Tarifs d'EDF: «De nouvelles augmentations sont inévitables dans les prochaines années»

INTERVIEW L'économiste Thomas Porcher décrypte le rattrapage tarifaire annoncé ce jeudi par Ségolène Royal...

Propos recueillis par Pierre Fesnien

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Pour les consommateurs, la facture d'électricité devrait continuer à grimper dans les prochaines années.
Pour les consommateurs, la facture d'électricité devrait continuer à grimper dans les prochaines années. — ALLILI MOURAD/SIPA

« Une trentaine d’euros à répartir sur 18 mois », soit environ 1,50 euro par mois. C’est le rattrapage que se verront appliquer les 28 millions de clients d’ EDF soumis à ses tarifs réglementés de vente d’électricité. La ministre de l’Energie Ségolène Royal l’a annoncé ce jeudi matin, au lendemain de la décision du Conseil d’Etat d’annuler un arrêté qui avait entraîné au 1er novembre 2014 une hausse de 2,5 % des tarifs réglementé. Et ce rattrapage pourrait ne pas être le dernier. Les explications de Thomas Porcher*, économiste spécialiste des questions d’énergie et professeur associé à la Paris School of Business.

A quoi est due cette augmentation de 1,50 euro/mois sur les 18 prochains mois annoncée ce jeudi par Ségolène Royal ?

Ces dernières années, le gouvernement a bloqué les tarifs de l’électricité pour protéger les consommateurs alors que dans le même temps EDF réclamait des hausses. Ce n’est pas nouveau, de 1994 à 2010, les prix de l’électricité ont suivi l’inflation sans pour autant suivre la hausse des coûts à laquelle fait face EDF. Le tarif de l’électricité devait augmenter de 5 % au 1er août 2014 mais par décret la ministre de l’Environnement, de l’Energie et de la Mer, Ségolène Royal, a décidé de limiter cette hausse à 2,5 %. Le Conseil d’Etat a annulé cette décision et donné raison à EDF qui demandait 5 %. C’est la raison de cette augmentation rétroactive de 1,5 euro par mois pendant 18 prochains mois annoncée par Ségolène Royal.

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Faut-il craindre d’autres augmentations dans le futur ?

C’est une certitude, il y a aura des augmentations dans les prochaines années. Comme l’a expliqué Jean-Bernard Lévy, le PDG d’EDF, les tarifs de l’électricité doivent augmenter pour financer les investissements de l’entreprise et ces investissements sont énormes. EDF a prévu de dépenser 50 milliards d’euros pour la remise à niveau et l’allongement de la durée de vie de ses centrales nucléaires et elle a investi 15 milliards dans l’EPR d’Hinckley Point en Grande-Bretagne. Il est difficile de dire de quel ordre seront les augmentations à venir du tarif de l’électricité car EDF traverse une phase difficile. On est en pleine incertitude sur sa viabilité financière. Son bénéfice a été divisé par trois et sa dette est de 30 milliards d’euros. Les consommateurs vont être confrontés à de nouvelles augmentations de tarifs, cela semble inévitable.

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La France paie depuis longtemps l’une des électricités les moins chères d’Europe, pensez-vous que ce sera bientôt du passé ?

Oui, je pense que l’on peut le dire. On nous a vendu l’idée d’un parc nucléaire nettement plus développé que celui de nos voisins, avec tous les risques que cela implique, avec comme avantage de bénéficier d’une électricité moins chère. Aujourd’hui, on continue sur la voie du nucléaire malgré les coûts énormes de la mise à niveau des centrales qui engendre une hausse des tarifs. On ne voit plus trop où se trouvent les avantages du nucléaire, ce qui montre qu’il est peut-être temps pour EDF de se choisir une autre voie.

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*Economiste et professeur associé à la Paris School of Business, Thomas Porcher est coauteur de 20 idées reçues sur l’énergie (Editions De Boeck)