Mobilisation contre la loi Travail: «L’ampleur de la manifestation va donner de la force à la CGT»

REPORTAGE Réunis lors d’une nouvelle manifestation, les opposants au projet de loi Travail ne s’inquiètent pas du changement de stratégie de Philippe Martinez, n°1 de la CGT...

Céline Boff

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La manifestation du 14 juin à Paris contre la loi Travail.
La manifestation du 14 juin à Paris contre la loi Travail. — C.B.

Ils ne veulent « rien lâcher ». Ce mardi, des milliers de personnes se sont rassemblées à Paris pour participer à la 9e manifestation contre la loi Travail, qui est également le premier mouvement d’ampleur nationale. Des centaines de cars – plus de 600 selon la CGT – avaient été affrétées dans toute la France pour permettre aux contestataires de gagner la capitale.

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Et pour Stéphane Renaud, responsable FO venu de Haute-Savoie, cette mobilisation – 1,3 million de personnes selon les syndicats, 125.000 selon la police – est déjà une victoire : « Nous nous sommes levés à 3 heures du matin pour être là et regardez le monde qu’il y a, c’est une vraie déferlante ! ». Pour ce syndicaliste, la mobilisation est donc très loin d’être un baroud d’honneur.

« Discuter avec le gouvernement n’a rien d’une trahison »

Même si Philippe Martinez, le n°1 de la CGT, s’apprête à rencontrer ce vendredi la ministre du Travail Myriam El Khomri, ce qu’il avait refusé de faire jusqu’à présent ? Stéphane Renaud n’y voit aucune reculade : « C’est normal de discuter. Jean-Claude Mailly [secrétaire général de FO] a rencontré Myriam El Khomri vendredi dernier, il l’a trouvée attentive à nos propositions… Alors si la ministre est prête à évoluer, tant mieux ! Mais de notre côté, le mot d’ordre reste le même : nous voulons le retrait du projet de loi Travail ».

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Rodolphe, 43 ans, militant CGT en provenance de Rennes, se dit également très confiant : « Discuter avec le gouvernement n’a rien d’une trahison. Surtout que Philippe Martinez nous l’a assuré : il ne changera pas de position et de toute façon, il aurait bien du mal à le faire après la mobilisation de ce jour ! ».

Rodolphe, 43 ans, secrétaire syndical CGT du centre hospitalier Guillaume Régnier à Rennes.
Rodolphe, 43 ans, secrétaire syndical CGT du centre hospitalier Guillaume Régnier à Rennes. - C.B.

Sissoko, 46 ans, militant CGT et salarié chez PSA, veut même croire que l’affluence record de cette mobilisation va permettre à « Philippe Martinez d’être en force pour négocier avec Myriam El Khomri ». Il en est certain : « Le projet de loi Travail, il ne passera pas, ce texte n’a pas d’avenir ».

« Manuel Valls ne lâchera pas… Mais nous non plus »

Monique, 67 ans, enseignante à la retraite et habitante d’Evry, n’en est pas aussi sûre : « Manuel Valls, je le connais bien, il a été maire de ma commune pendant 11 ans et je pense qu’il ne lâchera pas… Mais nous non plus. Bien sûr, les grèves s’essoufflent, mais le mouvement va continuer, il prendra seulement d’autres formes ». Elle nous tend un prospectus qui invite les contestataires à se rassembler ce vendredi à 19h30 devant toutes les mairies de France armés de casseroles « pour faire un maximum de bruit contre la loi Travail et le monde qu’elle amène ». « Moi, j’y serai à ce mouvement des Casseroles debout. Je ne me bats pas pour moi-même, mais pour les jeunes. Car c’est un moment crucial, c’est maintenant que nous choisissons notre future société ».

Sissoko, 46 ans, militant CGT et salarié chez PSA.
Sissoko, 46 ans, militant CGT et salarié chez PSA. - C.B.

C’est également l’avis de Sofia, 30 ans, fonctionnaire et militante syndicale… « à la CFDT, ce qui est dur à vivre », souffle-t-elle, avant d’ajouter : « Du coup, la CGT me fait envie ». Même si Philippe Martinez semble changer de stratégie ? « Il est peut-être comme moi : un optimiste qui espère que Myriam El Khomri ne sera pas sourde à la mobilisation de cette journée ! », sourit-elle. Avant d’ajouter : « Bien sûr, il y a un risque qu’il négocie. Mais peu importe. Ça faisait longtemps que le peuple ne s’était pas rassemblé et de le voir ainsi me fait chaud au cœur. Cette mobilisation, c’est une dynamique positive qu’il faut transformer en habitude ». Deux autres journées de grèves et de manifestations sont d’ores et déjà prévues partout en France les 23 et 28 juin.

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