Brexit: La Banque d'Angleterre est prête à lâcher 250 milliards de livres, mais pour faire quoi?

ROYAUME-UNI La Banque centrale britannique a annoncé être capable de débloquer 250 milliards de livres. « 20 Minutes » décrypte ce que ça veut dire…

Céline Boff

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La banque d'Angleterre à La City le 19 août 2014
La banque d'Angleterre à La City le 19 août 2014 — Carl Court AFP

Quelques heures seulement après l’annonce du Brexit, la Banque d’Angleterre se dit prête à débloquer 250 milliards de livres. Soit 326 milliards d’euros. Bref, une somme folle. Qui confirme d’abord ce que l’on savait déjà : à savoir que les banques centrales, ces institutions publiques chargées de gérer la monnaie d’un pays (ou d’un groupe de pays pour la BCE, la Banque centrale européenne), n’ont aucun mal à trouver de l’argent.

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Parce que 326 milliards d’euros, si l’on ramène ce montant à la France, c’est quand même l’équivalent de huit Pactes de responsabilité. Soit de 32 ans de baisses de cotisations sociales et d’impôts pour toutes les entreprises françaises.

« Sur les marchés financiers, les soldes sont ouverts »

La question dans l’immédiat, c’est surtout de savoir à quoi vont servir ces 326 milliards d’euros, ou ces 250 milliards de livres. La réponse est simple : à éviter que les marchés financiers ne s’effondrent, eux qui sont particulièrement fébriles depuis ce vendredi matin.

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Car pour l’instant, les investisseurs sont complètement paniqués. Ils n’avaient pas du tout anticipé ce scénario du Brexit, ils se disent que les choses ne se passent pas comme ils l’avaient prévu et que si ça continue comme ça, ils pourraient bien finir par perdre de l’argent dans cette affaire. Alors, ils veulent vendre leurs actions. Mais comme ils sont nombreux à vouloir vendre, pour séduire les éventuels acheteurs, ils jouent aux enchères inversées. Et donc les prix baissent.

Prenons l’action de telle entreprise (appelons-la la British company). Alors qu’hier soir, elle s’achetait 50 euros, elle n’en vaut ce matin plus que 49. Et à midi, 48. En fait, « sur les marchés financiers, les soldes sont ouverts et certains renards se disent qu’ils vont faire de très jolies affaires », résume Jérôme Creel, directeur du département des études à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) et professeur associé à ESCP Europe.

« La banque centrale coupe l’herbe sous le pied des prédateurs »

C’est là que la Banque d’Angleterre intervient. Pour éviter que les prix ne baissent trop – et avec eux, la valeur des entreprises britanniques – elle va proposer aux vendeurs d’acheter leurs actions de la British Company à 49 euros pièce. « Les vendeurs sont rassurés : ils ont perdu de l’argent, mais moins que ce qu’ils craignaient et la banque centrale coupe ainsi l’herbe sous le pied des prédateurs », détaille Jérôme Creel.

Autrement dit, en annonçant qu’elle est prête à injecter 250 milliards de livres, la Banque d’Angleterre cherche à rassurer les éventuels vendeurs. Mais cette stratégie pourrait être contre-productive. Elle pourrait inciter certains investisseurs à vendre des titres qu’ils n’auraient pas cédés parce qu’ils n’avaient pas paniqué avant d’entendre que la Banque d’Angleterre s’engageait financièrement…

Toutefois, comme le note Jérôme Creel, « en annonçant être capable -et elle l’est- de mettre sur la table une somme aussi conséquente que 326 milliards d’euros, elle ne devrait pas créer de mouvement de panique ».

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