Emmanuel Macron à Bercy, un bilan mitigé

MINISTÈRE Emmanuel Macron a présenté sa démission mardi après deux ans passés au ministère de l'Economie, de l'Industrie et du Numérique...

L.C. avec AFP

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Emmanuel Macron sur le perron de l'Elysée, le 22 août 2016 à Paris.
Emmanuel Macron sur le perron de l'Elysée, le 22 août 2016 à Paris. — Michel Euler/AP/SIPA

Il sera resté deux ans, presque jour pour jour, à Bercy. Emmanuel Macron, qui a présenté sa démission du gouvernement mardi, a passé le relais à son successeur, Michel Sapin. Le jeune ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique s’est dit ce mercredi « très fier » d’avoir servi « dans le gouvernement de Manuel Valls », lors d’une cérémonie de passation de pouvoirs ce mercredi à Bercy. « Nous n’avons pas tout réussi, nous n’avons pas tout terminé », mais « nous avons eu à cœur d’être efficaces, de tenir les délais », a-t-il poursuivi. Il laisse derrière lui un bilan en demi-teinte.

1.500 emplois créés grâce aux « bus Macron », et après ?

L’ancien banquier a laissé son nom à une loi, « pour l’activité, la croissance et l’égalité des chances économiques » adoptée, après des mois de débats, sans vote, au moyen de l’article 49-3. Travail dominical, réforme des prud’hommes, libéralisation du transport en autocar, liberté d’installation des notaires… Un texte perçu comme un tournant libéral de la présidence de François Hollande.

Un an après sa promulgation en août 2015, les effets de ce texte, salué par le Fonds monétaire international (FMI) et Bruxelles, sont toutefois limités selon plusieurs économistes. Dans un rapport remis à Bercy en septembre 2015, l’OCDE avait chiffré à 0,3 point de PIB supplémentaire sur cinq ans les conséquences possibles du texte. En ce qui concerne la réforme du marché de l’autocar, la loi Macron a permis de créer 1.500 emplois et a généré 21,5 millions d’euros de chiffre d’affaires, selon une étude présentée fin juin par l’autorité des transports routiers Arafer.

Le transport « libéré »

La réforme de la carte des notaires pourrait entraîner l’installation de 1.650 notaires libéraux d’ici 2018 (selon les recommandations de l’Autorité de la concurrence). Quant à la réforme du permis de conduire, elle se traduira par l’ouverture de 2.000 centres d’examen et une baisse de coût pour les usagers.

« A part les 1.500 emplois créés par les bus, l’impact est limité. C’est infinitésimal », estime Ludovic Subran, chef économiste de l’assureur Euler Hermes, interrogé par l’AFP. Il estime à ce stade à un « demi-dixième de point » seulement (soit 0,05 %) l’apport de la loi Macron à la croissance française. Aux yeux de Thibault Lanxade, vice-président du Medef, les bus dits Macron constituent « un succès ». « Il s’agit de l’une des avancées majeures » permises par le texte. « C’était un monopole de la SNCF, mais on a réussi à libérer le transport », assure-t-il.

Un « grand coup de pied dans la fourmilière »

Même effet mitigé pour l’extension du travail dominical, une mesure qui a connu des débuts chaotiques. « Le retour dont nous disposons de la part des commerçants, est qu’il n’y a pas d’augmentation significative du chiffre d’affaires. Les dépenses de consommation sont apparemment réparties sur une durée plus longue », assure Christopher Dembik, économiste chez SaxoBank.

Toutefois, Ludovic Subran est convaincu que « le plus grand héritage de la loi sera d’avoir donné un grand coup de pied dans la fourmilière et de dire que d’autres pans économiques peuvent être dérégulés en France ». La loi Macron a par ailleurs eu un effet positif « auprès des investisseurs étrangers. Elle montre un minimum de volonté » de réformer, selon Christopher Dembik.

Sa loi éponyme n’est pas l’unique trace de son passage au gouvernement. Emmanuel Macron a également mis son grain de sel dans plusieurs dossiers industriels, comme EDF, Vallourec ou Areva, des entreprises renflouées par l’Etat qui « n’est pas un actionnaire naïf », selon l’ancien ministre. Il a également tenu tête au PDG de Renault, Carlos Ghosn, le PDG, et a augmenté le capital de l’Etat pour obtenir le respect de la loi Florange. « Sur ces dossiers compliqués, il s’est pleinement investi », souligne Philippe Waechter, économiste chez Natixis, en rappelant toutefois que ces entreprises sont loin d’être tirées d’affaire. « L’histoire nous dira si les choix qui ont été faits ont été les bons ».

Une loi NOE mort-née

L’ancien ministre avait aussi prévu un projet de loi appelé NOE (pour « nouvelles opportunités économiques »), finalement fusionné en partie avec… la loi El Khomri.

En outre, avant son passage à Bercy, l’énarque et inspecteur des finances a été secrétaire général adjoint et conseiller pour les affaires économiques à l’Elysée. Il est présenté comme l’un des inspirateurs du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), une baisse des charges sociales pour les entreprises employant des salariés, et du « pacte de responsabilité », un dispositif d’aides aux entreprises destinées à accroître la compétitivité et créer des embauches.