Et maintenant, le low-cost se déploie sur les vols long-courriers

TRANSPORT Longtemps réservé au moyen-courrier, le low-cost commence à se développer sur le long-courrier…

Céline Boff

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L'Airbus A330-300 de French Blue assure quatre liaisons par semaine entre Paris et Punta Cana (République dominicaine) à prix cassés.
L'Airbus A330-300 de French Blue assure quatre liaisons par semaine entre Paris et Punta Cana (République dominicaine) à prix cassés. — French Blue

Un vol Paris-Punta Cana (République dominicaine) à partir de 149 euros l’aller simple… Telle est la nouvelle offre proposée par French Blue. Cette filiale du Groupe Dubreuil (Air Caraïbes) est la première compagnie tricolore à se positionner sur le créneau du vol long-courrier low-cost. Mais elle est loin d’être la seule : les Asiatiques Scoot et Air Asia X, les Européennes Eurowings, Wow Air ou encore Norwegian ont déjà sauté le pas. Toutes offrent, en moyenne, des trajets de 15 à 20 % moins chers que leurs concurrentes historiques.

Pour tirer les prix vers le bas, ces entreprises appliquent certaines des recettes qui ont fait le succès du low-cost sur le moyen-courrier, à commencer par les options payantes. « Le billet est le prix d’appel puis tout est à la carte : le bagage, la restauration, les services, l’assurance », explique Yan Derocles, analyste chez Oddo Securities.

Un personnel plus junior

Ainsi, le Paris-Punta Cana à 149 euros de French Blue comprend seulement un bagage cabine de 12 kg et l’accès aux traditionnels divertissements sur écran (films, jeux, etc.). Pour bénéficier d’un bagage en soute et d’un repas, il faut rajouter, au minimum, 50 euros.

De même, l’accès au wifi est payant – le premier pack est à 5 euros. « Huit heures de vol, c’est long… Les gens consommeront ! », assure Emmanuel Combe, professeur affilié à ESCP Europe. French Blue l’espère bien : elle veut réaliser au moins 15 % de son chiffre d’affaires à travers ces ventes additionnelles.

Comme dans le moyen-courrier low-cost, les compagnies cherchent aussi à accroître la productivité de leurs salariés. Chez French Blue, les hôtesses, stewards et pilotes voleront 800 heures par an, contre 700 à 750 heures chez leurs concurrents classiques. Et ce, pour une rémunération annuelle légèrement inférieure, le personnel étant plus jeune - la moyenne d’âge est de 25 ans pour les agents de bord et de 37 ans pour les pilotes, soit en moyenne dix ans de moins que chez Air France.

Des avions plus économes en carburant

Le modèle low-cost historique n’est cependant pas entièrement transposable : « Le demi-tour en 20 minutes, nerf de la guerre sur le moyen-courrier, n’est pas possible sur le long-courrier », avance Emmanuel Combe.

Pour limiter les coûts, les compagnies se rattrapent ailleurs : sur les avions. « Les nouveaux appareils, comme les Boeing 787 ou les Airbus A330, sont bien moins gourmands en maintenance et en carburant. Suivant les générations, les coûts opérationnels peuvent être réduits de 15 à 40 % », assure Yan Derocles.

La chance de ces nouvelles compagnies est surtout, comme le souligne Marc Rochet, président de French Blue, « de démarrer d’une feuille blanche ». Cela leur permet de tout négocier, et de tout imaginer. Par exemple une commercialisation 100 % en ligne, bien moins onéreuse qu’une vente en agence.

Mais finalement, pourquoi les compagnies ont-elles attendu si longtemps avant de proposer des vols long-courriers low-cost ? « En réalité, il y a déjà eu plusieurs tentatives par le passé, mais les clients n’étaient pas prêts », répond Emmanuel Combe. « Ils le sont désormais, d’abord parce qu’ils n’ont plus peur. Ils savent que les compagnies low-cost sont très fiables – en 50 ans d’existence, ce segment a enregistré un seul crash mortel, celui du vol 9525 de la Germanwings. De plus, il n’était lié ni à un problème technique, ni à une erreur humaine, mais à la folie d’un pilote. »

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La clientèle loisirs explose

La typologie des clients a également évolué : « La clientèle business ne progresse plus que de 2 % par an, alors que celle des loisirs croît de 7 à 8 %. C’est aux attentes de ces clients qu’il faut répondre. Sans compter qu’en développant une offre qui n’existe pas encore – les bas tarifs sur les long-courriers – ces compagnies vont séduire de nouvelles personnes parmi celles qui ne prennent pas encore l’avion », assure Yan Derocles.

Le fait que le pétrole soit extrêmement bon marché est un atout considérable : il permet aux compagnies de proposer les meilleurs prix d’appel possibles. Et pour l’instant, cela semble fonctionner. French Blue évoque un « démarrage supérieur à [ses] attentes », avec 20.000 billets vendus en moins de trois mois. La compagnie, qui a réalisé son premier vol samedi, réalisera quatre vols par semaine entre Paris et Punta Cana. Avant de lancer, dès 2017, de nouvelles liaisons avec La Réunion et l’Île Maurice.