Donald Trump président: L’Amérique vient-elle de commettre un suicide économique?

ANALYSE « 20 Minutes » se penche sur le programme économique de Donald Trump, qui a été élu mardi 45e président des Etats-Unis…

Céline Boff
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La bourse de Wall Street ne s'est pas effondrée comme certains le craignaient après l'annonce de la victoire de Trump.
La bourse de Wall Street ne s'est pas effondrée comme certains le craignaient après l'annonce de la victoire de Trump. — Stuart Forster/Shutters/SIPA

Le  sera donc le prochain président des Etats-Unis. Ce populiste qui n’a aucune expérience politique va-t-il conduire son pays à la ruine, comme le redoutent ses détracteurs ? 20 Minutes tente de répondre à cette difficile question en reprenant ce que l’on sait de son programme économique.

Que se passe-t-il sur les marchés financiers ? 

Ce n’est pas l’effondrement attendu. Certes, les Bourses ont plongé en Asie, mais elles ont  et à Wall Street, où l’indice vedette (le Dow Jones) s’est même offert le luxe d’une hausse. D’après Alain Zeitouni, directeur des gestions pour Russell Investments France, « le fait qu’  et que le premier discours de Donald Trump soit perçu comme davantage fédérateur que diviseur a aidé les investisseurs à ne pas basculer dans la panique ».

La victoire de Trump profite même à certains secteurs, comme celui de l’industrie pharmaceutique, à laquelle les Républicains sont considérés comme étant favorables. En tout cas, Sanofi faisait ce mercredi matin la course en tête du CAC 40, engrangeant 2,80 % à 74,93 euros.

Un certain attentisme devrait toutefois dominer les marchés dans les mois qui viennent. Tout simplement parce que les investisseurs ont besoin de  de Donald Trump pour se positionner. Or, ce programme reste flou – le nouveau président ayant souvent changé de position au fil de la campagne, comme sur la question du salaire minimum.

Le protectionnisme va-t-il nuire au pays ?

D’un point de vue économique, il n’est pas facile de classer Donald Trump. Selon les sujets, il se montre social, conservateur ou libéral. Ce qui est sûr, c’est qu’il a axé sa campagne sur le protectionnisme. Trump veut renégocier les grands accords commerciaux et , qui depuis 1994 permet le libre-échange entre les Etats-Unis, le Canada et le Mexique. Ce qui est certain, c’est que cet accord – qui avait été signé sous une présidence républicaine – a fait perdre, à cause des délocalisations, leur emploi   et a donc alimenté le mécontentement des classes populaires.

Mais comment Trump compte-t-il défaire l’Alena ? Va-t-il le renégocier en partie ou totalement ? Nul ne le sait pour l’instant. S’il se montre jusqu’au-boutiste, c’est-à-dire s’il se débarrasse totalement de l’Alena, « ce sont les Canadiens et, surtout, les Mexicains qui souffriront le plus », estime Christine Rifflart, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

A l’inverse, les Américains profiteraient peu de cette (r) évolution. Certes, le libre-échange a nui à certains territoires, mais il n’est pas le responsable majeur des déboires des classes populaire et moyenne. « Quand Donald Trump dit que les problèmes des Américains sont causés par l’extérieur, c’est une arnaque, parce que l’économie américaine est déjà très peu ouverte sur le monde », assure  et à l’université de Stanford. Les importations représentent en effet moins de 20 % du PIB des Etats-Unis, contre, par exemple, 46 % pour l’Allemagne.

L’emploi peut-il être relancé ? 

Donald Trump a promis de travailler avec le Congrès pour mettre au point un plan permettant la création de 25 millions d’emplois sur dix ans. Les recrutements devraient surtout être dopés par le vaste programme d’investissements que Trump prévoit dans les infrastructures. Le nouveau président voit grand : il veut investir 1 000 milliards de dollars dans ce plan, mais avec peu d’argent public. Il prévoit surtout de faire contribuer les entreprises à travers des partenariats public-privé et des investissements privés encouragés par des abattements fiscaux. « Si les entreprises jouent le jeu – et il y a effectivement un véritable besoin d’infrastructures aux Etats-Unis –, ce programme peut doper l’activité et donc, l’emploi », avance Christine Rifflart.

Donald Trump compte aussi créer des emplois en relançant le secteur des énergies fossiles – il n’est pas du tout porté sur les problématiques de développement durable. Il veut notamment étendre le pipeline Keystone XL, qui doit relier la province d’Alberta, au Canada, à la ville de Houston, au Texas – un projet auquel le président Barack Obama avait mis son veto en février 2015.

Enfin, si Donald Trump joue à fond la carte du protectionnisme, certains emplois pourront être relocalisés aux Etats-Unis, notamment dans le secteur automobile et l’industrie manufacturière. Ce qui est positif… Mais à double tranchant : « Un ouvrier américain n’étant pas rémunéré de la même manière qu’un ouvrier mexicain, cette relocalisation va renchérir le coût des produits, ce qui peut être problématique en matière de pouvoir d’achat », explique Christine Rifflart. Pour éviter une trop forte hausse des prix, « cette relocalisation pourrait aussi s’accompagner d’un abaissement du coût du travail », complète Eloi Laurent.

Trump a-t-il les moyens financiers de son programme ? 

Il veut, d’une part, renforcer les dépenses d’investissement et, d’autre part, baisser massivement les impôts des entreprises et des ménages (surtout des plus riches). Ce qui devrait creuser fortement le déficit public. Mais, ironiquement, il va pouvoir profiter des efforts réalisés sous la mandature de Barack Obama,  de -9,8 % en 2009 à -2,6 % en 2015… « Ce qui lui laisse une marge importante pour agir », analyse Eloi Laurent. Cette marge est d’autant plus importante que le déficit américain n’est tenu par aucune règle – il n’a pas, par exemple, à rester sous la barre des 3 % comme c’est le cas des pays de la zone euro.

Bien sûr, si le déficit s’accroît, il augmentera de fait la dette qui est déjà à un niveau très élevé – elle représente plus de 100 % (105,8 % en 2015) du PIB américain, c’est-à-dire de la richesse produite par le pays en une année. Mais Trump a prévu cette dérive dans son programme. Et si les Etats-Unis ont un plafond de dette à ne pas dépasser, ce dernier est 

Au final, ce sont surtout les inégalités sociales qui devraient continuer de se creuser. Car « moins d’impôts pour tous, cela signifie moins de recettes pour le gouvernement fédéral et donc des coupes à attendre dans les dépenses publiques, notamment sociales », prévient Eloi Laurent.