Malaise à La Poste: «Le plus dur, c'est pour les jeunes recrues en CDD»

SOCIAL Des négociations visant à améliorer les conditions de travail des agents s’ouvrent ce mercredi à La Poste…

Céline Boff

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Un facteur en tournée, le 10 septembre 2013, à Lille
Un facteur en tournée, le 10 septembre 2013, à Lille — Philippe Huguen AFP

Améliorer les conditions de travail des facteurs et de leurs encadrants. Tel est l’objectif des négociations qui s’ouvrent ce mercredi à La Poste. Dans un contexte tendu : le 14 octobre, huit cabinets d’expertise ont adressé une lettre ouverte à Philippe Wahl, PDG du groupe La Poste, et au gouvernement pour leur demander de réagir face à la « dégradation rapide des conditions de travail » des postiers.

Jimmy*, facteur dans le Val-de-Marne, attend beaucoup de ces négociations. Et surtout la suppression de la « séquabilité », le fait de répartir la tournée des absents entre les autres facteurs. « Ces tournées partagées devaient se limiter à une journée par semaine, mais elles se sont multipliées partout et dans certains territoires, comme dans le Pas-de-Calais, les facteurs les pratiquent six jours sur sept », assure Bernard Martin, du syndicat CFDT des Postes Ile-de-France.

Multiplication des heures supplémentaires

Parce qu’il y a toujours plus d’absences à combler entre les arrêts maladie, les congés et, surtout, les postes non remplacés. « Quand un agent part à la retraite, son quartier n’est pas attribué : les rues sont divisées et ajoutées aux quartiers des autres facteurs. La charge de travail s’accroît et ce, environ tous les deux ans ! » affirme Jimmy.

Ce manque d’effectif se traduit par des heures supplémentaires, souvent non rémunérées. « Dans certains territoires, c’est une à trois heures de plus chaque jour », souffle Bernard Martin. « Mais le plus dur, c’est pour les jeunes recrues en CDD et en intérim. Les premiers mois, elles réalisent facilement trois à cinq heures de plus chaque jour. Comme elles sont payées 1.200 euros par mois, beaucoup claquent la porte très vite… »

Un casier de tri quartier. Les facteurs répartissent le courrier par rues et par numéro avant de charger le courrier dans des sacs pour le distribuer.
Un casier de tri quartier. Les facteurs répartissent le courrier par rues et par numéro avant de charger le courrier dans des sacs pour le distribuer. - D.R.

D’autant plus que « le métier de facteur n’est pas facile », renchérit Jimmy. Il faut se lever tôt – la journée commence à 7h30 – et pédaler « sous la pluie, sous la grêle et dans le froid ». Mais aussi faire face aux agressions verbales : « On se fait houspiller par les gens… Alors, il y a des moments d’abattements et puis, certains sont plus fragiles que d’autres », juge Jimmy.

Lui a toutefois du mal à comprendre « comment une grande entreprise comme La Poste peut avoir autant de mal à recruter ». « Il y a des postes à pourvoir partout et notamment en Ile-de-France », confirme Bernard Martin. Le syndicaliste estime que la direction ne réfléchit pas assez aux moyens de fidéliser les jeunes. Pour Jimmy, « La Poste abuse du CDD », et la multiplication de ces contrats précaires – et de leurs inhérentes périodes de carence – décourage les bons éléments.

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Explosion des petits colis

Si le malaise des facteurs est réel, la situation des encadrants est, d’après Bernard Martin, encore plus inquiétante : « Pour soulager leurs équipes, il n’est pas rare que les chefs réalisent eux-mêmes une ou deux tournées, en plus de leur travail de management. Ce sont ceux qui présentent les plus importants risques psychosociaux ».

En tout cas, le manque de personnel se fait de plus en plus criant. Car si l’activité courrier recule - entre 2009 et 2014, le nombre annuel de plis distribués est passé de 15,9 à 12,9 milliards (-22 %) – celle des petits colis en provenance d’Asie et notamment de Chine explose.

« En 2014, les entreprises chinoises du e-commerce ont fermé leurs centres logistiques installés en Europe et ont décidé de faire expédier les colis par les postes traditionnelles. Cette évolution a pris tout le monde par surprise ! Aujourd’hui, nous traitons déjà 80 millions de petits colis. Dans trois ans, ce sera 300 millions », assure Bernard Martin. « Il faut que nous trouvions une nouvelle manière d’organiser le travail ». A La Poste, les négociations semblent plus que jamais attendues.

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* Prénom d’emprunt.