Le Brexit, une opportunité coûteuse pour les grandes banques américaines

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Les incertitudes et la volatilité engendrées par le Brexit poussent les investisseurs à se tourner vers les grandes banques américaines. Ici, le siège de Citigroup à Manhattan, le 14 juillet 2014 Lancer le diaporama
Les incertitudes et la volatilité engendrées par le Brexit poussent les investisseurs à se tourner vers les grandes banques américaines. Ici, le siège de Citigroup à Manhattan, le 14 juillet 2014 — TIMOTHY A. CLARY AFP

Les grandes banques américaines ont reçu à la surprise générale un coup de pouce du Brexit, qui a dopé leurs lucratives activités de courtage et changes au deuxième trimestre mais pourrait se révéler à terme très coûteux.

"Les incertitudes et la volatilité engendrées par le Brexit ont poussé les investisseurs à se tourner vers nous pour leurs placements et investissements", affirme John Gerspach, le directeur financier de Citigroup, résumant le sentiment général au sein des firmes de Wall Street au sortir de la saison des résultats trimestriels.

Ceci s'est traduit par "une forte activité en toute fin juin", renchérit son homologue Jonathan Pruzan chez Morgan Stanley.

Le chiffre d'affaires de la division courtage a augmenté de 25% chez JPMorgan Chase entre avril et juin, de 19% chez Bank of America et de 15% chez Citigroup par exemple.

"Je ne me serais pas imaginé il y a quelques semaines que le marché allait se normaliser aussi rapidement", confie Harvey Schwartz, le directeur financier de Goldman Sachs.

La sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne (Brexit), votée par référendum le 23 juin, est a priori négative pour les grandes banques car investisseurs et entreprises pourraient être tentés de reporter leurs projets, pénalisant ainsi les activités de fusions-acquisitions et de courtage de produits financiers.

Les établissements internationaux dont le siège européen est à Londres risquent en plus de perdre le privilège ("passeport européen") leur permettant de faire des affaires dans les 28 pays de l'UE avec la seule licence britannique.

- Discussions officieuses -

Pour l'heure, le Brexit semble jouer en faveur des firmes de Wall Street car il pourrait forcer certaines de leurs rivales européennes à accentuer l'assainissement de leurs bilans et à renforcer davantage leurs fonds propres.

"L'incertitude post Brexit (...) pourrait déboucher sur une restructuration profonde de deux banques d'investissement (européennes) de premier plan", avancent des experts de JPMorgan dont le diagnostic est alarmiste pour Deutsche Bank et Credit Suisse en perdition en Bourse.

En 2015, les huit grandes banques européennes n'ont perçu que 13 milliards de dollars en commissions pour avoir conseillé les entreprises dans des opérations de fusions-acquisitions, d'émissions obligataires notamment, calcule le cabinet spécialisé Tricumen, soit 24% de moins qu'avant la crise de 2008.

Dans le même temps, le montant des commissions des cinq grandes banques américaines est stable à 23 milliards de dollars.

Cet "écart devrait se creuser", en conclut Tricumen même si le Brexit est susceptible de contraindre les établissements américains à revoir leur structure juridique.

Cette réorganisation supposerait de transférer du Royaume-Uni vers le continent les activités de courtage et de banque d'investissement et les salariés assurant ces tâches.

Les cinq grandes banques américaines, qui emploient plus de 40.000 personnes à Londres, affirment qu'il est encore "trop tôt" pour prendre des décisions.

Mais elles discutent officieusement avec des régulateurs de pays européens des procédures d'obtention de licences et des exigences en matière de capital, ont indiqué à l'AFP plusieurs sources bancaires sous couvert d'anonymat.

Le match est serré entre Francfort, Paris et Dublin dont la liste des avantages et des inconvénients respectifs a été établie.

Le gros avantage de Francfort est d'abriter le siège de la Banque centrale européenne (BCE) et le fait que l'anglais y est la langue des affaires, a-t-on conclu chez Morgan Stanley, selon des sources internes.

Mais la fiscalité y serait plus importante qu'à Paris dont les deux principaux handicaps sont des impôts jugés élevés et le poids de la législation, avance une des sources.

Quant à Dublin, qui apparaissait comme le choix naturel du fait de la proximité culturelle avec les Etats-Unis, sa cote a diminué à cause du manque d'infrastructures en matière de transports et d'immobilier et de l'absence d'un véritable quartier d'affaires, ajoute une autre source.

JPMorgan n'exclut pas de renforcer tout simplement ses petits bureaux européens, indique un banquier.

Quelle que soit l'option choisie, elle devrait être coûteuse. La facture s’élèverait au total à 50 millions de livres (60 millions d'euros) pour un établissement voulant transférer 1.000 salariés, un chiffre prenant en compte différents coûts, estime le cabinet Synechron, Inc.

JPMorgan, qui pourrait transférer jusqu'à 4.000 de ses 16.000 salariés britanniques vers le continent, devrait ainsi dépenser au moins 200 millions de livres (240 millions d'euros) soit 50.000 par employé.