Dassault Aviation veut accélérer dans le numérique

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Un modèle Falcon 8X de Dassault Aviation durant l'exposition et la convention européenne des avions d'affaires (EBACE) le 23 mai 2016 à Genève Lancer le diaporama
Un modèle Falcon 8X de Dassault Aviation durant l'exposition et la convention européenne des avions d'affaires (EBACE) le 23 mai 2016 à Genève — FABRICE COFFRINI AFP

Confronté aux difficultés qui affectent le marché des avions d'affaires, Dassault Aviation va réduire ses livraisons de ses Falcons d'ici à la fin de l'année et accélérer sa transformation, notamment dans le numérique, afin de réduire ses coûts et accroître sa compétitivité.

Les "perspectives cette année 2016, c'est on le voit une certaine faiblesse de l'aviation d'affaires", a confirmé Eric Trappier, le PDG de Dassault Aviation, en annonçant jeudi lors de la publication des résultats semestriels la livraison de 50 Falcon cette année contre 60 prévus initialement et 55 en 2015.

Contrairement à l'aviation commerciale, portée par la forte croissance du trafic aérien de passager, qui profite à Airbus ou Boeing, l'aviation d'affaires traverse une nouvelle passe difficile depuis un peu moins d'un an, après un rebond en 2014.

Le cabinet Alix Partners a recensé 718 jets vendus en 2015, soit à peu près autant que l'année précédente, pour un montant total de 21,8 milliards de dollars. Les livraisons sont en hausse de 7% par rapport au creux de 2012, mais représentent à peine plus de la moitié des sommets atteints en 2008. Pire, elles n'ont pas retrouvé le précédent pic de marché datant de 2001.

"Nous sommes presque un miroir de la macro-économie", a relevé Eric Trappier. 2016 "reste marqué par l'instabilité, une instabilité économique, politique, géopolitique. Même aux Etats-Unis (premier marché mondial pour l'aviation d'affaires, ndlr), où l'économie va mieux, nous avons l'attentisme lié aux élections américaines."

Pour autant, "nous ne sommes pas dans une crise, nous sommes dans un tassement du marché", a-t-il estimé, en prédisant "un niveau bas pour un certain temps."

Plusieurs facteurs pèsent sur ce segment, en particulier les difficultés que rencontrent les grands pays émergents comme le Brésil ou le ralentissement observé en Chine.

- "guerre des prix" -

A cela s'ajoute la surabondance de l'offre sur le marché de l'occasion, des cadences de production d'avions trop importantes et la guerre des prix entre avionneurs qui vient compliquer l'équation.

"Quand le marché est faible, chacun veut essayer de vendre ses avions, surtout ceux qui ont beaucoup augmenté les cadences", a souligné Eric Trappier. Mais "cette guerre des prix, ce n'est pas seulement le marché, ce sont aussi les avions d'occasion (...) Ils sont en nombre pléthorique, ce qui fait que le prix de ces avions d'occasion s’est effondré. Donc, ça pèse sur les prix indépendamment de guerres entre les fabricants."

"Pour être capables de poursuivre nos ventes et d'avoir les 22 ventes dans le carnet de commandes (depuis le 1er janvier, ndlr) croyez-moi, c’est un combat de tous les jours", a-t-il pointé.

Selon le cabinet Ascend FlightGlobal Consultancy, les avionneurs présents sur le haut de gamme, Dassault Aviation, Gulfstream, Bombardier ou Embraer, sont les plus exposés à la chute de la demande des émergents.

Face à ces vents contraires, Dassault doit "s'adapter à ce niveau bas pour un certain temps tout en étant capable de remonter" lorsque la conjoncture le permettra, a indiqué Eric Trappier.

"Nous allons opérer une transformation progressive de la société, comme cela a toujours été (le cas) chez nous", en se recentrant sur la culture de flexibilité du groupe et sur le numérique, qui "est le coeur de tout".

"Il faut que non seulement le numérique aide à concevoir les avions mais surtout (qu'il) permette encore plus d'automatisation" dans la fabrication, a expliqué M. Trappier.

Les autres axes de transformation portent sur la rationalisation de l'outil industriel, et la réduction des coûts de production au travers d'une logique de spécialisation. L'avionneur a notamment décidé le transfert de la totalité de l'aménagement intérieur des Falcon, dont une partie était assurée à Mérignac, vers le site de Little Rock, aux Etats-Unis.

"Il nous faut, face à cette pression sur les prix, baisser nos coûts", a-t-il insisté. Mais "cela se fera au fil de l'eau, il n'y a pas de révolution dans le domaine".