Economie: «La croissance française n’enclenche jamais la deuxième»

INTERVIEW Economiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), Mathieu Plane, analyse la stagnation surprise de la croissance française lors du 2e trimestre de l’année 2016…

Propos recueillis par Pierre Fesnien

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Le ministre des finances, Michel Sapin, espère une croissance de 1,5% en 2016.
Le ministre des finances, Michel Sapin, espère une croissance de 1,5% en 2016. — VILLARD/SIPA

Encore une mauvaise nouvelle pour le gouvernement. Après les bons chiffres de la croissance du 1er trimestre,l’Insee a annoncé ce vendredi que l’économie française était restée au point mort lors du 2e trimestre, mettant en péril les prévisions de Bercy qui table sur 1,5 % de croissance en 2016. D’après le directeur adjoint du département prévision et analyse de l’OFCE, Mathieu Plane, pas de quoi céder à la panique, même si la situation est préoccupante.

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Comment expliquez-vous cette stagnation inattendue ?

C’est une mauvaise nouvelle. On s’attendait à un ralentissement car, avec une croissance de 0,7 %, le 1er trimestre avait été très bon, mais pas à un recul aussi marqué. Cela s’explique en grande partie par le retournement des investissements. La dynamique était jusqu’ici favorable et d’un coup l’investissement a beaucoup plus reculé. Du côté des ménages aussi, la consommation a stagné. La consommation a été très bonne au 1er trimestre, ce qui peut expliquer un ralentissement au 2e trimestre, sans compter les mouvements sociaux avec le blocage des raffineries qui ont pu jouer également un rôle. Le problème, c’est que l’on sent un frémissement de la croissance française mais on n’enclenche jamais la deuxième ! Et avec le Brexit et les derniers attentats en date, le 3e trimestre ne devrait pas beaucoup s’arranger.

Peut-on déjà enterrer l’objectif de croissance à 1,5 % annoncé par le gouvernement pour 2016 ?

Il ne faut pas céder à la panique. Les premiers chiffres peuvent encore être légèrement révisés par l’Insee et les premières enquêtes de juillet semblaient plutôt bonnes mais c’étaitavant les attentats. On pourrait également assister à un effet de report positif sur le 3e trimestre. Après, on ne peut pas dire que ce n’est rien et que tout va bien, même si ce mauvais 2e trimestre ne sera pas forcément représentatif des trimestres suivants, mais c’est une reprise molle qui ne permet pas pour l’instant de soigner les stigmates de la crise.

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2016 ne sera donc pas l’année de la reprise annoncée ? Que faudrait-il faire pour y remédier ?

Il faudrait déjà mettre en place un vrai plan de relance européen qui n’existe pas pour l’instant. Le FMI, l’OCDE et l’OFCE le dise, il y a un problème de sous-investissement en Europe. Du point de vue de la France, il faut aussi se demander si le Pacte de responsabilité est la bonne politique à mener. Il a coûté 41 milliards d’euros et pour le moment, à l’égard des montants dépensés il est insuffisamment efficace. De manière générale, c’est quand même inquiétant. Sans la baisse du prix du pétrole et l’aide monétaire de la Banque centrale européenne qui ont permis à l’économie française de respirer un peu, on se demande bien où l’on en serait.