Alstom: Que peut faire le gouvernement pour sauver le site de Belfort?

INDUSTRIE L’arrêt de la production de trains à Belfort d’ici à 2018 est devenu un enjeu national…

C.B.
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Alstom va transférer sa production de trains de Belfort à Reichshoffen (Archives)
Alstom va transférer sa production de trains de Belfort à Reichshoffen (Archives) — G. VARELA / 20 MINUTES

Maintenir  à Belfort. Tel est l’objectif fixé par François Hollande à son gouvernement. A huit mois de l’élection présidentielle, ce dossier est devenu une priorité. Mais quelles sont les solutions possibles ? 20 Minutes les passe en revue.

Trouver de nouveaux contrats

Si la direction d’Alstom prévoit de stopper la production de locomotives à Belfort, c’est parce que les commandes manquent. En lui trouvant de nouveaux contrats, le gouvernement pourrait donc sauver les 400 emplois menacés. C’est d’ailleurs , le ministre de l’Economie. Mais ce n’est pas si simple. D’abord parce que « la conquête de nouveaux marchés relève de la compétence d’une entreprise et non d’un Etat », note Eric Delbecque, directeur du département Intelligence stratégique de Sifaris. Bien sûr, le président peut faire de la « diplomatie économique », c’est-à-dire amener avec lui, lors de ses déplacements à l’étranger, des délégations de patrons pour les aider à y décrocher de nouveaux marchés. Mais pour Alstom, le problème n’est pas là : le constructeur ferroviaire aligne déjà les méga-contrats hors des frontières hexagonales - il doit notamment livrer 28 TGV aux Etats-Unis, 800 locomotives à l’Inde ou encore 580 trains à l’Afrique du Sud. Le hic, c’est que tous ces équipements seront produits localement – c’était d’ailleurs une condition-clé pour remporter ces marchés. Et la donne est la même en Europe : les importants contrats décrochés par Alstom en Italie bénéficient aux usines du groupe dans la péninsule, tandis que les trains vendus aux Pays-Bas sont assemblés en Allemagne et en Pologne.

Tordre le bras de la SNCF

Pour sauver le site de Belfort, François Hollande doit donc trouver des clients français à Alstom. Ce qui réduit considérablement les possibilités : les acheteurs de matériel ferroviaire ne courent pas les rues… Bien sûr, il y a la SNCF. Cette entreprise publique est d’ailleurs le principal client d’Alstom dans l’Hexagone. Mais elle est aussi indirectement à l’origine des soucis du site de Belfort : c’est en effet sa filiale Akiem (codétenue avec Deutsche Bank) qui a récemment  pour un contrat de 44 locomotives diesel… L’Etat peut-il contraindre la SNCF, entreprise publique, à acheter exclusivement des équipements Alstom ? C’est ce que laisse entendre Christophe Sirugue, secrétaire d’Etat à l’Industrie : « Il y a des procédures d’appel d’offres. Nous allons simplement expliquer que notre intérêt commun, à la SNCF, à la RATP, aux régions, c’est de maintenir une filière ferroviaire forte ». Reste que privilégier systématiquement le made in France, même lorsqu’il s’avère plus cher, ne fera qu’empirer la situation financière de la SNCF, qui croule déjà sous une dette de 50 milliards d’euros.

Nationaliser temporairement le groupe

C’est la solution que , l’ancien maire de Belfort. Concrètement, l’Etat, qui est déjà actionnaire du groupe à hauteur de 20 %, devrait monter au capital d’Alstom. Ce qu’il a déjà fait par le passé : en 2004, il avait acquis 21,4 % du capital d’Alstom pour 720 millions d’euros, dans le cadre d’un plan de sauvetage. La prise de participation dans Alstom avait été accordée par la Commission européenne à la condition que l’Etat sorte du capital en 2008. Il n’avait pas attendu si longtemps : il avait revendu ses parts en 2006, réalisant au passage une plus-value de 1,26 milliard d’euros. Au-delà du coût que cela représente pour l’Etat, une nationalisation d’Alstom ne résoudrait pas la question de la viabilité du site de Belfort. Pour Eric Delbecque, « il aurait fallu se poser ces questions avant  … Si Siemens avait été choisi, une stratégie européenne aurait pu être définie. Le gouvernement français paye aujourd’hui ses choix passés ».

Transformer l’activité 

Reconvertir le site de Belfort est la solution proposée par Ségolène Royal, la ministre de l’Environnement et de l’Energie. Elle a plus précisément déclaré qu’Alstom devant « monter en puissance sur toutes les technologies du renouvelable », il pourrait « développer » sa filière énergie renouvelable à Belfort. Pour Eric Delbecque, cette option s’avère la plus crédible, mais elle prendra du temps.