Tension à son comble entre Mediaset et Vivendi

© 2016 AFP

— 

Le groupe de médias Vivendi a assuré jeudi qu'il "honorait ses engagements" concernant un accord de cession du bouquet de télévision Mediaset Premium passé le 8 avril avec son partenaire italien Mediaset Lancer le diaporama
Le groupe de médias Vivendi a assuré jeudi qu'il "honorait ses engagements" concernant un accord de cession du bouquet de télévision Mediaset Premium passé le 8 avril avec son partenaire italien Mediaset — ERIC PIERMONT AFP

La tension était à son comble jeudi entre Mediaset et Vivendi, qui ne souhaite plus acquérir 100% mais seulement 20% du bouquet de télévision payante Mediaset Premium, et le groupe italien menace d'agir au pénal pour obtenir le respect du contrat signé en avril.

Vivendi a assuré qu'il "honorait ses engagements et n'acceptait pas l'accusation du contraire", se réservant "le droit de poursuivre pour propos diffamatoires" Mediaset.

"Les communiqués de Mediaset ont entaché la notoriété et l'image de Vivendi", a dénoncé une porte-parole.

Vincent Bolloré et Silvio Berlusconi sont amis de longue date et leurs deux groupes avaient dévoilé le 8 avril un "accord stratégique" passant par un échange de participations croisées de 3,5% et prévoyant le lancement d'une plateforme de contenus susceptible de concurrencer l'Américain Netflix.

Dans le cadre de cet accord, Vivendi devait prendre le contrôle de 100% de Premium, mais le groupe français a finalement fait machine arrière, entraînant mardi l'effondrement du titre du groupe italien à la Bourse de Milan.

Tout en confirmant l'échange de participation de 3,5% du capital de Vivendi contre 3,5% du capital de Mediaset, le groupe français a proposé d'acheter seulement 20% de Mediaset Premium et, dans les trois ans, quelque 15% de Mediaset à travers une obligation convertible obligatoire.

Le groupe français a évoqué des "différends significatifs" avec Mediaset au sujet des résultats futurs de Premium.

Le groupe italien avait indiqué que le bouquet de télévision renouerait avec l'équilibre en 2017 et avec les bénéfices en 2018, mais, selon certains observateurs, cela pourrait ne pas être le cas.

Premium, qui compte quelque 2 millions d'abonnés, a perdu 37,1 millions d'euros au deuxième trimestre et 63,7 millions d'euros au premier.

Mediaset a indiqué mardi que "l'analyse des résultats de Premium avait eu lieu évidemment avant la signature du contrat". Il a aussi souligné jeudi que les résultats de Premium étaient meilleurs que prévu, puisqu'il prévoyait plus de 2 millions d'euros de pertes en plus au premier comme au deuxième trimestre.

Vivendi a assuré de son côté avoir eu plusieurs échanges avec Mediaset sur ses doutes concernant les prévisions de résultats de Premium.

Après l'accord, Vivendi dit avoir estimé que le plan d'affaires était au mieux optimiste, voire irréalisable, ce qui a été confirmé, souligne-t-il, par une analyse commandée au cabinet Deloitte et réalisée en juin.

"Le plan d'affaires ne paraît pas atteignable, et devra être sérieusement revu à la baisse pour être réaliste", selon un extrait de cette analyse fourni à l'AFP. Le cabinet note qu'"un certain nombre d'hypothèses utilisées par la direction semblent agressives, car elles surestiment les revenus futurs et sous-estiment les coûts futurs".

- "Pas de plan B" -

Réuni jeudi, le conseil d'administration de Mediaset a rejeté la nouvelle offre de Vivendi, la jugeant "incompatible avec le contrat contraignant déjà signé par les deux parties", dont la nature n'a cependant pas été rendue publique.

Il a "autorisé l'adoption de toutes les mesures nécessaires pour s'assurer du respect des termes originaux du contrat par Vivendi", y compris "à procéder à toute action civile et même pénale pour défendre et protéger les intérêts de la société".

Mediaset a précisé que ses résultats annuels pourraient être affectés par la décision de Vivendi en raison des coûts supplémentaires induits.

"Aujourd'hui sur Premium, il n'y a pas de plan B", car "le contrat est toujours valide, c'est un contrat contraignant", a déclaré le directeur financier de Mediaset, Marco Giordani, lors d'une conférence avec des analystes. "Quand on signe, on signe", a-t-il martelé.

Finivest, la holding de la famille Berlusconi, avait vivement dénoncé mardi "l'incorrection absolue du comportement de Vivendi".

"L'attitude de Vivendi laisse clairement penser que son véritable objectif non déclaré (...) est en réalité celui de se construire de façon détournée et inacceptable une position très importante dans l'actionnariat de Mediaset", via les 15% réclamés, avait-elle ajouté.

Cette mesure diluerait la part de la famille Berlusconi, qui détient actuellement 34% du groupe.

Selon les observateurs, la crainte est qu'ensuite Vivendi prenne le contrôle de Mediaset, comme il l'a fait avec Telecom Italia, dont il est devenu l'an passé l'actionnaire majoritaire.

Le président du directoire de Vivendi, Arnaud de Puyfontaine, avait contesté mardi toute volonté de ce type.