Résistant aux chocs et au scepticisme, Wall Street est revenue au plus haut

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Wall Street rebondit dans le sillage des places européennes
Wall Street rebondit dans le sillage des places européennes — TIMOTHY A. CLARY AFP

"Brexit", résultats médiocres d'entreprises, craintes sur la Chine... Malgré le scepticisme des investisseurs, Wall Street rebondit depuis un an à chaque mauvaise nouvelle et évolue désormais à des niveaux jamais vus.

L'indice vedette Dow Jones Industrial Average a battu mardi un record de clôture à 18.347,67 points, grâce à une hausse de 0,66% ou 120,74 points. De même, l'indice élargi S&P 500, jugé le plus représentatif par de nombreux investisseurs, a fini à un niveau historique, 2.152,14 points, après avoir déjà battu son record la veille.

"Cela laisse très perplexe !", a reconnu Hugh Johnson, de Hugh Johnson Advisors.

Depuis les précédents records du Dow Jones, en mai 2015, l'incertitude s'est accrue sur les marchés mondiaux, entre les craintes d'un ralentissement en Chine et l'interventionnisme exacerbé des grandes banques centrales, et Wall Street n'a pas été exempte de turbulences.

Toutefois, la Bourse de New York s'est régulièrement remise, alors que ses homologues européennes et asiatiques n'ont jamais retrouvé leur niveau d'avant la panique de l'été 2015, provoquée par un effondrement des Bourses chinoises et la dévaluation du yuan.

"L'une des principales explications, c'est que les perspectives s'améliorent pour l'économie américaine", a avancé M. Johnson.

Plusieurs indicateurs, en premier lieu de bons chiffres sur l'emploi, relancent depuis quelques semaines l'optimisme sur la croissance américaine, alors que le premier trimestre avait été très médiocre.

"La plupart des investisseurs ne croient plus à l'éventualité d'une récession, que ce soit à cause de la Chine ou du +Brexit+", a expliqué M. Johnson.

Même si le vote britannique du 23 juin en faveur d'une sortie de l'Union européenne a pris de court beaucoup d'investisseurs américains, Wall Street n'en a finalement guère été perturbée, surtout par rapport à des places européennes qui peinent à remonter la pente.

Au contraire, "le +Brexit+ a conforté les investisseurs américains dans l'idée que les taux de la Réserve fédérale (Fed) ne monteraient pas cette année", a expliqué Gregori Volokhine de Meeschaert Financial Services. Il remarque que Wall Street a moins pâti du référendum car c'est un "choc externe" aux Etats-Unis.

La prudence de la banque centrale américaine, qui n'a rien fait depuis le début d'année pour limiter son soutien à l'économie, est largement citée par les analystes pour expliquer la bonne santé de la Bourse de New York.

- Le mystère des obligations -

Pourtant, ces éléments engageants, s'ils justifient la bonne tenue des indices, suffisent mal à expliquer pourquoi Wall Street bat des records, surtout à l'entame d'une saison de résultats d'entreprises probablement moroses.

"On est encore loin de voir la lumière pour les résultats", a prévenu M. Johson, remarquant que les bénéfices des groupes du S&P 500 baissaient systématiquement depuis plus d'un an.

Même si les investisseurs semblent se satisfaire de résultats moins mauvais que des attentes très pessimistes, à l'instar de ceux publiés lundi par le géant de l'aluminium Alcoa, beaucoup s'inquiètent du fait que les bénéfices ne suivent pas la hausse de la Bourse.

"On paye de plus en plus cher et cela met beaucoup de gens mal à l'aise", a reconnu M. Volokhine, pour qui l'actuelle tendance à la hausse "n'est pas du tout appréciée et 90% des investisseurs doutent du marché".

Autre élément perturbant, le marché de la dette publique américaine évolue comme Wall Street à ses plus hauts niveaux historiques, alors qu'il s'agit généralement d'une valeur refuge, dont le succès témoigne de la méfiance des investisseurs sur l'économie.

"Il ne faut pas mal interpréter le marché obligataire", a relativisé M. Volokhine. "Ce n'est pas que l'on anticipe une récession, mais l'appétit au risque diminue à chaque choc externe. Et on en a eu avec le Brexit et la dévaluation du yuan."

Chez les commentateurs, l'idée se répand cependant que les évolutions de la Bourse et des rendements obligataires reflètent des appréhensions différentes...et que l'une d'entre elles se révélera erronée.

"A mon avis, Wall Street ne dispose pas d'un grand potentiel de hausse", a conclu M. Johnson. "Mais il peut y avoir une vague de spéculations. Dans l'histoire de la finance, ce ne serait pas la première fois qu'un marché surcoté l'est encore plus devenu par la suite !"

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