Brexit: Quel impact sur l’économie française?

ECONOMIE Selon les économistes, la sortie du Royaume-Uni de l’UE est plutôt une mauvaise nouvelle pour l’économie de l’Hexagone…

20 Minutes avec AFP

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Le quartier des affaires de La Défense, près de Paris, le 24 avril 2015
Le quartier des affaires de La Défense, près de Paris, le 24 avril 2015 — Miguel Medina AFP

Les Britanniques ont tranché: ils vont quitter l'UE. Avec ce Brexit, ils n'engagent pas seulement l’avenir de leur pays. Il y aura des conséquences directes sur tous ses partenaires européens, et notamment la France.

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Commerce en berne et désinvestissement

Selon une étude du cabinet Euler Hermes, La France ferait en effet partie des six pays les plus touchés par un Brexit couplé à l’absence d’accord ultérieur de libre-échange conclu avec l’Union européenne. Des conséquences qui apparaissent négatives de prime abord et plus incertaines à moyen terme dans leurs éventuels bienfaits.

« Un Brexit ne peut avoir que des effets négatifs sur l’activité économique en France, que ce soit à travers la baisse de la livre sterling ou suite à une éventuelle récession », assure à l’AFP Juliette Bertiaux, experte auprès de la Chambre de Commerce et d’Industrie Paris Ile-de-France.

Première victime collatérale d’un Brexit : le commerce extérieur hexagonal avec le Royaume-Uni qui est actuellement bénéficiaire. Les entreprises françaises pourraient enregistrer jusqu’à 3,2 milliards d’euros de pertes additionnelles à l’export d’ici 2019 dans le pire des cas, soit 0,5 % du total des exportations de biens et services.

Autre conséquence négative : le désinvestissement des entreprises françaises au Royaume-Uni et des entreprises britanniques en France atteindrait 5,2 milliards d’euros en cas de sortie sans accord de libre-échange.

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Une vie plus dure pour les expatriés et les touristes

Le Brexit serait aussi une très mauvaise nouvelle pour les expatriés, français comme anglais. Environ 300.000 Français vivent au Royaume-Uni, dont les deux tiers dans le Grand Londres. Avec le Brexit, les conditions de résidence des Français et des autres Européens s’aligneraient dans un premier temps sur celles des étrangers en provenance de pays hors Espace économique européen (EEE), avec l’incertitude de pouvoir y rester en cas de perte d’emploi.

La France compte également l’une des plus fortes populations de Britanniques expatriés, avec 400.000 sujets de sa Majesté établis sur son territoire, notamment dans le Sud-Ouest. « On pense qu’il y a environ 15 % de ventes immobilières qui sont mises en stand-by jusqu’au 23 juin » alors que « 2016, pour les agents immobiliers avait très bien commencé », indique à l’AFP Roger Haigh, responsable de la délégation franco-britannique de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Dordogne.

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En attendant le verdict des urnes, « les critères d’obtention de prêt se durcissent pour les Anglo-saxons et les banques demandent plus de contreparties en échange d’un financement avec des taux très bas », explique à l’AFP Philippe Taboret, délégué général adjoint du courtier en crédit Cafpi, qui dispose d’un département international destiné notamment à financer les achats immobiliers de Britanniques en France.

Une victoire des partisans de la sortie de l’UE lors du référendum du 23 juin aura principalement des effets sur le tourisme, les loisirs, la consommation et l’immobilier, estime Jean-Luc Eyssautier, spécialiste en investissement Actions au sein de la société de gestion suisse UBP.

En cas de Brexit et de baisse brutale de la livre sterling qui pourrait « potentiellement chuter de 10 à 20 % », les vacances du touriste anglais lui coûteront plus cher, explique-t-il.

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Fragiles espoirs pour la place financière parisienne

Il y aura « peu d’impacts pour les épargnants français et ce sont les fonds qui vont souffrir », selon lui. « L’épargnant doit se demander si son fonds est trop investi au Royaume-Uni », ajoute-t-il cependant.

La place financière parisienne espère beaucoup d’une victoire du « leave » pour bénéficier d’un affaiblissement de la City. Londres accueille plus de 40 % des sièges sociaux européens des 250 plus grandes multinationales, contre 8 % pour Paris.

« S’il y a Brexit, l’impact pourrait être important en termes de déplacement d’activités », explique à l’AFP Arnaud de Bresson, délégué général de Paris Europlace, gestionnaire de la place de Paris.

La banque HSBC a ainsi fait part de son intention de transférer une partie de ses activités sur le continent, soit un millier d’emplois rapatriés dans la capitale française.

« Sans doute que Londres perdrait de son attrait pour ceux qui y voient une porte d’entrée pour l’Europe, mais on peut aussi imaginer que la place anglaise se métamorphose et s’adapte à terme en devenant par exemple un centre off-shore européen moins régulé, moins taxé et donc plus attractif », explique Juliette Bertiaux.

Et Francfort, par ailleurs siège de la Banque centrale européenne, semble mieux placée pour récupérer la mise, en particulier à cause de la fiscalité française sur les entreprises, jugées trop lourde.

Au niveau du financement des start-ups, Paris pourrait en revanche obtenir un coup de pouce bienvenu face à Londres et Francfort.