Euro 2016: «La compétition rapportera au moins 1,26 milliard d'euros à la France»

INTERVIEW Le Centre de Droit et d’Economie du Sport a réalisé des estimations de ce que pourrait rapporter l’Euro 2016 à la France au niveau des retombées économiques…

Propos recueillis par Florence Floux

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Des supporters espagnols dans la fans-zone de Kiev en Ukraine, lors de l'Euro 2012.
Des supporters espagnols dans la fans-zone de Kiev en Ukraine, lors de l'Euro 2012. — GENYA SAVILOV / AFP

Ça y est, nous y sommes. Le coup d’envoi de l’Euro a lieu ce vendredi soir, et tout est censé être prêt pour accueillir les millions de personnes venues du monde entier pour profiter de la compétition organisée par L’UEFA dans les dix villes hôtes françaises. Le gouvernement et les acteurs économiques de l’événement espèrent bien profiter de la manne financière que pourrait représenter l’Euro. Tout comme les municipalités, responsables des fan-zones. Le Centre de Droit et d’Economie du Sport (CDES) a réalisé des estimations des retombées économiques potentielles. Nathalie Henaff, chargée d’études économiques, détaille ces chiffres pour 20 Minutes.

A combien estimez-vous l'impact économique de l’Euro 2016 pour la France ?

La compétition rapportera au moins 1,26 milliard d'euros à la France. Il s’agit d’un surcroît d’activité qui n’existerait pas en France sans l’Euro. Nous avons pris en compte les acteurs étrangers uniquement, qui ne viennent que parce qu’il y a la compétition. Nous avons évalué le poids économique global de l’Euro à 2,8 milliards d’euros. On considère que les Français auraient de toute façon dépensé cet argent sur le territoire, Euro ou pas Euro. Par précaution, pour ne pas avoir une surestimation, nous avons préféré retenir l’hypothèse de 40 % d’étrangers. Nous savons que nous sommes d’ores et déjà dans une sous-estimation des gains, puisque l’UEFA a indiqué que 60 % des billets achetés sur l’Euro 2016 l’ont été par des étrangers.

Sur quelles informations vous êtes-vous basés pour réaliser vos estimations ?

L’UEFA réalise depuis une dizaine d’années des enquêtes sur chaque Euro, pour savoir combien de temps les gens restent sur place, combien ils ont dépensé… Nous avons utilisé toutes ces informations en les adaptant à la situation française, qui n’est pas celle de l’Ukraine et de la Pologne (2012) ou de la Suisse (2008). Nous nous sommes également aidés de l’étude réalisée par le CDES sur la Coupe du monde de rugby de 2007 également organisée par la France. Nous avions à disposition des milliers d’enquêtes de terrain, sur des touristes de nationalités différentes.

Comment avez-vous calculé les 352 millions d’euros de dépenses engagées par les spectateurs des fan-zones ?

Nous savons grâce à toutes les informations recueillies sur les autres compétitions que sur les 6 à 7 millions de personnes attendues dans les fan-zones, 3,3 millions environ n’ont pas acheté ou n’ont pas pu avoir de billets pour voir des matchs. Nous nous sommes concentrés sur ces spectateurs dépourvus de billets - ceux munis de billets sont pris en compte dans l’impact économique des spectateurs de stades - pour définir un panier de dépenses moyen. Celui-ci comprend à la fois l’argent déboursé dans la fan-zone, mais aussi les frais de séjour et de restauration à l’extérieur. Il ne comprend pas les frais déboursés pour le transport. Ce panier moyen est de 80 euros pour un Français, et logiquement plus élevé pour un étranger, avec 150 euros. Nous arrivons à un total de dépenses des spectateurs de fan-zones sans billet pour les matchs de 352 millions d’euros.

Vous parlez également de 195 millions d’euros d’impact économique total sur les fan-zones ?

Comme pour l’impact économique national, il s’agit uniquement de la prise en compte des spectateurs de fan-zones étrangers. Ce chiffre recouvre à la fois l’impact économique de ces personnes à l’intérieur des fan-zones, mais aussi à l’extérieur de ces enceintes. C’est-à-dire leur impact sur tous les secteurs de l’économie.

Les fan-zones ne peuvent-elles pas affaiblir les bénéfices potentiels engrangés par les commerçants traditionnels (bars, restaurants…) ?

S’il n’y avait pas l’Euro, ces commerçants feraient logiquement moins de bénéfices qu’avec l’Euro. Il est évident que compte tenu de l’engouement qu’elles suscitent, les commerçants profiteront tout de même de la clientèle de ces espaces. Est-ce que ce sera à la hauteur de leurs espérances, ça c’est difficile à dire.