Entreprises, ménages, Etat: Pour qui a roulé Hollande?

ANALYSE L’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) a passé au crible la politique économique de François Hollande…

Céline Boff

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François Hollande à la Conférence des ambassadeurs à l'Elysée le 30 août 2016.
François Hollande à la Conférence des ambassadeurs à l'Elysée le 30 août 2016. — Francois Mori/AP/SIPA

Quatre ans et quatre mois. Voilà le temps passé par François Hollande à l’Elysée. Avec quel bilan dans le domaine économique ? C’est ce qu’ont analysé les chercheurs de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Résultat : s’ils estiment que la France de 2017 devrait se trouver « dans une dynamique plus positive » qu’elle ne l’était en 2012, cette reprise n’a pas profité à tous. 20 Minutes fait le point.

L'Etat a vu ses comptes s’améliorer

En mai 2012, les comptes publics sont dans un état catastrophique. Entre 2007 et 2011, le déficit est passé de -2,5 % à -5,1 % et la dette, de 64,4 % à 85,2 %… Restaurer les comptes publics est l’une des priorités de Hollande. Pour obtenir des résultats rapides, il opte pour une hausse massive des impôts, aussi bien ceux des entreprises que ceux des ménages. C’est le « choc fiscal » qui se transformera peu à peu en « ras-le-bol fiscal ». A partir de 2014, Hollande change de stratégie et mise sur une réduction de la dépense publique. Celle-ci constitue un effort inédit. Mais le mal est fait : les prélèvements obligatoires, trop élevés, ont fini par peser sur la croissance du pays. Alors qu’elle se portait mieux que chez nos voisins européens, elle marque le pas à partir de mi-2013 et commence à se rétablir seulement en 2015.

Le bilan du quinquennat : Le déficit public s’est bien réduit – il devrait passer sous la barre symbolique des 3 % fin 2017 – mais la dette reste élevée. Si les finances publiques retrouvent le chemin de l’équilibre, le gouvernement a sous-estimé l’impact négatif du choc fiscal sur la croissance. Le bilan est toutefois plutôt positif, du point de vue de l'Etat.

Les entreprises ont retrouvé du peps

En mai 2012, soit quatre années après la crise, les entreprises françaises sont dans une situation plus que difficile. Hollande demande un diagnostic. Le rapport Gallois propose de relancer la compétitivité de l’industrie nationale. Dès 2013, les entreprises profitent du CICE puis à partir de 2014, du Pacte de responsabilité. Au final, la hausse des prélèvements du début de quinquennat pour les entreprises se retrouve plus que compensée en fin de mandature.

Le bilan du quinquennat : Les marges des entreprises se sont rétablies, pour moitié grâce à la faiblesse des prix du pétrole et pour moitié grâce aux mesures fiscales prises par l’exécutif. La France ne s’est pas réindustrialisée, mais elle a cessé de perdre du terrain et « le taux de marge dans l’industrie a même atteint un niveau comparable aux records historiques du début des années 2000 ». Si le commerce extérieur peine encore à se rétablir, le bilan est toutefois plutôt positif, du point de vue des entreprises.

Les ménages continuent de se serrer la ceinture

En mai 2012, la France est déjà fortement confrontée au chômage. Le nombre de demandeurs d’emploi s’est accru de 751 000 personnes sous le mandat Sarkozy (+2,5 points de chômage). Hollande promet d’inverser la courbe. Il met en place différentes mesures (contrats aidés, aides à l’embauche dans les PME, etc.) qui créent au total 720 000 nouveaux emplois, dont 230 000 grâce au CICE et au Pacte de responsabilité. Mais c’est loin d’être suffisant, surtout à cause de la démographie soutenue de la France. Sur l’ensemble du quinquennat Hollande, le chômage devrait augmenter d’environ 100 000 personnes, selon les prévisions de l’OFCE. Quant au pouvoir d’achat des ménages, il a trinqué. Il faut dire que pour eux, le taux de prélèvements obligatoires (impôt sur le revenu, mais aussi fiscalité environnementale, impôts locaux, TVA, etc.) n’a cessé de progresser au fil des ans.

Le bilan du quinquennat : Le taux de chômage reste très élevé. Si l’on prend en compte les « chômeurs découragés », c’est-à-dire ceux qui ont renoncé à chercher un emploi, et les salariés à temps partiel subi, ce sont près de 6 millions de personnes qui se trouvent fragilisées vis-à-vis de l’emploi, soit 440 000 personnes de plus qu’en 2012. Côté pouvoir d’achat, les ménages en 2016 disposent toujours de 350 euros de moins qu’en 2010, soit le début des politiques d’austérité. Le bilan est donc négatif, du point de vue des ménages.