Accord de l’Opep: «Si les prix du brut augmentent, les prix à la pompe augmenteront»

INTERVIEW Les pays membres de l'Opep ont signé ce mercredi à Alger un accord sur la réduction de la production pétrolière, dans l'optique de faire remonter les cours du baril... 

Propos recueillis par Anissa Boumediene

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La baisse de la production pétrolière des pays membres de l'Opep devrait entraîner une hausse des prix à la pompe.
La baisse de la production pétrolière des pays membres de l'Opep devrait entraîner une hausse des prix à la pompe. — G.VARELA / 20MINUTES/SIPA

Personne ne l’avait vu venir. A la surprise générale, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) a annoncé mercredi soir la signature à Alger d’un accord sur la réduction de la production de pétrole. Et, fait inattendu, Ryad, dont l’économie dépend à 73 % des pétrodollars, a même accepté que son grand rival, l’Iran, en soit exempté. Aussitôt, les marchés boursiers ont été dopés par cette annonce, mais qui dit baisse de la production dit baisse de l’offre, donc hausse du prix du brut. Alors faut-il s’attendre à ce que les prix à la pompe grimpent ? Francis Perrin, directeur de la revue Pétrole et gaz arabes et président de la société Stratégies et Politiques Energétiques, répond à la question.

Pourquoi les membres de l’Opep, exception faite de l’Iran, ont-ils conclu cet accord ? Et pourquoi maintenant ?

La réunion d’Alger a débouché sur un projet d’accord. L’accord final, lui, devra être conclu le 30 novembre prochain lors de la prochaine Conférence de l’Opep à Vienne. Or tant qu’il n’y a pas d’accord, il n’y a pas d’accord. S’il faut deux mois de négociations supplémentaires, c’est que ce qui reste à discuter n’est pas évident. Comme on ne connaît pas les détails du futur accord, en particulier les niveaux maximaux de production par pays, on ne connaît pas exactement le sort réservé à l’Iran. Mais il semble acquis que Téhéran aura un traitement particulier, le ministre iranien du Pétrole s’est d’ailleurs félicité de cet accord d’Alger, lui qui la veille condamnait pourtant cette initiative.

Le succès de cet accord surprise, sous réserve des suites, s’explique par deux facteurs : tous les pays producteurs souffrent plus ou moins des bas prix du pétrole et cette situation dure depuis deux ans. Ryad a besoin de renflouer ses caisses avec des pétrodollars. Aujourd’hui, l’Opep redoute que cette situation difficile puisse durer plus longtemps que prévu si l’organisation ne prend pas, enfin, une décision.

Les marchés boursiers sont aussitôt repartis à la hausse. Mais concrètement, qu’est-ce que cela change pour les consommateurs français, les prix à la pompe vont-ils augmenter ?

L’objectif des pays membres de l’Opep est de faire remonter les prix du pétrole [le prix du baril devrait repasser au-dessus des 50 dollars]. S’ils concluent un accord le 30 novembre et si celui-ci est sérieusement appliqué, cela devrait contribuer à pousser les prix du brut à la hausse. Et si les prix du brut augmentent, cela se répercutera sur les prix à la pompe. Dans cette attente, la question clé est de savoir si les prix vont augmenter avant le 30 novembre dans l’anticipation d’un accord de l’Opep. C’est possible mais cela dépendra de beaucoup de facteurs et pas seulement de l’Opep.

L’impression que les prix à la pompe augmentent quand le cours du brut est à la hausse et ne baissent pas quand le cours baisse est-elle justifiée ?

Non. Les prix à la pompe  sont aujourd’hui nettement plus bas que quand les prix du brut étaient à 100 dollars par baril. Mais la relation entre prix du brut et prix des carburants à la pompe est complexe et ce, pour trois raisons : pétrole brut et produits pétroliers, c’est proche mais ce n’est pas la même chose ; il y a de fortes taxes sur les prix des carburants, d’ailleurs elles représentent en France la majeure partie du prix, alors qu’il n’y en a pas sur le prix du brut ; et les prix du pétrole sont fixés en dollars et non pas en euros, d’où la question de l’incidence des taux de change.

Cet accord peut-il servir les intérêts des pays qui ne sont pas membres de l’Opep ? A l’instar de la Russie, qui a battu des records de production...

Tous les pays producteurs sont pénalisés par de bas prix du pétrole. Ils ont tous intérêt à ce que les cours remontent. C’est la raison pour laquelle la Russie  a annoncé qu’elle pourrait geler ou réduire un peu sa production et quelques autres pays non-Opep pourraient se joindre à de telles initiatives.

L’Union française des industries pétrolières (Ufip) prédit un choc pétrolier à l’horizon 2020. A quoi faut-il s’attendre pour les prochaines années ?

La chute des prix du pétrole depuis l’été 2014 a entraîné une forte baisse des investissements pétroliers en 2015 et en 2016. Moins d’investissements aujourd’hui, cela signifie moins de production à moyen terme. Et commela consommation pétrolière mondiale continue à augmenter, il y a effectivement un risque de retournement du marché, avec une offre qui serait inférieure - et non plus supérieure - à la demande. Le scénario d’un choc pétrolier dans quelques années n’est donc pas à exclure. C’est d’ailleurs l’une des motivations de cet accord d’Alger.