La police et de la gendarmerie épinglées sur leurs finances

AUDIT RTT non récupérées, entretien des voitures trop coûteux, effectifs trop nombreux...

C. F. avec AFP

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Une dispute entre deux tablées d'un restaurant du 8e arrondissement de Paris a dégénéré dans la nuit de jeudi à vendredi en fusillade faisant un mort et un blessé, a-t-on appris vendredi de sources proches de l'enquête.
Une dispute entre deux tablées d'un restaurant du 8e arrondissement de Paris a dégénéré dans la nuit de jeudi à vendredi en fusillade faisant un mort et un blessé, a-t-on appris vendredi de sources proches de l'enquête. — Pierre Andrieu AFP/Archives

Un rapport préconisant la suppression de 8 à 10.000 emplois au sein de la police et de la gendarmerie avait suscité un tollé le 23 octobre. On sait désormais pourquoi. Ce rapport de l’Inspection des finances s’appuyait sur les conclusions d’un audit dressant un constat accablant des dépenses et de l'organisation des forces de l'ordre.

12 millions de RTT accumulées

Daté du 10 octobre, cet audit, dont l'AFP a obtenu une copie, a été réalisé par une équipe de fonctionnaires dirigée par François Mongin, inspecteur des Finances, chargé de mission sur la réforme de l'Etat, en vue de la révision générale des politiques publiques (RGPP).

Il en ressort notamment que les RTT, «à moyen et long terme», font «peser des risques de rupture sur l'action des services et leur capacité opérationnelle». «L'administration vit à crédit», écrivent les auteurs de l’audit, soulignant l'impossibilité de récupérer les heures supplémentaires et les repos compensateurs accumulés par les policiers, «12 millions (d’heures), au 31 décembre 2006».

Suggestion du rapporteur: solder ces heures «à hauteur de 50 millions d'euros» et «réviser le temps de travail» des policiers.

Sur le plan des dépenses à proprement parler, l’inspection des Finances tire à boulets rouges sur l'entretien des véhicules de police et de gendarmerie, jugé «trop coûteux» et «mal mesuré». En cause, le nombre de «sinistres» dans la police: 15.000 par an pour 33.000 véhicules. Solution : mettre en place une franchise d'assurance de 150 euros pour les policiers.

Parc immobilier vétuste

Le parc immobilier des gendarmes - des militaires logés par l'Etat - est lui aussi épinglé: «fragmenté», «vétuste»... Proposition: supprimer certains logements de fonction et faire payer aux gendarmes leur consommation d'eau (11 millions d'euros en 2004).

Côté maintien de l'ordre (CRS de la police et gendarmes mobiles), les auteurs préconisent de tailler dans les effectifs (suppression de 26 unités sur les 188 existantes) afin de les recentrer «sur leur coeur de métier».

Enfin, sur la sécurité routière, l'audit dénonce des forces qui ne sont «pas concentrées» sur les «zones les plus dangereuses», à savoir le réseau secondaire en zone rurale où la mortalité «est la plus importante».

L’Intérieur et la Défense désavouent

Autant de recommandations qui ne manqueront pas de susciter l’ire des acteurs concernés. Le 23 octobre, les suggestions de suppressions d’emploi - basées sur cet audit - avait déjà valu à François Mongin d’être désavoué par les ministres de tutelle (Intérieur et Défense) des policiers et des gendarmes. Contacté par «20 Minutes» ce vendredi, le ministère de la Défense a réfuté le terme d'audit, indiquant qu'il s'agissait de propositions unilatérales auxquelles n'étaient pas censées répondre les directions de la police et de la gendarmerie. Le ministère de l'Intérieur, lui, n’avait pas encore réagi.