Trump président: Son programme peut-il rendre les Américains plus heureux ?

ETUDE C’est la question sur laquelle s’est penché l’Institut de l’économie du bonheur…

C.B.

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Le président américain élu Donald Trump
Le président américain élu Donald Trump — SPENCER PLATT / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Des lendemains qui chantent ou qui déchantent ? Les Américains peuvent-ils s’attendre à être plus heureux après avoir porté à la présidence des Etats-Unis Donald Trump ? C’est la question sur laquelle s’est penché l’Institut de l’économie du bonheur à l’occasion de son lancement à Paris. L’économie du bonheur ? Mais oui, il s’agit d’une vraie discipline qui étudie depuis les années 1970 la manière dont les variables économiques et le bien-être individuel et collectif interagissent. Qu’en est-il dans le cas de Donald Trump ? La réponse en quatre points.

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Comment se sentent les Américains ?

Avant de savoir si le programme de Trump est capable de rendre l’Amérique plus heureuse, il faut arriver à déterminer quel est le « degré » de bonheur des Américains. Se déclarent-ils plutôt heureux ou au contraire, carrément malheureux ? « Historiquement, les Américains sont habitués à être dans le haut du classement mondial du bonheur », répond Mickaël Mangot, économiste et directeur général de l’ Institut de l’économie du bonheur. Mais ça, c’était avant la crise de 2008. Depuis, les Etats-Unis pointent à la treizième place du classement du World Happiness Report. La position reste certes honorable, mais la chute n’en est pas moins conséquente : « Le bonheur de ce pays a significativement baissé depuis la crise financière », assure Mickaël Mangot.

Qu’en est-il de la confiance des Américains ?

Eh bien, elle s’étiole et ce, dans tous les domaines. Les Américains croient de moins en moins à leurs institutions. La crise financière a particulièrement – et logiquement – affecté leur confiance dans les banques (-22 points entre juin 2016 par rapport à juin 2006), mais ils se montrent également plus méfiants vis-à-vis des organisations religieuses (-11 points de confiance), des médias (-10 points) et du Congrès (-10 points). La confiance dans le gouvernement atteint un historique point bas – moins de 20 % des citoyens se déclarent confiants. Mais la défiance ne concerne pas seulement les élites : à peine 31 % des Américains estiment que leurs homologues – autrement dit les gens dans leur ensemble – sont « dignes de confiance ». Ils étaient 45 % à le croire en 1980.

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Comment expliquer ces affaissements ?

Par deux raisons principales, explique Mickaël Mangot. D’abord parce que la société américaine est toujours plus hétérogène. Or « les économistes du bonheur, notamment en Italie, ont démontré que la diversité ethnique a globalement un impact négatif sur le sentiment de confiance et ce, pas seulement vis-à-vis des migrants, mais de tous les citoyens », poursuit Mickaël Mangot. La deuxième raison est liée aux inégalités et plus précisément, à leur perception par les Américains. « Ils ont longtemps vécu dans une sorte de déni. Ce n’est plus le cas : ils perçoivent désormais les inégalités, ils les jugent injustes et surtout, ils ont l’impression que l’ascenseur social est en panne. » Le rêve américain – cette idée selon laquelle n’importe quelle personne vivant aux Etats-Unis peut réussir grâce à son travail et sa détermination – bat de l’aile.

Trump peut-il rendre les Américains plus heureux ?

L’Institut de l’économie du bonheur s’est penché sur les trois axes majeurs de son programme. Primo : l’immigration. La contrôler davantage peut-il avoir un rôle positif sur le moral des Américains ? Pas vraiment, dans la mesure où l’impact sur le niveau de vie des citoyens est limité. « Aux Etats-Unis, l’immigration a un impact favorable sur le salaire des « natifs » qualifiés et un impact très légèrement négatif ou nul sur celui des « natifs » non qualifiés », détaille Mickaël Mangot. Secundo : les impôts. Trump prévoit de les baisser pour les entreprises et pour tous les ménages, mais surtout pour les plus riches. Moins d’impôts provoquera-t-il plus de bonheur ? Non, selon Mickaël Mangot, car les études démontrent que la progressivité de l’impôt a un impact positif sur le sentiment de bien-être des citoyens, a fortiori aux Etats-Unis.

Tertio : la mondialisation. Trump a promis de mettre le holà aux traités de libre-échange comme le TAFTA et même, de renégocier les traités déjà signés, et notamment l’Alena (également appelé Nafta), qui a dopé le commerce entre les Etats-Unis, le Canada et le Mexique. Cette fois-ci, pas de doute, selon Mickaël Mangot, qui souligne que les enquêtes démontrent toutes l’impact négatif du libre-échange sur la sensation de sécurité de l’emploi, le stress en entreprise et la satisfaction vis-à-vis de l’emploi. Et d’ajouter : « Cette ouverture a également un impact négatif sur l’écart de revenus et de bonheur entre personnes qualifiées et peu qualifiées dans les pays riches ».

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