SFR : Les salariés ont-ils raison de s’inquiéter?

TELEPHONIE L’opérateur prévoit de supprimer 5 000 des 15 000 emplois d’ici à 2019…

Céline Boff

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Une boutique SFR.
Une boutique SFR. — Remy de la Mauviniere / AP / SIPA

La tension monte chez SFR. Ce mardi, la CGT et SUD ont appelé à la grève pour protester contre le plan de la direction, qui prévoit le départ de 5 000 salariés d’ici à 2019. Soit le tiers des effectifs. « Nous estimons que d’autres choix sont possibles. D’autant plus que SFR a déjà supprimé 1 200 postes ces 18 derniers mois, à travers des départs non remplacés », assure Frédéric Retourney, représentant de la CGT-FAPT.

De son côté, la direction se veut rassurante en mettant en avant le caractère volontaire des départs, ainsi que les conditions généreuses octroyées aux partants – ils percevront l’équivalent de 2,5 mois de salaire par année d’ancienneté. Ces arguments ont d’ailleurs séduit la CFDT et l’Unsa.

Mais pas la CGT : « Vu l’ampleur du plan, tous les départs ne seront pas volontaires. D’ailleurs, des salariés nous font déjà remonter les pressions qu’ils subissent pour présenter leurs démissions », souffle Frédéric Retourney. La CFE-CGC n’est pas non plus convaincue. Le syndicat des cadres s’inquiète surtout de voir « disparaître un tiers des effectifs alors qu’aucune orientation stratégique » ne leur a été présentée.

« Des menaces et des harcèlements »

La direction de SFR devrait détailler sa « logique de transformation », pour reprendre les mots de son PDG Michel Combes, le 22 septembre. En attendant, les salariés sont confrontés à des « conditions de travail qui se dégradent de jour en jour ».

Certains font état « de menaces et de harcèlements », d’autres évoquent « des charges de travail démultipliées suite aux postes supprimés et non remplacés » et la plupart se désolent d’être confrontés à des « clients de plus en plus mécontents, qui claquent la porte », du fait des hausses de tarifs et de la dégradation du service. Frédéric Retourney ne voit pas le bout du tunnel : « Comment améliorer la qualité de ce service alors qu’il y aura mille salariés de moins dans les boutiques de nos distributeurs (SFD, 5 SUR 5, Fnac, SFR) dès la fin de cette année ? ».

« Alors que SFR s’est construite comme une entreprise premium – elle avait même l’ambition d’être plus chic qu’Orange – elle semble désormais vouloir concurrencer Free. J’ai de vraies inquiétudes quant à cette stratégie : on ne peut pas devenir du jour au lendemain simple et efficace dans son organisation et dans son offre, sans dégrader fortement la qualité du service », confie, sous couvert d’anonymat, un expert du secteur des télécoms à 20 Minutes.

Une plainte au pénal pour escroquerie

Le spécialiste s’interroge surtout sur les motivations réelles de la direction de SFR, propriété depuis 2014 du groupe Altice, dirigé par Patrick Drahi : « J’ai l’impression – mais c’est un simple jugement – que le plan de réduction du personnel répond avant tout à la contrainte de financement du modèle Drahi ».

Le magnat des télécoms – mais aussi de la presse, il possède entre autres Libération et L’Express – étend en effet son empire en privilégiant l’emprunt. « Ce qui l’oblige à devoir dégager régulièrement des capacités de remboursement. Or, dans un marché à la croissance mesurée comme celui des télécoms, la seule manière de réaliser des marges est de réduire les coûts », analyse l’expert.

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Et notamment, ceux de la masse salariale. A travers des coupes dans le personnel, mais également dans les rémunérations. La CGT dénonce ainsi les « objectifs inatteignables » fixés aux commerciaux « depuis le début de l’année », ce qui déclenche de fait pour ces équipes « une baisse de la rémunération variable ».

Plutôt que de multiplier les mouvements sociaux, la CFE-CGC préfère privilégier la voie judiciaire. La semaine dernière, elle a déposé plainte au pénal contre SFR pour escroquerie. Elle estime que Patrick Drahi n’a pas respecté l’engagement pris en novembre 2014 lors du rachat de SFR, à savoir sauvegarder les emplois jusqu’en juillet 2017.