombre de chômeurs en formation n’est pas suffisamment important pour expliquer à lui seul l’inversion de la courbe du chômage dont se vante le gouvernement. D’ailleurs, pour les seules catégories concernant les personnes qui n’ont aucun emploi (A et D), il y a bien eu une baisse entre octobre et novembre : 3 785 300 personnes en novembre contre 3 803 000 en octobre, soit une baisse du nombre d’inscrits dans ces deux lignes statistiques cumulées de 17 700 personnes. Moins que les 31 800 de la seule catégorie A sur lesquels s’appuie le ministère du Travail, mais c’est quand même une baisse réelle. D’autant que la catégorie D avait décru lors des deux mois précédents.

Michel Abhervé, professeur associé d’économie à l’université Paris-Est Marne-la-Vallée, s’étonne d’ailleurs du « faible impact de ce plan de formation 500 000 chômeurs ». L’enseignant note que ce plan « aurait dû entraîner une augmentation plus forte encore de cette catégorie. Il s’agit en réalité de beaucoup de formations courtes, qui font disparaître et réapparaitre les chômeurs d’un mois sur l’autre. On est très loin du programme qualifiant qui avait été annoncé au départ. »

Sur les catégories B et C

S’il y a « maquillage » de la part du ministère du Travail dans sa communication, c’est plutôt ici. En se contentant de se féliciter de la baisse en catégorie A, il oublie de relever la hausse très nette des inscrits à Pôle emploi exerçant en temps partiel : +46 800 entre octobre et novembre. Alors, l’inversion de la courbe du chômage dont se félicitent François Hollande et Myriam El Khomri est-elle un écran de fumée ? « Globalement, les courbes de Pôle emploi vont à peu près dans le même sens que les statistiques mesurées par l’Insee, qui est plus fiable et a plus de recul. Depuis 2016, on note bien une légère amélioration de la situation en catégorie A, le problème étant qu’elle est pratiquement intégralement compensée par la dégradation de la catégorie B et C, c’est-à-dire les emplois précaires à temps partiel », explique Michel Abhervé.

Thierry Solère a donc raison de souligner cette augmentation du nombre d’inscrits dans les trois catégories A, B, C. Le phénomène traduit une forme de précarisation. Et histoire d’être exhaustif, sur l’ensemble des cinq catégories (qui, pour rappel, ne recensent pas exactement tous les chômeurs en France, puisque tous ne s’y inscrivent pas ou peuvent être radiés), le nombre d’inscrits à Pôle emploi entre octobre et novembre 2016 a augmenté de 23 500 personnes. Et entre novembre 2015 et novembre 2016, 93 900 personnes se sont ajoutées, qu’elles soient en formation, à temps partiel ou sans activité du tout.

Ce qui n’a pas empêché Manuel Valls d’assurer dès la publication des chiffres de novembre que la France compte 133 500 demandeurs d’emploi en moins depuis janvier 2016, sans préciser la catégorie qu’il a choisie.