Daniel Lebègue, héraut de la transparence et serviteur de l'Etat

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Daniel Lebègue,  le 6 juin 2016 à Paris
Daniel Lebègue, le 6 juin 2016 à Paris — ERIC PIERMONT AFP

L'action militante, après l'action publique. Ancien haut fonctionnaire et ex-banquier, Daniel Lebègue pourfend depuis 15 ans la corruption à la tête de l'ONG Transparency International France. Un mouvement en pointe sur la loi Sapin II, actuellement en débat au parlement.

«Saint-Just»: c'est le surnom que lui avaient donné ses camarades de l'ENA (promotion Jean Jaurès) en mai 1968, lorsque la prestigieuse école s'était mise en grève. Une référence non pas à son attrait pour la révolution, mais à son intransigeance en matière de morale publique.

«J'étais parmi les militants les plus engagés, les plus déterminés», se souvient auprès de l'AFP cet admirateur de Pierre Mendès-France et Jacques Delors, âgé de 73 ans. La comparaison avec «l'Archange de la terreur» l'amuse plutôt: «Je fais partie des partisans du compromis social. Ma référence, ce n'est pas celle des révolutionnaires coupeurs de tête».

Regard bleu ciel encadré par de fines lunettes, élocution posée et costume impeccable, Daniel Lebègue a conservé de ses années passées dans la haute administration un attachement profond pour les institutions républicaines, qu'il entend «revivifier» par son combat associatif.

«Il n'y a pas de confiance sans éthique», juge ce grand-père de quatre petits-enfants, inquiet de la «défiance des citoyens vis-à-vis de la démocratie institutionnelle». «La démocratie française est en état de détresse respiratoire. La question, c'est de savoir comment on rebranche la prise».

- «homme de conviction» -

Les «institutions», cet ancien militant de la CFDT et de l'Unef, décrit comme un «homme de conviction», «consensuel» et «humaniste», les a connues de l'intérieur, au cours d'une carrière aussi variée que prestigieuse.

Attaché financier à l'ambassade de France au Japon (1974-1976), conseiller économique du Premier ministre Pierre Mauroy (1981-1983) et surtout directeur du Trésor (1984-1987)...«J'ai eu de la chance de travailler dans des univers très différents», concède ce Lyonnais d'origine, issu d'une famille modeste.

En 1987, la vie professionnelle le conduit aux commandes de la BNP, dont il devient le directeur général. Une expérience présentée comme un atout pour ses nouvelles fonctions. «Quand je parle à des chefs d'entreprise, ma parole a plus de force», assure celui qui juge «indispensable d'embarquer l'entreprise dans la lutte contre la corruption».

En 1997, il prend la tête de la Caisse des dépôts et des consignations (CDC), sur proposition de Dominique Strauss-Kahn. «Une maison magnifique, alliant le monde de l'entreprise à l'esprit du service public», insiste le septuagénaire, qui s'est évertué à réformer l'établissement public pour en simplifier l'organisation.

- «passer la main» -

Malgré une action saluée par ses collègues, son mandat n'est pas reconduit en 2002, dans un contexte d'alternance politique. Daniel Lebègue, mis d'office à la retraite, se tourne alors vers l'univers associatif. La section française de Transparency International, ONG internationale de lutte contre la corruption, se cherche justement un président.

«Ils m'ont contacté et j'ai dit oui», raconte ce boulimique de travail, passionné de films noirs et amateur de marche à pied, qui préside également l'association Epargne sans frontière et l'Observatoire sur la responsabilité sociétale des entreprises (ORSE). «C'était une façon de prolonger mon engagement», ajoute-t-il.

Sous sa houlette, Transparency International France, qui regroupe près de 200 adhérents, a participé activement ces derniers mois aux débats sur la loi Sapin II de lutte contre la corruption, allant jusqu'à proposer des mesures «clé en main» -- reprises par le texte final -- sur la protection des lanceurs d'alerte ou sur la transaction pénale.

«On avait travaillé sur le sujet en 2010. On était au point», explique Daniel Lebègue, qui revendique cette démarche pro-active. «Les associations comme la nôtre doivent assurer l'interface entre l'opinion publique et les institutions. Ce qui nous donne de la légitimité, c'est qu'on essaie d'être à l'écoute des citoyens».

Un positionnement apprécié par les élus, à l'image du député PS Yann Galut, qui salue le travail réalisé par le responsable associatif. «C'est quelqu'un de très investi et de compétent. Il est à la fois pragmatique et rigoureux sur le fond», souligne à l'AFP le parlementaire, lui-même auteur d'une proposition de loi sur les lanceurs d'alerte.

En 2017, l'ancien directeur du Trésor terminera son troisième mandat à la tête de l'ONG. «Je vais passer la main», prévient-t-il d'ores et déjà. Avis aux potentiels successeurs.