«Un enfant qui naît aujourd’hui a des chances de ne jamais conduire de sa vie»

INTERVIEW «20 Minutes» a rencontré le patron de Waze, Noam Bardin, pour parler de la voiture du futur et des embouteillages...

Propos recueillis par Laure Cometti

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Spoiler : la voiture du futur ne ressemblera pas vraiment à la DeLorean volante du film "Retour vers le futur", reconstituée ici par un fan américain.
Spoiler : la voiture du futur ne ressemblera pas vraiment à la DeLorean volante du film "Retour vers le futur", reconstituée ici par un fan américain. — CATERS NEWS AGENCY/SIPA

Avec environ 70 millions d’utilisateurs actifs dans le monde, Waze en a parcouru des kilomètres depuis sa naissance en 2006 dans la « Silicon valley » israélienne. Depuis, l’application de trafic et de navigation GPS communautaire a été rachetée par Google en 2013, pour plus d’un milliard de dollars. L’Hexagone, qui représente son plus gros marché européen, accueille depuis plus d’un an le QG européen de Waze. C’est donc à Paris que 20 Minutes a rencontré le patron de l’entreprise, Noam Bardin, pour parler des embouteillages parisiens et de la voiture du futur. Parmi les bonnes nouvelles, sachez que c’est la fin du « black-out » de réseau dans les tunnels, et qu’il n’y aura bientôt plus de honte à ne pas avoir son permis.

Noam Bardin, CEO de Waze.
Noam Bardin, CEO de Waze. - Waze

Un partenariat entre Waze et Renault a été annoncé le 29 septembre dernier, pour un lancement en janvier 2017. A quoi va-t-il ressembler ?

Quand vous monterez dans la voiture, vous pourrez brancher votre smartphone à un chargeur spécial et l’appli Waze sera diffusée sur un écran prévu à cet effet. Vous pourrez contrôler le GPS grâce aux commandes de la voiture. L’appli fonctionnera depuis votre téléphone, ce qui vous permettra de la mettre à jour régulièrement. En fait, c’est un peu comme si votre voiture devenait un écran avec beaucoup de capteurs.

Quels sont vos projets en France ?

Nous travaillons avec la Sanef [la Société des autoroutes du Nord et de l’Est de la France] qui a été le premier partenaire français à rejoindre notre programme Connected Citizens [en février dernier]. Nous échangeons des données, par exemple si un utilisateur signale un accident via l’appli, la Sanef est automatiquement prévenue. L’autre nouveauté, c’est que nous avons équipé un tunnel sur l’A14 avec des beacons [des petites balises sans fil qui émettent en Bluetooth] qui permettent d’avoir du réseau GPS même sous terre. Les utilisateurs peuvent donc utiliser Waze pour savoir quelle sortie prendre, connaître la limitation de vitesse. Cela sera effectif très prochainement avec la nouvelle mise à jour de l’appli.

Waze se lance aussi dans le covoiturage aux Etats-Unis et en Israël. Est-ce que vous projetez d’étendre cette offre à d’autres pays ?

Nous testons Carpool en Israël et dans la région de San Francisco aux Etats-Unis. Quand on observe le trafic le matin, on voit beaucoup de personnes seules au volant, sur le trajet pour aller au travail, avec trois, quatre sièges libres. Si chaque conducteur seul transportait un autre conducteur, imaginez l’impact que cela aurait sur la circulation, notamment dans une ville comme Paris où le trafic est très dense. Si on retire 5 à 10 % des voitures qui roulent chaque matin et chaque soir, le trafic à l’heure de pointe serait plus fluide et on réduirait les émissions de gaz à effet de serre.

Ambitionnez-vous de concurrencer Uber ou d’autres services de covoiturage ?

Non, Carpool n’est pas comme Uber ou un taxi. Le conducteur ne peut pas faire de profit. Notre système est prévu pour permettre simplement de partager les coûts du trajet, comme l’essence ou l’assurance. L’objectif, c’est d’inciter des conducteurs à partager leur voiture pour deux trajets quotidiens, de la maison au bureau. Nous sommes encore dans la phase de test et nous allons perfectionner ce système aussi longtemps qu’il le faudra avant de le lancer officiellement.

Le secteur des transports en plein bouleversement, comment envisagez-vous son avenir ?

Aux Etats-Unis, les gens obtiennent leur permis de plus en plus tard et de plus en plus de personnes ne le passent pas. Je pense que c’est une tendance globale. D’ici 15 à 20 ans, peu de gens seront propriétaires d’une voiture, sauf s’ils en ont besoin pour leur travail ou s’ils sont collectionneurs. En parallèle, une population plus importante aura besoin de se déplacer sur un nombre de voies limité. Le mobile peut vraiment jouer un rôle clé. Dans le futur, vous cliquerez sur votre smartphone quand vous aurez besoin d’aller quelque part et une voiture apparaîtra. Elle sera conduite par un particulier qui souhaite partager un trajet, par une intelligence artificielle, ou par un chauffeur, par exemple.

On voit déjà ces changements dans les grandes métropoles où il y a une multitude d’options pour se déplacer : des vélos, des scooters ou des voitures en libre-service payant, du covoiturage, des transports publics collectifs. Toutes ces offres sont complémentaires et tissent un maillage qui rend notre mobilité plus efficiente, avec une variété de prix et d’expérience de transports. Concrètement, ce bouleversement va faire baisser le nombre d’accidents de la route, et le prix des assurances avec, par exemple. Le secteur de l’immobilier pourrait aussi être concerné : pensez à tout l’espace urbain occupé par des routes ou des parkings, qui pourrait à l’avenir être alloué à d’autres choses comme des parcs, des pistes cyclables. Cela prendra du temps bien sûr, mais un enfant qui naît aujourd’hui a des chances de ne jamais conduire de sa vie.

En attendant, à quoi va ressembler la voiture du futur proche ?

La conduite assistée sera clé. Une voiture peut savoir quelle musique vous voulez écouter, connaître vos itinéraires préférés, savoir où se garer et conduire à votre place. A certains moments, la voiture vous sollicitera, s’il faut prendre une décision importante ou si la météo est mauvaise… vous garderez le contrôle. Mais le reste du temps, vous serez libre d’utiliser ce temps pour faire autre chose.

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Pas de voiture volante alors ?

Pas dans un futur proche, car il y a beaucoup de progrès à faire en matière de technologie et de régulation. Mais le transport de biens par drones se développe. Si un drone peut transporter un colis, alors pourquoi pas un humain ?