Qui est Paul Magnette, le nouveau héros des anti-Ceta?

PORTRAIT En refusant de donner son feu vert au Ceta, Paul Magnette, le chef de gouvernement de la Wallonie, s’est fait un nom…

Céline Boff

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Paul Magnette, le ministre-président socialiste de la Wallonie (Belgique).
Paul Magnette, le ministre-président socialiste de la Wallonie (Belgique). — AURORE BELOT/ISOPIX/SIPA

Il est le Belge le plus tendance du moment. En continuant de refuser de donner son feu vert au Ceta, l’accord de libre-échange entre l’UE et le Canada, Paul Magnette, le ministre-président de la Wallonie, ne s’est pas seulement fait un nom. Il est devenu un véritable symbole. Une pétition a même été lancée sur le site Change.org pour « l’encourager à tenir bon ». Alors que les citoyens semblent plus que jamais fâchés avec leurs élites, qui est ce politique que les ONG et les réseaux sociaux cherchent à défendre, des deux côtés de l’Atlantique ?

Il est pro-européen

Paul Magnette a beau avoir reçu (indirectement) le soutien de Marine Le Pen – la présidente du Front national a salué ce lundi le refus de la Wallonie de signer un traité « néfaste » - le socialiste belge n’est ni un europhobe, ni même un eurosceptique. Il est au contraire un fervent défenseur de l’UE. Et il la connaît bien, lui qui a consacré sa thèse à la question de la construction européenne.

Ce social-démocrate de 45 ans est avant tout un universitaire. Professeur à l’Université libre de Bruxelles (ULB), il a entre autres enseigné à Sciences Po Paris et à Cambridge (Royaume-Uni) et a longtemps été un contact privilégié des journalistes travaillant sur les questions européennes. Si Magnette sait que son refus de signer le Ceta plonge l’UE dans une nouvelle crise, après celle du Brexit, il ne s’en réjouit pas. Son objectif n’est d’ailleurs pas d’enterrer le traité, mais de le renégocier. Il l’a affirmé à plusieurs reprises.

Il est pro-démocratie

Spécialiste de la constitutionnalisation de l’Union européenne, le professeur Magnette s’intéresse également « aux théories de la démocratie », dont il est un expert. S’il refuse, en tant que responsable politique, de signer le Ceta, c’est parce qu’il estime que ce traité ne protège pas, en l’état, le bien commun. Il juge également très peu démocratique la manière dont se sont déroulées les négociations.

Dans un discours très relayé sur les réseaux sociaux, Magnette estime que les Wallons ne sont pas « plus bornés que les autres », mais assure que « la Wallonie a toujours été une terre de grande vitalité démocratique ». Et c’est, poursuit-il, parce que les citoyens wallons ont étudié le texte « avec beaucoup de sérieux », qu’ils « se posent des questions ». D’où la nécessité, selon Magnette, de rouvrir les négociations : « Etre isolé de ses propres citoyens, à une époque où la démocratie est si profondément en crise, est aussi grave qu’être isolé diplomatiquement. »

Il a connu une ascension politique rapide

Paul Magnette est entré en politique il y a moins de 10 ans, à la faveur d’Elio Di Rupo, l’homme fort du PS en Belgique, qui l’envoie en juin 2007 à Charleroi. A la surprise générale, mais avec une mission claire : Magnette doit jouer les médiateurs, alors que plusieurs membres du PS sont inculpés dans des affaires de corruption. Il réussit : Magnette obtient la démission de ces élus et entre dans la foulée au collège échevinal de la ville – l’équivalent de notre conseil municipal. Pas pour longtemps : moins d’un mois plus tard, Elio Di Rupo le nomme ministre wallon de la Santé, de l’Action sociale et de l’Égalité des chances. Sa carrière politique  progresse rapidement. Il devient ministre fédéral (de l’Environnement) en 2007, président du PS en 2013 puis ministre-président de la Wallonie en 2014.

Son plus beau coup ? Avoir fait plier les producteurs d’électricité nucléaire et surtout Electrabel, la filiale belge d’Engie (ex-GDF Suez). En 2008, il réussit à les faire contribuer au budget fédéral. Ce qui explique sans doute pourquoi il aime affirme que « rien n’est jamais impossible en politique ». Ses atouts ? Son charisme. Ce père de quatre enfants – nés de deux unions – est très doué à l’oral. Aussi bien pour prononcer des discours – on le dit capable de galvaniser des foules – que pour apprendre des langues. Outre le français, il parle couramment l’anglais et le néerlandais.

Un combat pas si neuf

Pourquoi Magnette part-il en guerre contre le Ceta ? Certains affirment que c’est pour contrer ses opposants politiques – le PS wallon serait en passe de se faire déborder à gauche par le Parti du travail de Belgique (PTB). Peut-être. Il faut toutefois noter qu’il n’y a aucune urgence électorale : les prochaines élections ne se tiendront pas avant octobre 2018 – il s’agira du renouvellement des conseils communaux.

D’autres prétendent que Magnette est en « difficulté avec le départ du siège de Caterpillar vers la France » a qu’il « allume un contre-feu » en bloquant le Ceta. C’est possible. Il faut toutefois rappeler que son combat contre cet accord de libre-échange n’est pas nouveau. Magnette est mobilisé depuis plus d’un an sur ce dossier. Soit précisément depuis qu’il a eu connaissance de l’accord. Parce que, « entre 2009 et 2015, la Commission européenne a négocié, mais sans rendre aucun compte », rappelle-t-il.

Il s’est donc retrouvé à l’été 2015 avec un texte de « 1.600 pages » et, « dès septembre 2015 », a « tiré la sonnette d’alarme ». Ses demandes ne sont finalement entendues, poursuit-il, que « le 4 octobre 2016 », quand la Commission européenne lui promet de lui faire parvenir des documents complémentaires avec lesquels elle « lui demande d’être en accord le 11 octobre ». Finalement, ce document « nous est arrivé le 6 octobre en soirée dans une version partielle et nous recevons chaque jour depuis des petits compléments ». Pour le Wallon, « c’est cette méthode qui ne va pas ». Cette façon de snober le débat démocratique en pensant que les élus « finiront bien par être d’accord ». « Il y a des moments, il faut savoir dire stop », affirme-t-il. Ce qu’il a fait.