VIDEO. Brexit: Mais en vrai, quand et qu'est-ce que ça va vraiment changer?

ROYAUME-UNI Les Britanniques ont choisi de quitter l’UE. Mais quand partiront-ils vraiment ?….

Céline Boff

— 

David Cameron après l'annonce des résultats du vote sur le Brexit, le 24 juin 2016
David Cameron après l'annonce des résultats du vote sur le Brexit, le 24 juin 2016 — Odd ANDERSEN / AFP

L’impensable est finalement arrivé. Les Britanniques ont décidé, à 52 %, de sortir de l’Union européenne. Les partis populistes jubilent. Les gouvernements tremblent. Les fonctionnaires de Bruxelles aussi. Le Royaume-Uni va donc divorcer de l’UE. Mais quand ? Et qu’est-ce que ça change dans l’immédiat ? 20 Minutes fait le point.

>> Suivez en direct toutes les réactions au Brexit

Quand est-ce que le Royaume-Uni sortira-t-il de l’UE ? 

A priori, David Cameron, qui démissionnera dans trois mois, laissera à son successeur le soin de déposer, au nom du Royaume-Uni, une demande officielle de sortie de l’UE. C’est-à-dire de déclencher l’article 50, ce qui ouvrira le temps des négociations. Elles dureront au minimum deux ans.

Concrètement, les Britanniques doivent renégocier avec leurs désormais ex-partenaires de l’UE tous les traités : ceux relatifs aux échanges commerciaux, à la libre circulation des personnes et des capitaux ou encore à la fiscalité. Et puis, le Royaume-Uni ne doit pas seulement discuter de tous ces sujets avec l’UE, mais aussi avec la plupart des Etats de la planète. Car pour l’instant, comme le rappelle Jérôme Creel, directeur du département des études à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) et professeur associé à ESCP Europe, « le Royaume-Uni échange avec ces pays tiers sur la base des traités européens ».

Mais les Européens vont-ils vraiment changer les règles pour les Britanniques ?

Ils pourraient effectivement choisir de ne rien changer, c’est-à-dire de transposer les traités existants dans de nouveaux accords. D’un point de vue financier, c’est tentant, parce que les Européens ont tout intérêt à ne pas trop perturber la vie de la City, qui est la première place financière mondiale et dont la mauvaise santé ne serait pas sans conséquence sur la santé des autres places financières européennes.

Mais d’un point de vue politique, ce serait catastrophique. En permettant aux Britanniques de conserver les mêmes avantages que lorsqu’ils étaient dans l’UE sans n’avoir plus aucun inconvénient, notamment celui de participer financièrement au budget de l’Europe, cela reviendrait à dire qu’il vaut mieux être en dehors de l’UE qu’en son sein. Et donc à donner raison aux partis populistes et extrémistes.

>> A lire aussi : Les eurosceptiques européens crient victoire et appellent à un référendum dans leurs pays

Pour l’éviter, les Européens pourraient décider de faire payer le prix fort aux Britanniques. « La règle dans l’UE est que la norme minimale en vigueur dans un pays s’applique à tous. Par exemple, les Britanniques sont ceux qui incorporent le moins de cacao dans leur chocolat. Alors l’UE pourrait très bien leur dire : vous augmentez votre taux de cacao ou vous ne pourrez plus commercialiser votre chocolat sous ce nom dans notre espace économique », détaille Jérôme Creel.

Du coup, les Britanniques sont tranquilles pendant deux ans ? 

Pas vraiment. Comme on le voit depuis ce matin, les Bourses s’effondrent. « Et alors ? », pensez-vous. Ben le problème, c’est que des entreprises sont cotées sur ces bourses. En fait, ce sont leurs actions qui se revendent moins cher qu’elles n’avaient été achetées ; ce sont donc ces entreprises qui perdent de la valeur. Elles ont dès lors davantage de difficultés pour se financer et donc pour investir. Ce qui constitue un risque majeur pour l’emploi.

>> A lire aussi : La City de Londres se réveille avec la gueule de bois

La Banque d’Angleterre fait tout pour arrêter l’incendie. Elle y arrivera sans doute. Mais si les investisseurs paniquent, il y a fort à parier que les entreprises et les ménages britanniques paniquent eux aussi. C’est-à-dire que les premiers décident de ne pas réaliser certains investissements et que les seconds décident d’épargner un peu plus, au cas où. Du coup, comme le note Mabrouk Chetouane, responsable Recherche et Stratégie chez BFT Investment Managers : « A court terme, nous ne pouvons pas exclure un coup d’arrêt sur la croissance britannique ».

Les expatriés, notamment les Français, doivent-ils s’inquiéter ? 

La politique en termes de visa va sans doute évoluer. Il y a toutefois peu de chance que les Français qui souhaitent partir travailler au Royaume-Uni, ou continuer d’y travailler, en pâtissent. En tout cas, rien ne changera avant que les Britanniques aient officiellement quitté l’UE.

Mais que va-t-il se passer en termes de prestations sociales ? Car, pour l’instant, un Français qui effectue tout ou partie de sa carrière à Londres et qui souhaite passer ses vieux jours en Provence bénéficie de la même retraite que s’il avait toujours travaillé en France. Pour Jérôme Creel, ce travailleur n’a pas d’inquiétude à avoir : « Les Européens négocieront cet aspect le plus favorablement possible pour les personnes concernées ». En revanche, ces droits ne seront pas forcément garantis pour ceux qui s’expatrieront une fois le Royaume-Uni sorti de l’UE.

>> A lire aussi: Retrouvez ici nos reportages et nos articles sur les conséquences du Brexit